UncategorizedOctober 25, 2006 7:20 am

LE CULTE DE l’INCULTE ABOLI PAR DECRET


TUNS (TNA)-  Six ans après la courageuse décision de Ben Ali, certains Tunisiens continuent à passer outre les directives présidentielles. En effet, le Président Zine el-Abidine Ben Ali a signé le 13 mai 2000 un décret interdisant à jamais le culte de la personnalité. Cette décision prise par le Chef de l’Etat suite au dénouement heureux de la soi-disant affaire Ben Brik est non seulement un éclatant témoignage du courage de l’Artisan du Changement et de la grandeur son œuvre, mais aussi une brillante démonstration de sa clairvoyance politique. Ce décret s’inscrit dans le cadre de la sage politique éclairée poursuivie par le Président de la République depuis l’aube du 7 novembre 1987.


 

Rappelons que ce décret interdit aux commerçants, aux chauffeurs de taxi, aux tenanciers de cafés et de bars et aux fonctionnaires de l’Etat d’afficher plus de 7 portraits du Président. Selon le même décret, les bulletins d’info de la radio et de la télé ne peuvent consacrer plus de 120 minutes aux activités présidentielles. Les journaux et les magazines, quant à eux, ont été astreints à sept pages au maximum pour rapporter et commenter les activités et les initiatives présidentielles.

 

Cette mesure présidentielle a été malheureusement contournée par certains commerçants. Puisque la réglementation leur interdit d’afficher plus de sept photos du Président, certains propriétaires de cafés et de bars ont eu l’ingénieuse idée de graver l’image de Ben Ali sur les tasses de café et les verres de bière ! Pour contourner la « censure » présidentielle, d’autres cafetiers et restaurateurs ont décoré les murs de leurs locaux par des miroirs qui démultiplient la photo du Président à l’infini. Enfin, au lieu de détruire leur « excèdent photographique », les chauffeurs de taxi ont dissimulé les portraits supplémentaires dans les plis des drapeaux et des rideaux et sous le capot de leur voiture.

 

Soucieux d’informer leurs lecteurs de l’activité débordante du Président et du riche contenu de ses discours-fleuves, les journalistes tunisiens ont tout de suite perçu le plafond de sept pages qui leur avait été imposés comme une camisole de force. Heureusement pour eux, un directeur de journal a eu une brillante idée pour contourner les mesures légales de mai 2000. Les autres médias n’ont pas perdu de temps pour lui emboîter le pas. Tout en respectant la « limite sept » pour leurs pages principales, les journaux et les magazines ont commencé à publier des suppléments « Spécial Président » de 8 pages, les sept premières étant consacrées à Ben Ali et la dernière à la publicité. Leur initiative est légalement irréprochable. D’ailleurs, certains journaux n’ont pas hésité à ajouter des annexes à leurs suppléments. La méthode des suppléments et des spéciaux a été aussi adoptée par la télé et la radio pour dépasser allégrement la limite des 120 minutes imposée par le décret sus-cité.

 

Un conseiller présidentiel dit que le Président est exaspéré par ces tours de passe-passe juridiques, mais qu’il ne prendra aucune mesure pour mettre fin à la « diarrhée » benaliste de certains médias. Une telle mesure serait perçue par les journalistes tunisiens comme une entrave à la liberté d’expression. Selon ce même conseiller, le Président lui avait récemment confié : « J’ai déjà donné l’ordre aux journalistes d’être libres et il est hors question que je révise ma décision ». Et le Président de conclure : « Je ne suis moi-même ni benaliste ni même benalisant, mais de quel droit empêche-t-on un journaliste d’être benaliste ? ».

Fiction 7:14 am


Exodus, the Movement of the People


 

Zaba a été réveillé par le silence. Le silence du Palais était total, angoissant, troublant. Les appartements présidentiels étaient, certes, l’endroit le plus calme du Palais, mais le silence de cette aube du 15 octobre ne présageait rien de bon. Ce jour-là Zaba devrait célébrer la fête de l’évacuation de la base militaire de Bizerte par les Français en 1963 et signer le contrat de location de la même base aux Américains avec le commandant de la sixième flotte des USA. Zaba a eu beau appuyer sur le bouton de la sonnette de service. Aucun domestique du Palais ne prit la peine de répondre à l’appel. De guerre lasse, il s’aventura au-delà de ses appartements. Le Palais ressemblait à un bateau-fantôme. Il n’y avait pas la moindre âme qui vive. En inspectant les jardins du Palais, le dictateur remarqua des armes et des uniformes, abandonnés par les gardiens, qui gisaient par terre.

