UncategorizedOctober 21, 2006 8:35 pm


La Vouyoucratie comme système de gouvernement


" Passer de Hassan II à Ben Ali, c’est aussi descendre de l’aristocratie du crime à la médiocrité lugubre d’un voyou de sous-préfecture."

 Gilles Perrault, préface de Notre ami Ben Ali, page 5.

 

Un ami africain m’a posé la question suivante: "Quelle est votre système politique en Tunisie?"

Je n’avais qu’une seule réponse "La vouyoucratie"

Je ne sais ni qui a inventé ce mot ni quand il a été utilisé pour la première fois, mais aucun autre terme ne colle mieux au système installé par ce "voyou de sous-préfecture" qui ne sait manipuler que sa matraque de policier. En effet, la dictature de Ben Ali est une marque déposée à travers le monde. Ce visage sans voix est un croisement entre les dictateurs de l’Amérique latine des années cinquante et soixante et les chefs de gang de Chicago des années vingt. Cet homme de l’ombre que Bourguiba a recruté comme flic-en-chef, est maintenant à la fois flic et chef (capo) d’une ténébreuse nébuleuse d’ « honorables familles ».

Avant de définir et d’expliquer la vouyoucratie, parlons tout d’abord de la résistible ascension du  « Voyou Suprême».

 


L’homme à cravache devient président


 

Une étudiante du milieu des années quatre-vingt n’oubliera jamais la gueule ni le langage ordurier d’un flic au rang de général, qui l’avait terrorisée. Arrêtée avec d’autres collègues d’université, elle a été emmenée avec tous les « agitateurs» à un des locaux du ministère de l’intérieur. Ils étaient tous debout, alignés le long du mur d’une grande salle. Le super-flic de Bourguiba aimait (et aime encore) mettre la main à la pâte. Il menait lui-même l’interrogatoire et, pour intimider les étudiants, tenait une cravache à la main. Arrivé au niveau de cette étudiante, il l’interpella brutalement : « Comment s’appelle ton piston au Palais ? ». En effet le père de cette fille avait une connaissance au Palais de Carthage et il lui avait demandé d’intercéder en sa faveur auprès de Ben Ali.

 

En déménageant au Palais de Carthage, le flic n’a pas oublié sa cravache. En effet, malgré les quinze ans passés au Palais, son cœur bat toujours pour un sinistre bâtiment situé à l’Avenue Habib Bourguiba. Comme le dit un proverbe allemand : une vieille histoire d’amour ne vieillit jamais.

 

C’est au milieu des années quatre-vingt que le général Ben Ali commence à transformer la Tunisie en un grand commissariat de police. Pendant un débat télévisé organisé il y a deux ans par al-Jazirah, Rached Ghannouchi a comparé la Tunisie à une caserne. Quant à moi, je préfère le mot commissariat. Tous ceux qui ont accompli leur service militaire savent que les casernes ont certes une discipline et des règles très strictes, mais celles-ci n’ont rien d’arbitraire et les officiers eux-mêmes sont astreints à les respecter. Rien de tout cela dans l’univers sécuritaire et policier de Ben Ali. Tout y est permis et la seule règle est l’absence de règles.

 

La stratégie de la terreur adoptée par Ben Ali au cours des années quatre-vingt- dix n’est qu’une version « améliorée » de celle appliquée pendant les années 86-87 pour combattre les ennemis jurés du « combattant suprême », à savoir les islamistes. Tous ses outils de travail étaient déjà là : quadrillage, infiltration, filature, enlèvements, descentes nocturnes, interrogatoires musclés, tortures, etc. Ben Ali n’a pas attendu l’accession au pouvoir suprême pour commencer à tuer. L’extrême brutalité avec laquelle il réprime les manifs des étudiants pendant les années scolaires 85-86 et 86-87, transforme les confrontations entre étudiants et forces de l’ordre en vrais massacres. C’est lui, grand innovateur en matière de sécurité, qui utilise pour la première fois les hélicoptères dans sa guerre contre le Campus de Tunis.

