Exclusivité de TUNeZINE : Interview de la nouvelle présidente24 avril 2005 , par Omar Khayyâm Pendant la dernière élection présidentielle tunisienne la concurrence était tellement serrée que les électeurs ont dû retourner aux bureaux de vote pour un deuxième tour. Mme Ahlem Ettounsi, une candidate de dernière minute au premier tour, a surpris tous les observateurs, tunisiens et étrangers, par sa fulgurante ascension. Cette femme de 44 ans, juriste de formation, a inauguré depuis son investiture à la magistrature suprême un style de pouvoir unique en son genre dans l’histoire moderne et ancienne du pays. Les citoyens sont fascinés par cette présidente qui a axé son programme électoral sur l’abolition du système présidentialiste et l’instauration graduelle d’un régime parlementaire. Malgré son emploi de temps très chargé, elle a trouvé le temps d’accorder une interview à TUNeZINE. TUNeZINE : Depuis votre élection vous avez déclenché une vraie révolution au pays ! Pouvez-vous nous expliquer votre programme ? Ahlem Ettounsi : J’applique tout simplement le programme pour lequel j’ai été élue : transformation graduelle du système politique pour passer du présidentialisme au parlementarisme, autonomie accrue des régions et élection directe des assemblées régionales et locales, élection directe des gouverneurs et des maires, indépendance totale de la Justice, abolition du délit d’opinion, implication du Parlement dans le contrôle des activités des services de sécurité et de renseignements etc. TZ : Vous avez refusé de vivre au Palais de Carthage. Pourquoi ? A.T. : Le Palais de Carthage est uniquement mon lieu de travail. Je me trouve mieux chez moi dans ma villa de l’Ariana. "Home, sweet home" comme disent les Anglais ! TZ : Vous n’avez pas peur des attentats ? A.T. : Je vais vous raconter une chose. J’étais à Londres en 1988 et j’ai assisté par hasard à la sortie de la Première ministre de l’époque Margaret Thatcher de son bureau de Downing Street. J’étais tout à fait surprise de voir que la circulation automobile ne s’était arrêtée que pendant deux ou trois minutes, le temps que sa voiture blindée et celle de ses gardes s’engagent dans l’avenue principale. Le risque d’attentat existe pour chaque chef d’Etat, mais je ne veux pas perturber la vie des citoyens pour assurer ma propre sécurité. Une voiture d’escorte est largement suffisante pour assurer ma sécurité. Et s’il m’arrive un malheur, je ne suis pas irremplaçable. L’important c’est que les institutions de l’Etat continuent de fonctionner indépendamment des personnes. TZ : Que pensez-vous du dictateur déchu ? A.T. : Je n’ai aucune haine envers lui. Son cas est entre les mains de la justice tunisienne. Il ne risque pas la peine de mort, car je suis contre la peine capitale. Le peuple s’est montré d’un civisme remarquable : Aucun acte de vengeance envers les proches du dictateur déchu n’a été enregistré. Les malversations et la mauvaise gestion sont du ressort des juges. Mais les journalistes ont aussi un rôle à jouer : faire toute la lumière sur la gestion de l’ancien régime. TZ : Etes-vous fière d’être la première femme qui accède à la magistrature suprême dans le monde arabe ? A.T. : Je ne fais pas de différence entre hommes et femmes. Les Tunisiens ont voté pour un programme politique et un projet de société. Mais ce précédant historique encouragera certainement les femmes arabes à conquérir plus de droits. Je crois que l’égalité totale entre l’homme et la femme est inéluctable à long terme. TZ : Permettez-moi de vous poser une question un peu indiscrète : Que lisez-vous en ce moment ? A.T. : Je suis en train de lire les mémoires de Nawal Saadawi et "Le rêve impossible" du docteur Elmostafa Ferzazi [1]. TZ : Vous allez solliciter un deuxième mandat ? A.T. : Non. Je voudrais après la fin de mon mandat me consacrer exclusivement à l’enseignement et à la recherche. TZ : Mais en cinq ans vous n’aurez pas assez de temps pour construire des palais à Hammamet et Sidi Bou Saïd ? A.T. : (Elle éclate de rire) Non certainement pas ! [1] "Le rêve impossible" est le premier ouvrage écrit en japonais par un chercheur arabe . El-Mostafa REZRAZI , qui dirige actuellement un projet scientifique prometteur concernant les effets de la crise économique asiatique sur les économies des pays du Moyen-Orient, a consacré dix ans de recherche pour l’élaboration de cet ouvrage qui représente, en réalité, la thèse de doctorat que l’auteur marocain a soutenue à l’université Nationale de Tokyo, département des études asiatiques. Cette cinquième doctorat en sciences sociale, politique et économique obtenue, du japon, par un chercheur arabe, constitue la première thèse de doctorat rédigée en japonais par un chercheur arabe. CopyLeft TUNeZINE 2001-2005 |
| lundi 25 avril 2005 |
FictionOctober 28, 2006 6:08 pm
3 Comments »
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Khayyâm, Ahlem Ettounsi vous a répondu “Son cas est entre les mains de la justice tunisienne”, mais elle oublie qu’il s’est prémuni à vie contre toute responsabilité pénale. Un casse-tête juridique que Mme la Présidente va devoir soumettre aux juristes. A Me Radhia Nasraoui par exemple, si elle veut bien accepter!
Comment by zeitgeist — October 28, 2006 @ 6:49 pm
Si un jour un le Tribunal Administratif invalide le “referendum” du 26 mai 2002, toutes les modifications apportees a la Constitution en vertu de cette “consultaion populaires” seront considerees comme nulles et non avenues.
Comment by Administrator — October 28, 2006 @ 6:56 pm
Il faudrait envisager une deuxième république avec une nouvelle constitution. Le 7 novembre 1987 n’a pas instauré une nouvelle république. Avec une nouvelle constitution il n’ y aura pas de droits acquis qui violent les principes fondamentaux du droit comme la prétendue absence de responsabilité pénale du chef de l’Etat.
Comment by zeitgeist — October 28, 2006 @ 9:23 pm