FictionNovember 30, 2006 11:49 am

 

Retour à l’amère patrie
Avant de rentrer en Tunisie en juillet dernier, j’ai pris toutes les précautions nécessaires avant de prononcer la fameuse formule du " Conquistador" Tarek Ibn Zied après son débarquement en Andalousie : "Derrière vous la mer, devant vous l’ennemi !".
J’ai constitué à Montréal le comité international pour la libération d’Omar Khayyâm, présidé par une grande amie de la Tunisie, Mme Lise Garon, et choisi sept avocats tunisiens pour assurer ma défense après ma future arrestation: Maîtres Samir Dilou, Samir Ben Amor, Abdelwahab Maatar, Radhia Nasraoui, Abderraouf Ayyadi, Ayachi Hammami et Saida Akremi.
Lors de mon escale à Francfort j’ai appelé un ami allemand, avocat à Munich. Je l’ai prié de communiquer la nouvelle de ma prochaine arrestation à Amnesty Allemagne. Lorsque l’avion de la Lufthansa a atterri à Tunis avec un retard d’un dixième de seconde, j’ai enlevé ma montre pour qu’elle n’entrave pas le "travail" des menottes zabatiennes.
A l’intérieur de l’aéroport Tunis-Carthage la file d’attente devant les guichets de la police des frontières était interminable. Après une attente d’à peu près une heure, le moment que j’attendais depuis ma descente d’avion est venu. Lorsque j’ai présenté mon passeport et ma fiche de débarquement à l’agente de la police des frontières, elle m’a accueilli avec une mine d’enterrement. Les battements de mon coeur se sont accélérés dès qu’elle a commencé à taper mon nom et le numéro de mon passeport.
Quelques secondes après, elle fixait l’écran comme une envoûtée. Elle me regarde intensément puis me dit: "Vous n’avez pas remis les pieds en Tunisie depuis six ans ! ". J’ai dit sans montrer la peur qui me serrait l’estomac:
- Oui, j’attendais un changement politique qui n’est jamais arrivé. Malheureusement !
- S’il vous plaît ! Pas de politique ici !
- Je peux faire de la politique en dehors de l’aéroport?
- Je n’ai pas de temps à perdre, me dit-elle en donnant de violents coups de tampon à la fiche de débarquement et au passeport qu’elle me remet d’un geste brusque.
- Je peux m’en aller?
- Oui, au suivant !
- Attendez, s’il vous plaît ! Vérifiez bien votre écran. Je m’appelle Omar Khayyâm, j’écrivais pour TUNeZINE et maintenant j’écris pour mon propre compte. Je milite pour la chute du régime de Ben Ali et des familles mafieuses qui l’entourent.
- Mon écran ne me dit rien. Vous pouvez circuler.
- Appelez votre chef, s’il vous plaît!
- Pourquoi? Qu’est-ce qu’il y a?
- Je crois qu’il y a une erreur qui s’est glissée dans votre fichier central.
Heureusement le chef n’était pas loin. Elle l’a appelé et il m’a prié de l’accompagner à son bureau.

- Quel est votre problème?
- Je m’appelle Omar Khayyâm. J’ai écrit plein de textes contre Ben Ali, j’ai participé à des manifs et des réunions contre son régime. Pourtant, Madame la policière des frontières me dit que je peux circuler librement !
Il prend mon passeport, allume son ordinateur et tape mon nom et le numéro de mon passeport puis il me dit:

