UNE SECTE QUI DÉRANGE

Pendant l’été 2001 est apparue  à Tunis une secte secrète et discrète. Mais elle n’a pas échappé à l’œil vigilant des Renseignements Généraux Tunisiens.
Lorsque les indicateurs du Ministère de l’Intérieur  avaient commencé à délivrer leurs premiers rapports sur cette secte, les officiers de la Sûreté ont cru qu’il s’agissait d’une blague de mauvais goût ou d’une opération d’intoxication ourdie par  un service ennemi.
Leur enquête ne laisse pourtant aucun doute. Cette secte non seulement existe, mais ses adeptes sont plus nombreux qu’on le croyait au début.

  Je ne suis pas encore arrivé à connaître le vrai nom de cette secte étrange, mais on peut pour le moment lui donner le nom provisoire " secte benalo-alaouite".
Commençons par résumer les dogmes de cette secte politico-religieuse.
Les benalo-alaouites croient que Zine El-Abidine Ben Ali est le douzième Imam caché et de ce fait il est la réincarnation vivante du Prophète et de Ali. Il est le calife de Dieu sur terre jusqu’au Jour du Jugement. Ils croient que Ben Ali est immortel et invulnérable. Il va unifier le monde arabo-afro-islamique sous sa bannière et créer le dernier empire islamique avant la fin du monde.

Les membres de la secte benalo-alaouite trouvent des signes évidents qui corroborent leur croyance. Ils parlent des Sept Signes Cachés. D’ailleurs leur chiffre magique c’est le sept:

- Zine El-Abidine est le prénom de l’arrière-petit-fils de l’Imam Ali .

- Le nom de famille Ben Ali n’est pas une coïncidence. Il contient déjà le nom de Ali, le 4ème calife après la mort du Prophète.

- Ben Ali se peint les cheveux comme le Prophète.

- Il est analphabète comme  Mahomet.

- Il n’a pas de fils et n’a eu que des filles exactement comme le Prophète de l’Islam.

- Sa nourrice s’appelle Halima (comme celle du Prophète.)

- Son nom contient onze lettres en arabe. La douzième lettre manquante est le symbole secret de l’Imam caché ( « le douzième imam caché » selon la tradition chiite).

Les benalo-alaouites croient que Ben Ali est infaillible (maâssoum en arabe) et que s’opposer à lui c’est en vérité s’opposer à la volonté de Dieu. Pour eux ceux qui s’opposent à Ben Ali ne sont pas seulement des mécréants, mais aussi des criminels à éliminer physiquement.

Le benalisme extrême de cette secte embarrasse les services de sécurité tunisiens. Peut-on arrêter des gens parce qu’ils croient fermement en Ben Ali et déclarent qu’il est éternel ! Les laisser agir à leur guise est aussi dangereux que l’interdiction pure et simple de la secte. C’est un vrai casse-tête. L’imam Ben Ali est lui-même partagé entre l’amour de ses amoureux et la realpolitik qui le pousse à inviter ces intégristes zélés à mettre de l’eau dans leur vin.