Le culte de l’Inculte Suprême continue
LE CULTE DE l’INCULTE ABOLI PAR DECRET TUNS (TNA)- Six ans après la courageuse décision de Ben Ali, certains Tunisiens continuent à passer outre les directives présidentielles. En effet, le Président Zine el-Abidine Ben Ali a signé le 13 mai 2000 un décret interdisant à jamais le culte de la personnalité. Cette décision prise par le Chef de l’Etat suite au dénouement heureux de la soi-disant affaire Ben Brik est non seulement un éclatant témoignage du courage de l’Artisan du Changement et de la grandeur son œuvre, mais aussi une brillante démonstration de sa clairvoyance politique. Ce décret s’inscrit dans le cadre de la sage politique éclairée poursuivie par le Président de la République depuis l’aube du 7 novembre 1987.
Rappelons que ce décret interdit aux commerçants, aux chauffeurs de taxi, aux tenanciers de cafés et de bars et aux fonctionnaires de l’Etat d’afficher plus de 7 portraits du Président. Selon le même décret, les bulletins d’info de la radio et de la télé ne peuvent consacrer plus de 120 minutes aux activités présidentielles. Les journaux et les magazines, quant à eux, ont été astreints à sept pages au maximum pour rapporter et commenter les activités et les initiatives présidentielles.
Cette mesure présidentielle a été malheureusement contournée par certains commerçants. Puisque la réglementation leur interdit d’afficher plus de sept photos du Président, certains propriétaires de cafés et de bars ont eu l’ingénieuse idée de graver l’image de Ben Ali sur les tasses de café et les verres de bière ! Pour contourner la « censure » présidentielle, d’autres cafetiers et restaurateurs ont décoré les murs de leurs locaux par des miroirs qui démultiplient la photo du Président à l’infini. Enfin, au lieu de détruire leur « excèdent photographique », les chauffeurs de taxi ont dissimulé les portraits supplémentaires dans les plis des drapeaux et des rideaux et sous le capot de leur voiture.
Soucieux d’informer leurs lecteurs de l’activité débordante du Président et du riche contenu de ses discours-fleuves, les journalistes tunisiens ont tout de suite perçu le plafond de sept pages qui leur avait été imposés comme une camisole de force. Heureusement pour eux, un directeur de journal a eu une brillante idée pour contourner les mesures légales de mai 2000. Les autres médias n’ont pas perdu de temps pour lui emboîter le pas. Tout en respectant la « limite sept » pour leurs pages principales, les journaux et les magazines ont commencé à publier des suppléments « Spécial Président » de 8 pages, les sept premières étant consacrées à Ben Ali et la dernière à la publicité. Leur initiative est légalement irréprochable. D’ailleurs, certains journaux n’ont pas hésité à ajouter des annexes à leurs suppléments. La méthode des suppléments et des spéciaux a été aussi adoptée par la télé et la radio pour dépasser allégrement la limite des 120 minutes imposée par le décret sus-cité.
Un conseiller présidentiel dit que le Président est exaspéré par ces tours de passe-passe juridiques, mais qu’il ne prendra aucune mesure pour mettre fin à la « diarrhée » benaliste de certains médias. Une telle mesure serait perçue par les journalistes tunisiens comme une entrave à la liberté d’expression. Selon ce même conseiller, le Président lui avait récemment confié : « J’ai déjà donné l’ordre aux journalistes d’être libres et il est hors question que je révise ma décision ». Et le Président de conclure : « Je ne suis moi-même ni benaliste ni même benalisant, mais de quel droit empêche-t-on un journaliste d’être benaliste ? ».

Ce décret n’ayant pas fait l’objet d’un recours pour excès de pouvoir devant le tribunal administratif, il sera enseigné dans les facultés de droit comme un fleuron de la tradition juridique tunisienne en phase avec le pouls du peuple tunisien.
Comment by Zeitgeist — October 25, 2006 @ 1:14 pm