- Tu n’es pas recherché
- Impossible ! Il doit s’agir d’une erreur. Pouvez-vous appeler votre chef?
Il hésite quelques secondes, puis il prend le téléphone et appelle le chef de la Direction des Frontières et des Étrangers. Ce dernier lui dit qu’il rappellera dans 15 minutes. Il voulait vérifier mon cas avec la Sûreté de l’État. Finalement, le téléphone sonne. La communication n’a pas duré plus d’une minute.
- Mon chef a vérifié avec la Sûreté de l’Etat. Ils disent que tu n’es pas recherché.
- Est-ce que je peux avoir un rendez-vous avec la Sûreté de l’Etat pour clarifier les choses?
- C’est pas mon problème. Tiens, voilà ton passeport et bon séjour !
J’étais un peu déçu mais j’avais déjà preparé un plan B: mes valises étaient pleines de livres strictement interdits en Tunisie. Après avoir récuperé mes bagages, je me suis présenté à un douanier:
- Bonjour, j’ai des choses à déclarer?
- Vous voulez déclarer quoi?
En guise de réponse j’ouvre la valise pleine à craquer de Notre Ami Ben Ali. Il prend une copie, la feuillette, puis il me dit: "Notre ami Ben Ali, c’est vieux ça ! Ça date de 1999 !" Alors, j’ouvre une autre valise contenant des livres d’Ahmed Mannai, Sadri Khiari, Olfa Lamloum, Tawfiq Ben Brik, Sihem Bensedrine et Moncef Marzouki.
- Et que pensez-vous de ça?
- Ce sont toutes de vieilles chansons, mon vieux !
- J’ai une surprise pour vous ! Ouvrez mon sac à dos, s’il vous plaît !
Le douanier ouvre le sac, puis éclate de rire en lisant le titre du livre: La force de l’obéissance. Économie politique de la répression en Tunisie, Béatrice Hibou. Il me dit: "Mais qui lit encore des livres en Tunisie? Et surtout en français !"
- Pas de saisie ni procès-verbal?
- Non. Vous pouvez refermer vos sacs et valises.
- Mais ces livres sont explosifs ! Avec tous ces livres je peux déclencher La Grande Révolution Démocratique Tunisienne !
- Oui, certainement. Bonne chance !
Uncategorized 2:37 am

LES INCONNUS

Cette chanson nous est maintenant plus que connue: « Des inconnus ont tiré sur le journaliste Ryadh Ben Fadhl », « Le cabinet de Madame Radhia Nasraoui a été cambriolé par des inconnus », « La voiture du militant Omar Mestiri a été volée par des inconnus », " « La fille du juge Mokhtar Yahyaoui agressée par des inconnus ». D’ailleurs, le juge lui-même n’a pas échappé aux coups de ces inconnus, connus pour leur extrême violence. Il y a une semaine ou deux, ça devient presque une routine, Abderrahmane Tlili, connu pourtant pour sa « sagesse », a été tabassé par ces fameux inconnus.

Qui sont ces inconnus et où se cachent-ils? Nul ne connaît leur vraie identité. C’est normal, puisque ce sont des inconnus! En plus, ils n’ont pas vraiment besoin de se cacher, puisque après chaque forfait, ils se noient dans la foule. La chose la plus inquiétante c’est que ces inconnus sont partout et nulle part.

En débarquant chaque fois à l’aéroport de Tunis-Carthage, je sens tout de suite leur présence. La tâche la plus difficile est de les distinguer au milieu de cette foule bigarrée faite de voyageurs, de porteurs, de personnel aéroportuaire et de dizaines de personnes qui attendent leurs visiteurs.

Dès que le taxi qui me ramène de l’aéroport traverse le centre-ville je perçois des milliers d’inconnus en train de rôder partout. Parfois, lorsque le taxi s’arrête à un feu rouge, des yeux d’inconnus transpercent les vitres du véhicule pour voir la gueule du voyageur inconnu. Il n’est pas rare qu’au moment où le taxi me dépose devant ma destination finale, des inconnus assis sur la terrasse d’un café, me dévisagent avec une insolence inconnue ailleurs.

Je n’aime pas me promener dans les rues de la capitale, car je risque de croiser des inconnus à chaque carrefour. Dès que je m’installe dans un café et sors un livre ou une revue de mon sac à dos, des inconnus jettent des regards curieux, essayant de deviner la nature de la littérature en ma possession. Comme je trouve un malin plaisir à dépiter ces inconnus, dans les lieux publics je choisis toujours des lectures dans une langue qui leur est complètement inconnue. Je reste rarement plus d’un jour ou deux à Tunis, la ville où il y a la plus forte concentration d’inconnus, car j’y risque de plonger dans la phobie: La phobie des inconnus, une maladie que j’ai frôlée plusieurs fois dans ma vie. La maladie peut facilement s’installer de façon pernicieuse. On commence à s’imaginer des inconnus dans chaque coin de rue, dans chaque rangée de cinéma, autour de chaque table de café. Ils peuvent même intervenir de façon musclée dans vos rêveries diurnes et faire une descente foudroyante dans vos rêves nocturnes, les transformant en cauchemars…