 

Que s’est-il passé pendant cette mémorable nuit du 14 au 15 octobre ? Ce qui s’est produit en Tunisie durant la nuit du 14 au 15 octobre est digne d’être considéré comme le plus grand mouvement de population du 21ème siècle. Il s’agit d’une opération minutieusement préparée et planifiée pendant deux langues années par une poignée d’opposants et d’hommes d’affaires tunisiens vivant à l’étranger. Le débarquement de la Normandie en 1944 paraît un jeu d’enfant devant l’ « embarquement » de tout un peuple en moins de 24 heures. Bref, le peuple tunisien a « brûlé » en entier durant la nuit du 14 au 15 octobre. L’opération d’évacuation a nécessité pas moins de 20 0000 embarcations, 2000 avions et 100 000 véhicules. Selon le plan d’évacuation, feu le peuple tunisien devrait être éparpillé sur les quatre coins de la planète. Certes, la Tunisie n’existe plus, mais les ex-Tunisiens continueront d’exister, embrassant les nationalités les plus diverses. Une centaine de pays a accepté d’héberger chacun une partie de ce peuple bâtard.

 

Le 15 octobre à 5H00 du matin, la Tunisie était vide de ses citoyens. Zaba a été abandonné même par les plus fidèles de ses fidèles. Zaba ne pouvait croire ses yeux. Il prit le volant de la première voiture qu’il rencontra sur son chemin et fit le tour de la capitale. Tunis ressemblait plutôt à un cimetière. Pas le moindre signe de vie. Zaba était à bord de la folie. Pris de panique, il appela Chirac.

 

- Jacques, au secours, je ne trouve plus mon peuple !

- As-tu bien cherché dans les caves ?

Zaba, exaspéré, coupe la communication et appelle Silvio Berlusconi

- Ciao Silvio, as-tu par hasard vu mon peuple ?

- C’est difficile de voir la Méditerranée de mon bureau ici à Palazzo Chigi, mais je crois que ton peuple est en train de nager vers l’Italie…

Zaba interrompt la communication et appelle Kofi Annan

 

- Salut Kofi, j’ai perdu mon peuple.

- Désolé cher ami, nous sommes fermés présentement. Vos pouvez faire votre déclaration de perte demain à partir de 8H30.

 

Désœuvré et abattu, Zaba commença à errer dans les rues désertes de Tunis. Il ne savait pas encore qu’un autre Tunisien était dans la même situation que lui. Un seul prisonnier de la prison de Bordj el-Amri refusa de quitter ce bateau ivre qu’on appelle la Tunisie. Les gardiens, amusés par son patriotisme démodé, l’ont abandonné à son sort avant qu’il ne prennent le large avec le reste des « brûlants ». Ce prisonnier porte le pseudo ettounsi. Il marcha à pied jusqu’à Tunis. Une capitale abandonnée par ses habitants. En atteignant l’avenue Bourguiba, il remarqua de loin un type cravaté en train d’errer dans l’avenue déserte. C’était son ennemi de toujours, le général Zaba. Il commença à courir pour l’attraper. Zaba eut peur. Il commença à courir à son tour et trouva refuge dans les caves du ministère de l’intérieur. Ettounsi n’eut pas trop de peine à retrouver sa proie. Il coinça Zaba dans les caves et improvisa son énième proxy*. Zaba eut beau se boucher les oreilles, les rires d’ettounsi lui transperçaient littéralement le corps. La torture de Zaba par le rire dura des semaines entières.

 

Un correspondant italien parvint le premier à débarquer sur une plage déserte de cette contrée bandonnée qu’on appelait jadis la Tunisie. Il fut le témoin d’un spectacle d’horreur : un ex-prisonnier politique était en train de torturer son ex-bourreau par des rires interminables. Amnesty International adressa un appel solennel à ettounsi le priant de mettre fin à ses séances de torture par le rire.