 

Comment cet homme sans culture et sans le moindre bagage intellectuel est-il parvenu à commander des hommes de haut niveau intellectuel tels que le brillant docteur Sadok Rabah ou le grand économiste Taoufik Baccar ? Comment les Tunisiens permettent-ils à ce petit dictateur, qui n’aime ni les livres ni les arts et qui ne connaît de Paris que ses gargotes, d’humilier et d’harceler nos meilleurs cerveaux tels que Mohamed Talbi, Hichem Djaït, Moncef Marzouki, Moncef Ben Salem etc. ? Quel est la recette magique qui a permis au « bac moins trois » de devenir le patron des « bac plus sept » ? L’humiliation et la frustration sont d’autant plus grandes que la Tunisie, surtout si l’on tient compte des cerveaux émigrés, possède l’une des meilleures élites intellectuelles d’Afrique et du monde arabe.

 

 

Les Tunisiens ont, malheureusement, la mémoire courte. Le 7 novembre 1987, le super-flic de Bourguiba est applaudi comme le sauveur de la république et le promoteur des droits de l’homme et de la démocratie. Pourtant, le CV du dictateur ne le qualifie que pour une seule et unique spécialité : la répression. Peu de Tunisiens savaient à l’époque que le  « grand humaniste » n’a jamais renoncé à son jardin secret, même au cours de l’éphémère printemps tunisien. Dès le 7 novembre, il commence à « cuisiner » les officiers et les cadres arrêtés pour avoir comploté contre…Bourguiba. La première victime du groupe dit sécuritaire tombe à peine quelques semaines après l’aube de l’ « Ere nouvelle ». En effet le commandant Mohamed Mansouri, torturé sauvagement pendant des semaines, succombe à ses blessures un certain jour de décembre 1987. Ce nom hantera le général assassin jusqu’au dernier jour de sa vie.

 


Silence, on pille…


 

Le népotisme, la corruption, le parasitisme et le pillage économiques, associés à l’Etat policier, sont devenus les principales caractéristiques du système Ben Ali. Le côté mafieux du benalisme n’est pas un phénomène récent. Déjà en 1992, Moncef Ben Ali, frère du dictateur et narcotrafiquant notoire, tombe dans les filets de la justice française, qui le condamne à dix ans de prison ferme pour blanchiment d’argent. C’est la fameuse couscous connection, largement commentée par la presse française. A cause de cette affaire, les télé-journaux de France 2 sont systématiquement censurés et le journal Le Monde est gentiment reconduit à la frontière. Avant l’éclatement de l’affaire et le rapatriement en catastrophe du mafioso, ce dernier voyageait à travers le monde muni d’un passeport diplomatique tunisien. Ben Ali était déjà à cette époque un protecteur de la pègre. La montée en puissance des clans Trabelsi, Chiboub & Co finit par transformer en vrai parrain.

 

La libéralisation de l‘économie et la privatisation du secteur public offrent une chance inouïe aux nouveaux prédateurs qui rodent autour du Palais. L’écrasement du mouvement islamiste, l’asservissement de la justice, la domestication de l’opposition et  l’assassinat du journalisme garantissent à la fois l’impunité et le silence nécessaires à « la grande ruée vers l’or ». Des vendeurs de cigarettes ambulants se métamorphosent en PDGs de compagnies aériennes et d’anciens tenanciers de cafés se transforment à la fois en milliardaires et en Premiers ministres bis. Un neveu du dictateur, un caïd « spécialité-contrebande », gifle la douane et s’installe confortablement dans son marché parallèle. Le Palais de Carthage devient à la fois une bourse de valeurs et une cour d’arbitrage. Aux « honorables familles » s’agrippent d’autres familles moins honorables et demandent leur part du gâteau. Malheureusement pour eux, le gâteau lui-même est en train de se réduire chaque jour comme une peau de chagrin. Aux derniers arrivés des arrivistes il ne restera rien d’autre que les miettes et… le chagrin.

 


Y a-t-il encore un Etat dans le pays ?


Phénomène inquiétant : l’Etat tunisien disparaît lentement, mais sûrement. L’administration publique devient une affaire privée, les caïds coiffent, de façon officieuse, les organes de la sécurité intérieure et créent parfois leur propre police privée. La justice se transforme en auxiliaire de l‘injustice. Toutes les voies de recours se ferment devant le citoyen ordinaire spolié par les « chacals » ou agressé par leurs hommes de mains. Nous voilà arrivés au cœur de la voyoucratie.