Une fois une militante très connue a photographié les inconnus qui la poursuivaient dans une voiture banalisée dont la plaque d’immatriculation s’est révélée, plus tard, inconnue du service des mines. En montrant cette photo à la police, cette dernière a déclaré que les visages lui étaient inconnus. Depuis que j’ai eu vent de cette affaire, je ne cesse de me poser la question : pourquoi, bon sang, la police n’établit-elle pas un fichier "spécial inconnus"? Au moins dans le futur, si ces inconnus commettent un nouveau forfait, on pourrait reconnaître parmi eux quelques visages connus, c’est-à-dire figurant déjà dans le fichier «spécial inconnus ».

D’ailleurs, un cadre du Ministère de l’intérieur, qui ne veut être ni identifié ni connu, a déclaré à cette militante que dans cette montagne de dossiers -des millions selon lui- qui augmente de volume chaque jour, certaines vieilles archives contenant, peut-être, des infos utiles sur ces inconnus restent encore peu connues, voire totalement inconnues. « Ils nous arrive de tomber par hasard sur des fiches d’inconnus, mais elles n’ont mené jusqu’ici que vers des personnes que personne ne connaît.» a encore dit ce fonctionnaire dont les compétences sont, pourtant, reconnus par tous au sein de son ministère.

Elle a tenté sa dernière chance avec les représentants de la justice. En la recevant dans son bureau, un substitut du procureur auprès duquel elle a déposé une plainte contre ses poursuivants inconnus, il lui a dit presque la même chose : « Vous n’êtes pas sans savoir, Madame, que ces cas de poursuites et d’agressions perpétrées par des inconnus sont maintenant très connus. Même si personne n’en parle, bien sûr. ». Cette militante, qui veut rester anonyme mais que certains lecteurs ont certainement reconnue, est sortie de ses gonds en entendant les propos du substitut. Elle a tapé fort sur son bureau et lui a crié dans le visage : « Mais qu’est-ce qui vous empêche d’arrêter ces inconnus ? ». Le substitut, lui a répondu sur un ton d’impuissance et de résignation : « Je ne peux pas, Madame, ça me dépasse. Et je ne peux même pas vous dire la raison, mais vous n’allez pas me dire qu’elle vous est inconnue ! »

Fiction 2:36 am


INTERVIEW DE
PHILIPPE SEGUIN


OK : M. Seguin, pouvez-vous expliquer aux lecteurs de TUNeZINE votre engagement en faveur de la dictature tunisienne?

P.S: Le président Ben Ali a toujours été généreux envers moi, il m’a offert un appartement à Tunis, je séjourne en Tunisie toujours aux frais de la princesse; je ne suis pas un ingrat quand même!

OK : Savez-vous qu’il y a au moins mille prisonniers politiques en Tunisie? Deux parmi eux sont morts ces derniers jours, victimes des mauvaises conditions carcérales et des humiliations du personnel pénitencier ?

P.S : La guerre civile en Algérie a fait 100 000 victimes. Vous les Tunisiens vous devez vous estimer heureux. Deux morts en deux mois ce n’est rien, c’est un chiffre politiquement acceptable. Même si les mille prisonniers politiques meurent en prison, Ben Ali restera en dessous du seuil de notre tolérance. Ben Ali n’est ni un Bokassa, ni un Idi Amin Dada. Il reste dans les normes.

OK : Vous avez déclaré que les Tunisiens ne sont pas encore mûrs pour la démocratie Maintenez-vous encore cette position ?

P.S : Oui, je suis convaincu que vous n’êtes pas encore dignes de la démocratie et de l’Etat de droit. Vous ne devez jamais vous comparer à nous les Français ou aux Occidentaux. Pour emprunter le langage de la paléontologie, je dirais que nous sommes des homo sapiens et vous êtes encore au stade des hominidés.