 

Zaba, gravement « blessé » par ettounsi, fut évacué par une barque de la Croix rouge maltaise. Ettounsi, devenu unique citoyen de la Tunisie, décida de fermer définitivement le pays et d’en remettre les clefs à un syndic de faillites nommé Kofi Annan. Ce dernier plaça l’annonce suivante dans le New York Times : Nice Country for Sale ( joli pays à vendre).

 


END (**)

*) les proxys sont des textes satiriques d’ettounsi.

**)- This is the end, my only friend, the end….

Fiction 6:58 am


LE COMMANDANT NEFZAOUI, LE HEROS DU CIEL


 

Mohamed Nefzaoui est un citoyen ordinaire. Il ne s’est jamais intéressé à la politique et la police politique ne s’est jamais intéressée à lui. Sa fiche numéro deux à la section S  du Ministère de l’intérieur n’indique rien de spécial : 47 ans, commandant de bord à Tunis Air, marié, 3 enfants, non-pratiquant, boit occasionnellement, deux villas, l’une à la Cité la Gazelle, l’autre à Hammamet, deux voitures, une Mercedes blanche et une BMW noire. Tendance politique : aucune. Vie sexuelle, rien de spécial. Pas d’aventures extra-conjugales depuis septembre 1995.

 

Apparemment, rien ne prédisposait le commandant Nefzaoui à devenir « un héros de notre temps ». Il menait la dolce vita d’un commandant de bord paisible et sans problèmes. Il avait obtenu des qualifications sur tous les appareils de la flotte de Tunis Air, du vieux Boeing 727 au plus récent A-340. Sa carrière a atteint sa vitesse de croisière depuis quelques années et il grimpait aussi doucement les échelons de la compagnie que ses appareils les couches de la troposphère. Il passait la saison estivale avec sa famille dans sa villa de Hammamet et n’avait d’autres distractions que la baignade en mer et quelques soirées modérément arrosées, passées en compagnie de quelques ami intimes, pilotes pour la plupart. Ses lectures se limitaient presque aux textes techniques liés à son domaine. Il lui arrivait de lire quelques revues et journaux étrangers, mais il se méfiait de la politique comme de la peste. Il suivait à la lettre les instructions « d’en haut » et après chaque vol, il inspectait son appareil et remettait au commissaire de l’aéroport tous les journaux « suspects » que les passagers avaient laissé traîner sur les sièges.

 

Pourtant, un petit article changea sa vie. Ce n’était même pas un article, juste un encadré de 22 lignes. C’était un certain jour d’octobre 2001. Le commandant Nefzaoui avait effectué, tôt le matin, un vol régulier Tunis-Paris. Comme d’habitude, avant de quitter son Airbus, il inspecta tous les sièges de l’avion. Un journal plié en deux et ouvert sur la page 7 gisait sur l’un des sièges de la classe économique :

 

Pour Mohamed Msedi

 


Commandant de bord de Tunis Air au moment de son arrestation le 29 juillet 1993, M. Mohamed Msedi est l’un de ces détenus dont le sort est emblématique Marié, père de deux garçons, pratiquant sa religion, il a été interpellé en plein nuit à son domicile à l’époque d a grande vague de répression contre les opposants du régime. Tenu au secret et torturé pendant trente-sept jours d’affilé, il a été condamné à vingt-sept ans de prison le 4 septembre 1993 pour « appartenance à un mouvement subversif [Nahda] et complot contre l’Etat ».

Dans un véritable SOS récemment parvenu à Paris, M. Msedi fait état de l’alarmante dégradation de sa santé : difficulté de se tenir debout et à se servir de sa main droite, complications cardiaques et rénales mettant sa vie en danger. Deux comités de soutien se sont constitués en France pour réclamer des soins et la libération du prisonnier. L’un est composé d’intellectuels et de syndicalistes (SUD aérien) français et tunisiens résidant en France, l’autre rassemble les syndicalistes retraités de l’Union du personnel navigant Air Franc, qui entendent manifester activement leur solidarité professionnelle, comme ils l’ont déjà fait en faveur d’autres pilotes étrangers victimes de la répression.