 


 

Surveillance et contrôle


 

L’épine dorsale du système est le redoutable appareil de renseignement et de sécurité installé par étapes par Ben Ali. Une vraie pieuvre qui maintient chaque parcelle du territoire national sous surveillance et contrôle constants. Les moyens humains et techniques utilisés sont impressionnants. Mais les 150 000 policiers déclarés ne sont que la pointe de l‘iceberg et le fer de lance de la dictature. Une véritable armée de l’ombre joue le rôle d’antenne et de centre d’écoutes mobile de notre Big Ben. Il est impossible de connaître le nombre exact d’indicateurs officiels et officieux du ministère de l’intérieur. Les indicateurs officiels sont payés mensuellement pour leurs services, les autres le font en contre-partie d’une « faveur » administrative (licence de taxi, de café, de bar, de commerce etc.) A ceux-là, il faut ajouter les indicateurs bénévoles, c’est à dire la base du RCD, qui offrent leurs services pour « l’amour de Dieu » !

 

Ben Ali, l’homme du renseignement, est obsédé par la collecte de l’information d’où quelle provienne et quelle que soit sa forme : écrite, sonore, photographique, vidéo etc. Rien n’échappe ou presque aux services du Edgar Hoover tunisien : courrier, téléphone, fax et …internet. La base de données qu’il possède au Palais Carthage est digne d’un collectionneur voyeuriste. Ben Ali garde jalousement sa caverne d’Ali Baba et peut même tuer quiconque essaye d’y pénétrer. Elle concerne les opposants, les militants, les avocats, les journalistes, certains hommes d’affaires et diplomates et même ses ministres et ex-ministres. Pourtant, le dictateur de Carthage souffre d’une frustration : malgré les moyens humains et techniques incommensurables, Internet continue à lui échapper partiellement. L’arrestation, la torture et la condamnation de Zouhair Yahiaoui, alias ettounsi, par un juge-marionnette à 28 mois de prison, illustre à la fois le délire sécuritaire du dictateur de Carthage et son désarroi devant la liberté qu’offre la Toile. La dernière rafle opérée dans les cybercafés tunisiens vise plutôt à intimider les internautes et à propager la peur qu’à dompter cette hydre à mille têtes qu’on appelle le Web.

 


Une coquille vide en forme de gratte-ciel


 

L’autre pilier de la voyoucratie est cette coquille vide qu’on appelle le RCD. Posez cette simple question à un « cadre » ou un « militant » du RCD, pris au hasard : « Quelle est l’idéologie ou le projet de société de votre parti ? ». Si votre interlocuteur ne se réfugie pas dans un silence gêné, il vous récitera une litanie de type goujo-maaouien : Ere Nouvelle, Changement, République de demain et blablabla. C’est carrément l’ensemble vide. A quoi sert cette coquille vide qui pointe vers le ciel ? Ces deux millions de militants sont-ils des moulins qui moudrent du vent ? Sont-ils tout simplement les bouffons du roi ? Ces eunuques du sultan ne sont pas là seulement pour l’applaudir et lui réserver des accueils « chaleureux et spontanés ». Ils forment aussi le deuxième cercle de contrôle et de surveillance. Ils encadrent une population déjà « encadrée ». Ils sont les yeux, les oreilles et parfois même le long bras de Big Benavie. Ils servent de relais et de courroies de transmission des ordres et des directives du Voyoucrate Suprême. Le RCD est aussi un club échangiste et de rencontres :

échange de faveurs entre fonctionnaires et homme d’affaires

rencontres entre hommes d’affaires et affairistes pour nouer des relations d’affaires.

 


Le palais de toutes les injustices


 

J’ai posé cette question à un ami dont le frère est un prisonnier politique : « Comment ta sœur, qui est juge, peut-elle juger des gens pour des délits politiques alors que son propre frère est un prisonnier de conscience ? » Il avait déjà la réponse. Sa sœur lui avait tout expliqué. Le régime a deux listes de juges :

 

« Ceux qui sont avec nous » ( m’taana en arabe), c’est à dire les juges acquis au pouvoir et qui sont pour la plupart des corrompus. La société civile tunisienne connaît leurs noms par cœur : Jedidi Ghani, Mustapha Kaâbachi, Akram Mnekbi etc.

« Les autres ». Ce sont les juges honnêtes et intègres que le régime considère comme « suspects » ou peu sûrs. La sœur de mon ami est sur la liste des « autres ». On ne lui confie jamais les affaires « sensibles ». Et pour cause.