OK : Je suis fier d’être le premier hominidé à avoir réussi à interviewer un homo sapiens!

P.S : Dans quelques milliers d’années vous serez, peut-être, comme nous ou presque. Juste un peu de patience et tout ira bien.

OK : Que pensez-vous du massacre quotidien de dizaines de Palestiniens ?

P.S : Eux aussi ne sont pas encore prêt à rejoindre la civilisation. Un Palestinien de plus ou de moins qu’est-ce que ça change en fin d compte ? Les Israéliens sont comme nous des êtres évolués, leur vie est plus précieuse que celle des Tunisiens ou des Palestiniens. Vous devez essayer de comprendre ça.

OK : Mon petit cerveau d’Australopithèque m’empêche malheureusement de comprendre votre raisonnement. Ne pensez-vous pas qu’un hominidé évolué comme Moncef Marzouki est plus compétent que le Neandertal Ben Ali ?

P.S : Votre Marzouki ne fait que nous singer, nous les maîtres. Il n’a pas encore réussi à me convaincre qu’il est bien dressé pour jouer le jeu. Ben Ali n’a jamais écrit un seul livre ni même un article de journal. Il a au moins le mérite de la modestie. Mais votre Marzouki est un mégalomane qui se prend pour un Claude Bernard ou un Georges Duhamel. Il doit savoir qu’il n’est qu’un Arabe et il le restera toute sa vie.

OK : Dernier mot pour les Tuneziniens ?

P.S : J’aime votre ojja au merguez. Pour moi, la Tunisie c’est ça : un brik au citron et une ojja bien épicée. Un pays qui a possède ces délices a-t-il vraiment besoin de démocratie ? Un brik au thon avec un peu de citron, c’est mille fois plus délicieux que mille démocraties.

Lundi 8 avril 2002

Humour& humeursNovember 28, 2006 12:12 pm
Vibrant hommage du Président Ben Ali à son homologue de Taïpeh

Tunis - TNA [Tunezine News Agency]- Le Président Zine el-Abidine Ben Ali a adressé un message de condoléances à la famille du parrain mafieux taïwanais Hsu Hai-ching, récemment décédé à Taïwan à l’âge de 93 ans (voir article du Monde du 4/6/2005). Dans son télégramme de condoléances, le Parrain de Carthage a rendu hommage à son homologue de Taïpeh Hsu Hai-ching, plus connu sous son nom de parrain mafieux Wen Ge ("Frère moustique"), louant son rôle d’arbitre et de conciliateur entre les gangs rivaux de Taïwan.

C’est Belhassen Trabelsi, PDG de la compagnie Karthago Airlines et beau-frère du Parrain de Carthage, qui a représenté les principaux clans de la pègre de Tunis aux obsèques du regretté "Frère Moustique".

 

(04/06/05)

Humour& humeursNovember 27, 2006 8:45 am

Dépêche de la TNA (TUNeZINE NEWS AGENCY) datée du 15 août 2006
La poétesse refuse la bassesse
mercredi 30 août 2006, par Omar Khayyâm



Dans le cadre de la célébration de la fête de la Femme et du cinquantenaire du Code du statut personnel, la Première Coiffeuse de Tunisie Leïla Trabelsi, a présidé une cérémonie, organisée samedi soir au Centre inculturel d’Hammamet, au cours de laquelle elle a, notamment, remis le Prix de la meilleure production médiatique traitant de la femme arabe.

Pour la presse écrite, c’est Madame Amel Moussa de Tunisie qui a été forcée à recevoir ce Prix dans sa première session. Priée de livrer ses premières impressions durant la cérémonie, la poétesse, écrivaine et journaliste, Amel Moussa, a improvisé un poème qui a glacé le sang de l’épouse du général Zaba et lui a causée un évanouissement presque instantané. En voici la version française intégrale :

Je suis écrivaine et poétesse
Qui dénonce toute bassesse

Je ne suis point achetable
Sinon mon âme irait au diable

Ce prix me salit et déshonore
Même s’il vaut mon poids en or

Tant que Abbou est en prison
Pour moi ce prix est du poison

Si à le recevoir on m’oblige
Il y a une chose que j’exige

Je le dédie à Abbou et sa femme
Cette mère-courage et grande dame.