Le cas de Mohamed Msedi n’est pas isolé. Son nom figure sur la liste publiée en France de 344 détenus torturés pendant la garde à vue ou en prison, dont 31 sont décédés. Non exhaustive, cette liste s’accompagne d’une énumération provisoire des noms de 133 tortionnaires du ministère de l’intérieur, responsables ou exécutants, ayant sévi de 1990 à 2000. (Cf. « Torture en Tunisie 1987 2000 : plaidoyer pour son abolition et contre l’impunité », publié par le CDLDHT.)

 


Le commandant Nefzaoui tombait carrément des nues. Il hésita un instant, regarda autour de lui, puis cacha le journal sous sa veste. Avant de rejoindre son copilote qui l’attendait en bas, il regagna la cabine de pilotage pour dissimuler le journal parmi ses cartes de navigation.

 

Il avait hâte de rentrer chez lui. Il voulait lire et relire la triste histoire de ce collègue qu’il avait connu pour la première fois à l’Ecole de l’aviation civile de Borj El Amri. Il n’était pas un ami à lui, mais il le connaissait de vue. Depuis la « disparition » de Mseddi, aucun de ses collègues n’osa téléphoner à sa femme pour s’enquérir de l’état de santé de son mari. Pour la première fois de sa vie, Nefzaoui prit conscience de sa lâcheté. Son sentiment de culpabilité était d’autant plus grand que Mseddi était son voisin à la cité la Gazelle.

 

Il était à la fois affligé et révolté. Affligé par le triste sort de son collègue et révolté contre une injustice flagrante. Peut-il dorénavant dire qu’il ne savait pas ?

Un changement profond s’opéra aux tréfonds de son âme. Le changement était à peine perceptible. D’ailleurs personne ne le remarqua, à part sa femme qui lui posa la question qu’il attendait depuis sa « métamorphose » : «  qu’est-ce qui se passe ? ». Il se contenta de lui dire qu’il était un peu fatigué et qu’il avait peut être besoin de vacances.

 

Le commandant Nefzaoui, profondément touché par le cas de son collègue, voulait faire quelque chose. Mais quoi ? Il n’était qu’un pilote et il avait toujours laissé la politique aux politiciens. Comment pouvait-il concrètement répondre au SOS du commandant de bord Mohamed Mseddi ? Il ne sut que faire. Il attendait les signes du ciel.

 

Un jour, en effectuant le vol Tunis-Zurich, le commandant Nefzaoui, profitant du temps mort entre son atterrissage et son prochain décollage, quitta son appareil pour faire une petite promenade à l‘intérieur l’aéroport de Zurich. En s’arrêtant devant un kiosque à journaux, un titre de première page du quotidien La Tribune de Genève attira son attention :

 


LE JUGE ZURICHOIS GERLACH EMET UN MANDAT D’ARRET CONTRE LE DICTATEUR TUNISIEN BEN ALI.


 

Il acheta le journal et lut l’article en entier. C’était à peine croyable. Le bourreau de son collègue Mseddi était demandé par la justice suisse suite à une plainte déposée par des réfugiés politiques tunisiens torturés sur les ordres de Ben Ali. Le commandant Nefzaoui n’avait pas encore un plan en tête, mais cette nouvelle lui procura une satisfaction qu’il ne put partager avec personne. Il savait déjà qu’il avait une mission à accomplir, mais son heure n’était pas encore venue.

 

Le commandant Nefzaoui appartenait à une catégorie privilégiée des commandants de bord, celle des « pilotes présidentiels ». Il ne suffit pas d’être un ancien commandant de bord de Tunis Air pour devenir un pilote du Président. La sécurité présidentielle établit périodiquement une liste de pilotes de confiance, seuls habilités à piloter l’avion du Président. De prestigieux commandants de bord figurent sur cette liste : Arfaoui, Bargaoui, Becheikh, Brahem, Youssef  et Nefzoui. A la veille de chaque voyage présidentiel à l’étranger, la Présidence communique, à la dernière minute, au pilote élu son « ordre de mission ».

