Financial Times - Editorial Une farce tunisienne Publié le 28 mai 2002, 5:00 Le président tunisien Zine al-Abdine Ben Ali a appelé dimanche dernier les électeurs à approuver les amendements constitutionnels qui lui permettraient de conserver son pouvoir autocratique pour au moins une autre décennie. Hier, son gouvernement a revendiqué des résultats plutôt surréels. Il a affirmé que plus de 99% des inscrits s’étaient déplacés pour voter et que le même pourcentage d’électeurs avait approuvé les modifications proposées par le référendum. Les Tunisiens, qui vivent sous un régime répressif, n’ont guère les moyens de contester ces résultats. Oser critiquer M. Ben Ali – ou déclarer qu’il est impopulaire – risque de transformer un militant politique en paria. Mais le monde extérieur ne doit pas se taire. L’Union européenne et les Etats Unis doivent protester contre ce régime qui bafoue les droits démocratiques et faire des pressions sur lui pour qu’il s’engage sur la voie de la réforme. Le référendum tunisien ne fait pas exception dans le monde arabe, où les dirigeants mettent régulièrement en scène des semblants d’élections dans le but de parer aux critiques extérieures par une façade démocratique. Juste à côté, en Algérie, un pays déchiré par son conflit interne, les électeurs vont voter à la fin de cette semaine leurs représentants au parlement. La majorité des mouvements de l’opposition, dont une partie est exclue de la compétition, boycotte ces élections. Les amendements constitutionnels de M.Ben Ali abolissent le plafond de mandats présidentiels – ils étaient limités à trois – et accordent aux présidents à la retraite l’immunité judiciaire. Ils créent, aussi, une deuxième chambre du parlement, un prétexte utilisé par le régime pour prétendre un "bond en avant" sur la voie de la démocratie. L’Occident a fermé les yeux devant les mascarades électorales au Proche-Orient aussi longtemps que les dirigeants arabes concernés poursuivaient une politique pro-occidentale. Mais depuis le 11 septembre, les dirigeants occidentaux ont découvert que le manque de démocratie dans le monde arabe contribue considérablement au développement du radicalisme religieux et politique qui nourrit le terrorisme. M. Ben Ali a fait du bon travail dans la gestion économique de son pays. Il a aussi, apparemment, convaincu le monde extérieur que la démocratie pourrait ouvrir la voie à l’intégrisme islamique qui cherche à s’emparer du pouvoir. Pourtant, le parti islamiste tunisien, interdit, est relativement modéré. En tout cas, pendant ces dernières années la dissidence tunisienne provenait surtout de l’opposition libérale laïque. Il est temps pour les gouvernements occidentaux de pousser des régimes comme celui de la Tunisie à opérer des réformes politiques réelles, qui serviraient les intérêts de la population plutôt que ceux du président En vertu de son accord d’association avec l’Union européenne, la Tunisie est tenue de respecter les droits humains et les valeurs démocratiques. L’EU devrait exiger le respect de cette clause. Elle devrait lier son soutien financier, prévu par l’accord, aux progrès enregistrés sur le front politique. (traduit de l’anglais par Omar Khayyâm)
TranslationsOctober 31, 2006 12:48 am
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