(poème traduit fidèlement de l’arabe par O.K.)

UncategorizedNovember 23, 2006 11:56 pm

 

Un dictateur sans successeur - dont l’état de santé alimente les rumeurs - cherche désespérément un guérisseur. Des "Familles" qui pillent sans vergogne et se moquent de la montée de la grogne. La pègre est protégée par la police. Sur le peuple veillent les milices. Des chômeurs qui ploient sous le poids de leurs diplômes ne cherchent plus qu’une issue: un chemin qui mène à Rome. On abuse de bière ou de prières pour oublier sa misère. En guise de fond de toile, une forêt de voiles. Une société qui se balance entre un Khaled (1) qui prêche et une Nancy (2) qui danse. Chaque jour la presse rapporte des crimes inqualifiables: on prie Dieu mais on adore le diable. Un an de taule juste pour un "kif", trois ans pour critique du calife. Si tu dis:" le bateau coule !" , on te prend pour un maboul. Un spécialiste du pays et de ses maux a résumé le dilemne des jeunes en deux mots: " Kamikaze ou clandestin, t’as pas d’autre destin…"

 

1- Cheikh Amrou Khaled , prédicateur religieux qui tombe du ciel: ses prêches sont diffusés par une chaîne-satellite.

2- Nancy Ajram: chanteuse libanaise en vogue en Tunisie et ailleurs.

Uncategorized 1:47 pm

Ben Ali Baba et les quarante voleurs.

Ce qui est en train de se passer dans les coulisses des palais de Carthage, Sidi Bou Saïd et Hammamet me rappelle une scène du film « Zorba le Grec » : la veuve Hortensia, qui n’a pas d’héritiers, est sur son lit de mort. Avant même qu’elle ne rende l’âme, ses meubles et ses effets personnels commencent à voler par les fenêtres. Comme le dit le proverbe tunisien: « On se partage mon héritage devant mes propres yeux ! ». Les vautours attendent que leur victime soit morte avant d’attaquer la chair. Les humains n’ont pas toujours cette délicatesse.

Peu importe que Ben Ali respire encore, son dépeçage a commencé depuis belle lurette. Avec ces dépêches, provisoirement fausses, d’une mort annoncée on joue déjà aux répétitions. Les quarante voleurs, après leur folle ruée vers l’or, veulent maintenant sécuriser leur butin. L’enjeu c’est la caverne de Ben Ali Baba. Elle ne doit en aucun cas échapper à leur contrôle après la disparition de celui-ci.

Notre pègre manque cruellement d’imagination, c’est pourquoi elle a volé cette idée aux Américains : Ben Ali, comme Bush, aura un vice. On va rafistoler, encore une fois, la constitution pour créer le poste de vice-président. Les « honorables » familles hésitent encore entre deux noms. Ce qui est sûr c’est que le vice tunisien s’appellera Hamed ou Abdelaziz. Ils ont un point commun : ils ont toujours brillé par leur effacement total devant le futur regretté.

Si les familles réussissent leur coup, nous aurons bientôt un président fantoche. Théoriquement ce ne sera qu’une marionnette manipulée par les « hommes de l’ombre ».

Pourtant, les planificateurs de la mafia tunisienne oublient un facteur déterminant en politique : la psychologie des foules. Exactement comme Saddam, Ben Ali a jusqu’ici gouverné par la terreur. La disparition de ce dernier libérera probablement la population de son complexe de la peur et enlèvera toute motivation aux forces de l’ordre. En plus, le scénario risque de se retourner contre ses inventeurs. Que se passerait-il si la marionnette se libère de ses ficelles et joue son propre jeu ?