 

Depuis la lecture de l’article de la Tribune de Genève le commandant Nefzoui avait lentement développé un plan en tête, mais le plan ne dépendait pas seulement de lui. D’ailleurs, il n’avait révélé son plan secret à personne, même pas à sa femme.

 

Le jour où on lui annonça qu’il allait, le lendemain, piloter l’avion présidentiel , le commandant Nefzaoui prononça presque les mêmes mots proférés au Caire en octobre 1981 par Khaled Islambouli : « Que la volonté de Dieu soit faite ! ».

 

Ben Ali devait se rendre à Alger pour une visite officielle de deux jours. Un Airbus A-320 avait été déjà réquisitionné par la Présidence et la police présidentielle tenait l’appareil sous son contrôle 24 heures avant l’heure prévue du décollage.

 

Après la fin de la cérémonie d’adieux, Ben Ali monta sur la passerelle de l’avion et serra la main au comandant Nefzaoui et à son copilote. A Alger , le président algérien Abdelaziz Bouteflika, se préparait déjà à quitter le palais présidentiel pour aller accueillir son hôte à l’aéroport Haouari Boumedienne.

 

Dès que l’avion présidentiel décolla de la piste A2 de l’aéroport de Tunis Carthage, le commandant Nefzaoui emprunta le couloir aérien qui longe le Cap Bon et passe par Kélibia. Les aiguilleurs du ciel à Tunis n’avaient rien compris à la manœuvre du pilote  et demandèrent des explications au commandant de bord. Celui-ci se contenta de dire que, pour des raisons inconnues, les services de sécurité de la présidence lui avaient demandé de faire un long détour avant de mettre le cap sur Alger. Pour réaliser son plan secret, le commandant Nefzaoui avait dû mentir non seulement aux aiguilleurs du ciel tunisiens mais aussi à son copilote, surpris par le brusque changement du plan de vol.

 

Il ne lui révéla son plan que lorsque l’avion pénétra l’espace aérien italien. Lorsqu’il entra en contact avec les contrôleurs aériens italiens, il s’identifia comme le pilote du vol régulier Tunis-Zurich et continua sans problèmes son chemin à travers la péninsule italienne.

 

C’est seulement en franchissant l’espace aérien helvétique qu’il révéla aux aiguilleurs du ciel suisses l’identité de l’avion et la nature de sa cargaison. Les contrôleurs aériens alertèrent, sans tarder, les autorités de l’aéroport de Zurich. Les policiers de l’aéroport informèrent, tout de suite, le juge Gerlach qui donna l’ordre d’arrêter le dictateur dès sa descente d’avion.

 

En descendant de l’avion, Ben Ali s’attendait à voir les bras ouverts de son ami Boutef en bas de la passerelle. En fait, c’était des policiers zurichois qui se préparaient à lui enfiler des menottes suisses, de loin plus confortables que celles tunisiennes.

 

 

 

 

 

 

Fiction 6:49 am


26-26, le Fonds du bonheur garanti


 

Bien que je n’aie jamais donné un seul millime au Fonds de Solidarité Nationale (FNS), plus connu sous le pseudo Compte 26-26, je continue néanmoins à le considérer comme la plus grande création humaine depuis la fondation du « Royaume des Pauvres » par Jésus. La générosité légendaire de ce fonds sans fond n’est plus à démontrer. Pour illustrer la noble mission de cette caisse aussi transparente que la personnalité de son créateur, je me contenterai de deux exemples, pris au hasard. J’ai interrogé deux heureux bénéficiaires des largesses de la « caisse des pauvres ». Ce sont un Tunisien et une Tunisienne qui ont deux points en commun :

- leur origine sociale très modeste

- leur infinie gratitude envers le Fonds de la générosité infinie

 

Pour préserver leur anonymat, nous leur avons donné deux noms imaginaires : Marie-Lila Benghazi et Ezzeddine Bou Ali. Je les remercie d’avoir accepté d’être interviewés par TUNeZINE.

 


Omar Khayyâm : Racontez-nous votre histoire avec le Fonds 26-26.