 

Pour avoir une idée de l’état lamentable de la justice tunisienne, il suffit de lire le dernier rapport annuel du CNLT (Conseil National pour les Libertés e Tunisie). L’ère de Bourguiba n’est pas âge d’or pour lequel on pourrait nourrir une quelconque nostalgie. Pourtant, l’asservissement actuel de la justice rappelle la Tunisie d’avant le Pacte des droits et des libertés (ahd al-aman). Un parrain mafieux qui jouit d’une impunité totale et éternelle fait la pluie et le beau temps aux palais de l’injustice et arrache sa robe de juge à tout magistrat qui ose lever le petit doigt en présence de Sidna. La dépendance de la justice était flagrante lors des procès politiques instigués par Bourguiba. Mais lui, au moins, était honnête avec lui-même. Il n’a jamais nié le caractère politique des procès intentés contre ses opposants. Ben Ali n’a pas l’audace d’attaquer ses opposants de front. Il a même l’insolence de déclarer qu’en Tunisie il n’y a ni procès politiques ni prisonniers politiques ! La suppression de la Cour de la Sûreté de l’Etat est un vrai tour de passe-passe. Par un coup de baguette magique, les procès politiques ont « disparu ». Le pouvoir n’a plus que l’embarras du choix pour fabriquer des affaires contre opposants, militants des droits humains et cyber-dissidents. La condamnation de maître Néjib Hosni, il y a quelques années, à huit ans de prison pour faux et usage de faux en est un exemple flagrant. Le procès lui-même était un faux !

 

A part l’instrumentalisation de la justice à des fins politiques, un phénomène nouveau et extrêmement grave est apparu ces dernières années. Il est concomitant au délabrement moral de la société en général, à la clochardisation de l’Etat et à l’influence croissante des clans mafieux qui orbitent autour du grand parrain de Carthage. Des caïds, tels que Slim Chiboub, le gendre du parrain, recrutent de juges mafieux et interférent de façon flagrante non seulement dans le déroulement des procès mais aussi dans la promotion, l’avancement et les mutations des juges !

 

La lettre du juge Mokhtar Yahiaoui est le dernier S.O.S. lancé avant le naufrage de la justice et de l‘Etat tunisien en entier. Pourquoi ce petit juge fait-il peur à un « grand dictateur à la taille de l’Australie » ? Car le jour où la justice se réveillera, le Palais tremblera. La justice aux ordres est l’instrument privilégié pour faire taire les critiques et les voix discordantes et réduire tout un peuple au silence. Privé de cet instrument redoutable, capable de détruire des vies, des carrières et des familles, Ben Ali serait comme un homme de main, à qui on a coupé les bras. Si le président dictateur général mène une guerre sans merci contre un magistrat au chômage, c’est qu’il connaît le potentiel explosif que détient ce dernier rien que par la justesse de sa cause. Dans ce combat inégal, le juge rebelle détient une force dont Ben Ali ne pourra plus jamais disposer : la force morale. L’histoire nous enseigne que force morale finit toujours par vaincre la force brute. Un va-nu-pieds intègre qui a vaincu un empire ce n’est pas une fiction !


 

Sa majesté la Police


 


"Tunis, Tunisie - Des hommes bondissent. Leurs mains de boxeurs s‘agrippent, poussent, bousculent. Ils étaient une dizaine, au bas mot, et ils se ruaient sur tous ceux qui se trouvaient sur leur chemin. D’autres cognent une voiture par des bouteilles, menaçant un groupe de femmes qui cherchaient à fuire. Les assaillants n’ont pas pris la peine de s’identifier, mais ici, comme presque partout dans le monde arabe, ils n’en ont pas besoin. La constance n’était pas dans leurs vêtements, qui n’avaient rien de spécial, mais plutôt dans leur comportement. Ces hommes pouvaient faire tout ce qu’ils voulaient, chaque fois qu’ils en avaient l’envie. C’était la police." (Los Angles Times, 10 juin 2002)

 (Los Angles Times, 10 juin 2002)

 

La scène racontée par le journaliste américain, et qui s’est passée récemment devant la prison du 9 avril, n’est qu’une goutte de l’océan voyoucratique benalien. L’énumération et la description détaillée des méthodes employées par la police politique depuis le 7 novembre 1987, occuperaient un livre de 300 à 400 pages au bas mot. Pour évoquer un seul aspect, le plus grave et le plus abject, de la voyoucratie, à savoir la torture, le livre « La torture en Tunisie » consacre plus de cent pages rien que pour décrire le phénomène et citer des témoignages. Et le livre est loin d’être exhaustif. La torture est l’arme la plus cruelle et la plus inhumaine de Ben Ali. Le témoignage de Zouhair Yahaoui, journaliste satirique et webmaster de TUNeZINE, indique clairement que les flics tunisiens continuent à « cuisiner » impunément leurs détenus avec l’assentiment la bénédiction du Voyou Suprême. Rappelons qu’entre trente et cinquante personnes sont mortes sous la torture depuis le 7 novembre 1987. Le régime voyou ne se contente pas de torturer à mort, il menace et harcèle les familles des victimes !

