Exodus, the Movement of the People


 

Zaba a été réveillé par le silence. Le silence du Palais était total, angoissant, troublant. Les appartements présidentiels étaient, certes, l’endroit le plus calme du Palais, mais le silence de cette aube du 15 octobre ne présageait rien de bon. Ce jour-là Zaba devrait célébrer la fête de l’évacuation de la base militaire de Bizerte par les Français en 1963 et signer le contrat de location de la même base aux Américains avec le commandant de la sixième flotte des USA. Zaba a eu beau appuyer sur le bouton de la sonnette de service. Aucun domestique du Palais ne prit la peine de répondre à l’appel. De guerre lasse, il s’aventura au-delà de ses appartements. Le Palais ressemblait à un bateau-fantôme. Il n’y avait pas la moindre âme qui vive. En inspectant les jardins du Palais, le dictateur remarqua des armes et des uniformes, abandonnés par les gardiens, qui gisaient par terre.

 

Que s’est-il passé pendant cette mémorable nuit du 14 au 15 octobre ? Ce qui s’est produit en Tunisie durant la nuit du 14 au 15 octobre est digne d’être considéré comme le plus grand mouvement de population du 21ème siècle. Il s’agit d’une opération minutieusement préparée et planifiée pendant deux langues années par une poignée d’opposants et d’hommes d’affaires tunisiens vivant à l’étranger. Le débarquement de la Normandie en 1944 paraît un jeu d’enfant devant l’ « embarquement » de tout un peuple en moins de 24 heures. Bref, le peuple tunisien a « brûlé » en entier durant la nuit du 14 au 15 octobre. L’opération d’évacuation a nécessité pas moins de 20 0000 embarcations, 2000 avions et 100 000 véhicules. Selon le plan d’évacuation, feu le peuple tunisien devrait être éparpillé sur les quatre coins de la planète. Certes, la Tunisie n’existe plus, mais les ex-Tunisiens continueront d’exister, embrassant les nationalités les plus diverses. Une centaine de pays a accepté d’héberger chacun une partie de ce peuple bâtard.

 

Le 15 octobre à 5H00 du matin, la Tunisie était vide de ses citoyens. Zaba a été abandonné même par les plus fidèles de ses fidèles. Zaba ne pouvait croire ses yeux. Il prit le volant de la première voiture qu’il rencontra sur son chemin et fit le tour de la capitale. Tunis ressemblait plutôt à un cimetière. Pas le moindre signe de vie. Zaba était à bord de la folie. Pris de panique, il appela Chirac.

 

- Jacques, au secours, je ne trouve plus mon peuple !

- As-tu bien cherché dans les caves ?

Zaba, exaspéré, coupe la communication et appelle Silvio Berlusconi

- Ciao Silvio, as-tu par hasard vu mon peuple ?

- C’est difficile de voir la Méditerranée de mon bureau ici à Palazzo Chigi, mais je crois que ton peuple est en train de nager vers l’Italie…

Zaba interrompt la communication et appelle Kofi Annan

 

- Salut Kofi, j’ai perdu mon peuple.

- Désolé cher ami, nous sommes fermés présentement. Vos pouvez faire votre déclaration de perte demain à partir de 8H30.

 

Désœuvré et abattu, Zaba commença à errer dans les rues désertes de Tunis. Il ne savait pas encore qu’un autre Tunisien était dans la même situation que lui. Un seul prisonnier de la prison de Bordj el-Amri refusa de quitter ce bateau ivre qu’on appelle la Tunisie. Les gardiens, amusés par son patriotisme démodé, l’ont abandonné à son sort avant qu’il ne prennent le large avec le reste des « brûlants ». Ce prisonnier porte le pseudo ettounsi. Il marcha à pied jusqu’à Tunis. Une capitale abandonnée par ses habitants. En atteignant l’avenue Bourguiba, il remarqua de loin un type cravaté en train d’errer dans l’avenue déserte. C’était son ennemi de toujours, le général Zaba. Il commença à courir pour l’attraper. Zaba eut peur. Il commença à courir à son tour et trouva refuge dans les caves du ministère de l’intérieur. Ettounsi n’eut pas trop de peine à retrouver sa proie. Il coinça Zaba dans les caves et improvisa son énième proxy*. Zaba eut beau se boucher les oreilles, les rires d’ettounsi lui transperçaient littéralement le corps. La torture de Zaba par le rire dura des semaines entières.

 

Un correspondant italien parvint le premier à débarquer sur une plage déserte de cette contrée bandonnée qu’on appelait jadis la Tunisie. Il fut le témoin d’un spectacle d’horreur : un ex-prisonnier politique était en train de torturer son ex-bourreau par des rires interminables. Amnesty International adressa un appel solennel à ettounsi le priant de mettre fin à ses séances de torture par le rire.

 

Zaba, gravement « blessé » par ettounsi, fut évacué par une barque de la Croix rouge maltaise. Ettounsi, devenu unique citoyen de la Tunisie, décida de fermer définitivement le pays et d’en remettre les clefs à un syndic de faillites nommé Kofi Annan. Ce dernier plaça l’annonce suivante dans le New York Times : Nice Country for Sale ( joli pays à vendre).

 


END (**)

*) les proxys sont des textes satiriques d’ettounsi.

**)- This is the end, my only friend, the end….