 


Marie-Lila : Ce fonds a carrément changé ma vie. Je vais commencer par le début. J’ai commencé ma vie professionnelle en tant qu’apprentie coiffeuse chez Madame Fadwa [nom modifié par la rédaction] au début des années quatre-vingt à Tunis. Puis, j’ai ouvert mon propre salon de coiffure. Mais, vu les charges sociales et les impôts, mes revenus n‘étaient pas suffisants pour l’acquisition ou la construction d’un logement décent.


O.K : Le 26-26 vous a aidée à construire votre propre maison ?


 


M.L. : Oui, c’est grâce à ce fonds que j’ai pu acheter un petit lot de terrain situé dans la banlieue populaire de Sidi Bou Saïd et y construire un logement social.


O.K : Je suppose que le Fonds 26-26 ne vous a pas donné la possibilité de choisir la banlieue et le quartier?


 


M.L : Non, mais quand même ! Il ne faut pas être très exigeant. Pour moi, l’important c’était de posséder mon propre logement.


 


O.K : Et le remboursement du prêt, comment ça se passe ?


 


M.L : Les responsables du 26-26 sont les gens les plus cool que j’aie jamais connus. Parfois j’oublie de rembourser pendant des années et le Fonds ne m’envoie même pas une petite lettre de rappel. Le 26-26 n’est pas un fonds social pour rien. Ils savent que si un citoyen ne paie pas c’est qu’il est dans le pétrin et eux ils ne veulent en aucun cas jouer le rôle d’usuriers sans âme.


O.K : Est-ce vrai que le Fonds 26-26 vous a aidée même à meubler votre modeste maison de Sidi Bou Said?


 


M.L : En effet, le Fonds m’a aidé à acheter quelques meubles à Paris, mais c’est mon mari qui s’est chargé du transport aérien. Comme le dit le proverbe tunisien : « Si ton ami est fait de miel, ne le mange pas en entier ». J’essaye de ne pas abuser de la générosité de cette caisse populaire.


O.K : Votre dernier mot aux lecteurs de TUNeZINE.


M.L : Je suis fière d’appartenir à ce pays qui ne souffre d’aucun préjugé social et qui offre une égalité totale et absolue entre tous les citoyens. Que vous soyez une modeste coiffeuse ou l’épouse du Président de la République, l’Etat vous garantit la dignité et l’égalité des chances… [profondément émue et ne pouvant plus contrôler ses larmes, Mme Marie-Lila me pria de mettre fin à l’interview.]


Je dois avouer aux lecteurs de TUNeZINE que j’ai été profondément touché par la modestie, la spontanéité et la sincérité de Mme Marie-Lila. Je suis fier, exactement comme elle, d’pppartenir à un pays où le rêve de changer de vie n’est pas interdit et où la mobilité sociale a atteint une vitesse qui donnerait le vertige à toute personne qui ne connaît pas la réalité tunisienne.

 

Mon deuxième interlocuteur a du mal à s’exprimer. Certes, il est sorti de la pauvreté économique, mais sa pauvreté linguistique reste intacte. J’ai essayé de simplifier les questions au maximum et je l’ai parfois aidé à trouver le mot juste pour exprimer ses pensées, un peu confuses. Malgré les cours de lecture, de compréhension et de diction [financés par le 26-26] qu’il a suivis, il trouve encore des difficultés énormes à répondre aux questions posées.

 


O.K : Vous êtes le caporal Ezzeddine Bou Ali, n’est ce pas ?


E.B.A : Oui, tout à fait.


 


O.K : Le 26-26 ça vous dit quelque chose ?


 


E.B.E : Oui, bien sûr c’est lui qui a construit mon logement social à Hammamet. Mon salaire de caporal ne m’aurait jamais permis de posséder mon propre logement.

O.K : Vous êtes content ?

E.B.A : Oui. Ma femme aussi.


 

O.K : Est ce vrai que le 26-26 a construit pour vous un raccourci relié à l’autoroute Tunis-M’saken pour vous éviter les embouteillages de Barraket Essahel ? 

 


E.B.A : C’est une agréable surprise du 26-26. J’ai rien demandé. J’étais profondément ému le jour où le Fonds National de Solidarité me manifesta sa solidarité par ce geste… [Le caporal Ezzeddine Bou Ali était incapable de contrôler ses larmes, j’étais obligé de mettre fin à l’interview]