Vote in absentia

 

Comment les Tunisiens ont-ils dit NON au referendum sans voter ? Le génie tunisien est à son summum dès qu’il s’agit d’inaction. C’est grâce à leur inaction que les Tunisiens ont mis en échec la reforme constitutionnelle de Ben Ali.

 

Le jour J que le régime attendait avec impatience pour faire avaler au peuple la pilule de la présidence à vie s’est révélé le jour le plus noir de la dictature. Ce cuisant échec s’est déroulé sous les regards du monde entier. Tous les médias internationaux étaient là pour couvrir l’événement ou plutôt le non-événement. Dès les premières heures de ce dimanche tout à fait particulier, les journalistes et les cameramen tunisiens et étrangers se sont plantés devant les bureaux de vote de Tunis, Sfax, Bizerte et toutes les grandes villes du pays. Durant son premier reportage a 8 heures HT, le correspondant de CNN dit aux téléspectateurs que les citoyens tunisiens ne voulaient à aucun prix renoncer à leur grasse matinée et ceci expliquerait l’absence de votants. A 9 heures du matin l’envoyée spéciale d’Al-Jazeerah fait le commentaire suivant en direct : « A 9 heures du matin Tunis est une ville morte. Les rues sont vides, les métros et les bus circulent sans voyageurs. Les cafés sont déserts. Les seuls êtres humains visibles sont les policiers. »

 

Le journaliste de France 2 présent à Bizerte fait la même constatation à 10 heures du matin. «Où sont les Bizertins ? » se demande-t-il. Les Bizertins ont-ils évacué leur ville ? Non, ils étaient chez eux comme le reste des dix millions de Tunisiens.

 

Clemente Mimoun, l’envoyé spécial de la RAI à Sfax a commencé son reportage par un titre on ne peut plus éloquent : « Sfax città senza cittadini ! » (Sfax cité sans citoyens). Il explique aux téléspectateurs italiens que les seuls votants qu’il avait vus depuis le matin étaient le Gouverneur et sa suite. « I Sfassiani hanno già votato col loro silenzio » (les Sfaxiens ont déjà voté par leur silence) conclut le journaliste italien.

 

De Tataouine à Bizerte et de Monastir à Kasserine, c’était le même spectacle ou plutôt la même absence de spectacle. A part les policiers qui montaient la garde devant les bureaux de vote, les seuls humains que les caméras ont pu filmer sont de minuscules présidents de cellules du RCD qui frappaient frénétiquement sur toutes les portes. Mais aucune porte n’a montré le moindre signe de vie.

 

  Faute de voyageurs toutes les sociétés de transport local et interurbain décident d’annuler tous leurs voyages à partir de 2 heures de l’après midi. Les correspondants de presse, les photographes et les cameramen ont commencé à ranger leur matériel de travail dès 15 heures. Il n’y avait rien à filmer ni personne à interviewer.

 

A 6 heures du soir, les observateurs internationaux, présents dans la majorité des bureaux de vote, constatent que le vote s’est déroulé sans incident et sans la moindre irrégularité.

 

Sauf que le taux de non-participation est de 99,41% !