 

La police politique est le chouchou de Ben Ali. Elle dépend directement de lui et agit sous ordres. D’ailleurs, c’est la seule armée qu’il est capable de commander. Les officiers et les agents des SS (Services Spéciaux) bénéficient d’une impunité totale. Ce sont tous des hommes sans le moindre scrupule moral ou légal. Aucun juge ni commission parlementaire ne peuvent leur demander des comptes. Rien ni personne, à part Big Ben Ali, ne peut les arrêter lorsqu’ils se lancent à l’attaque. Ils sont les auteurs de toutes les basses œuvres : insultes et menaces, passage a tabac, torture, agressions sexuelles, cambriolage de bureaux et de maisons, vol de voitures, intimidation et harcèlement des enfants d’opposants, descentes nocturnes, bouclage de rues, encerclement de maisons ou d’immeubles etc.

Ils ont des réflexes de chiens bien dressés. Lorsqu’on leur donne l’ordre d’attaquer peu leur importe que vous soyez un brillant mathématicien, un professeur en médecine, un historien de renommée mondiale ou un vétéran de la guerre d’indépendance.

 

La Cyber Police est la dernière-née dans la grande famille policière de Big Benavie. Avec les virus informatiques anti-opposants un nouveau concept est né : la Cyber-voyoucratie. Les cyber-flics tunisiens « bombardent » continuellement les e–mails des cyber-dissidents par des fichiers contaminés de virus. Une autre méthode de ces cyber-voyous est d’envoyer des centaines de messages à la même adresse e-mail pour provoquer la saturation de la boîte aux lettres électronique.

 

D’après M. Marzouki, ce qui se passe en Tunisie en ce moment ressemble à une histoire de science-fiction. Big Brother est sorti du cerveau d’Orwell. Big Benavie est le clone de Big Brother. La Police de la Pensée de Big Benavie vient d’arrêter le clone (réel ?) d’un internaute virtuel au nom d’ettounsi, ennemi réel (ou virtuel ?) de Big Benavie.

 

Nous sommes en train de vivre un film d’horreur où la réalité dépasse toute fiction.


 

Omar Khayyâm


 

 

 

 

 

 

 

Uncategorized 8:17 pm

Mahdia, le 02/02/02

Cher Kader,

L’autre jour tu m’as posé cette question: "Pourquoi écris-tu? Tu veux devenir député?". Malheureusement, cher Kader, malgré notre longue amitié, tu n’as rien compris à Khayyâm.
Khayyâm député ! C’est la blague la plus marrante que j’aie entendu pendant le mois de janvier.

Et pourquoi pas Ouled Ahmed Président? Tout le monde va s’amuser avec un PP (c’est l’abréviation de président-poète et non de poète pestiféré). Tu te rappelles ma réponse? « Non. Je veux devenir citoyen. ».
Les droits que je réclame sont, pourtant, si simples. Rien n’est plus difficile que les choses simples, mon ami.

Je réclame le droit de ne pas être injurié, giflé, malmené, maltraité, humilié, torturé, supplicié. Par qui ? Par des gens payés par le peuple pour mener la vie dure au…peuple.

Je réclame le droit de ne pas être épié, observé, surveillé, fiché, contrôlé, harcelé, étouffé. Par qui ? Tu l’as déjà deviné !

Je réclame le droit de respirer, d’expirer et d’aspirer un air propre non contaminé par les puanteurs des flagorneurs, des applaudisseurs, des falsificateurs et des faux-monnayeurs.

Je réclame le droit d’écrire, de crier et de rugir, le droit au délire, le droit à la satire n’en déplaise au vizir et à l’Emir.

Cher Kader, j’espère que ma réponse ne t’a pas dépité !

A bientôt !

Ton ami Omar.