Journal 1:44 pm

 

Le café ne porte pas de nom, pourtant j’y suis entré pour boire un espresso serré. Ce café, qui sert aussi de buanderie et de cyber-café, tend un hameçon alléchant pour les lecteurs assidus: des dizaines de livres au-dessous du comptoir. Il y a même la prestigieuse Encyclopedia Britannica. Il y a aussi une serie de livres illustrés sur les différentes régions du globe. J’ai sorti le volume "Afrique du nord" de son sommeil profond pour chercher le chapitre sur la Tunisie. Mon voisin, qui était en train de feuilleter un autre livre, avait envie de causer. Je lui ai montré le livre que j’avais entre les mains:

- Je viens de cette région du monde.

- Quelle région?

- L’Afrique du nord.

- Ah ! Excusez-moi, mais j’aime pas ces pays-là.

- Toi, au moins, tu ne caches pas ton racisme.

- Je n’ai jamais eu d’amis noirs. As-tu des amis noirs?

- Oui. J’ai un ami qui vient du Burkina Faso.

- Et comment se fait-il que tu viens d’Afrique et t’es pas noir?

- En Afrique il y en a de toutes les couleurs !

Mon voisin, ancien prisonnier de droit commun selon ses propres dires, a quitté sa chaise pour aller aux toilettes en laissant son cellulaire sur le comptoir. N’avait-il pas peur que son portable ne disparaisse pour réapparaître au milieu de la jungle africaine ou du désert du Kalahari?

J’ai payé mon café avant qu’il ne revienne et quitté ces lieux pour mettre fin à cet insipide "dialogue de civilisations". "La tâche la plus difficile n’est pas de changer le monde, mais de changer nous-mêmes" (Mandela).

FictionNovember 22, 2006 2:00 pm
Quand Zaba part à la chasse des « Lions » !
Je m’excuse auprès d’ettounsi pour le retard pris par l’enquête. C’est lui qui m’a chargé de cette mission secrète quelques jours seulement avant la triste date du 4 juin 2002. J’ai cru que ma mission était tombée à l’eau avec la spectaculaire et imprévisible arrestation de notre Tunezien-en-chef. Ettounsi n’aime pas les missions inaccomplies. Grâce à la complicité de l’un de ses fans et par le biais de l’un de ses gardiens, un court message signé E.T. [ettounsi de tunezine] m’incita à mener la mission à terme. Deux mots étaient suffisants pour tout comprendre : « لا خـيــار !» (nous n’avons pas le choix)
Quelques jours avant la farce du 26 mai, un informateur de TUNeZINE, basé au Cap Bon, réussit à localiser la conseillère la plus spéciale auprès de Zaba: El-Hajja Zohra, une voyante qui accompagna la fulgurante ascension du dictateur depuis ses débuts et qui exerça sur lui une influence égalée seulement par celle de son inséparable Ab-Ab. Ettounsi, sachant ma prédilection pour les enquêtes sur le terrain, me tendit l’hameçon. Il n’avait pas besoin de signer un ordre de mission pour que je me je me plonge dans l’affaire.
Les visites discrètes de Zaba à Beni Khiar étaient un secret de polichinelle pour les Khiariens. Chacun des ses déplacements nocturnes, effectués à partir de son palais de Hammamet, devenaient le lendemain le thème du jour dans les cafés et chez les coiffeurs de cette petite ville du Cap Bon. Pourtant la dernière visite de Zaba, effectuée en début d’avril 2002, plongea la ville dans un tel état d’agitation et de stupeur que la Police Politique, paniquée, envisagea sérieusement de couper Beni Khiar du reste du monde.
En interrogeant les Khiariens, j’entendis les histoires les plus extraordinaires et les plus abracadabrantes que l’on puisse imaginer. Chaque table de chaque café de Beni Khiar avait sa propre version de la rencontre agitée entre Zaba et la Madame Soleil du Cap Bon. Pourtant, une chose est sûre : pendant ce funeste jour d’avril, Zaba et El Hajja Zohra venaient de consommer leur « divorce » pour l’éternité.
Que s’est-il vraiment passé entre la voyante du Cap Bon et le voyou de Carthage ? Nul ne saurait le dire. Zaba rencontrait sa conseillère très spéciale toujours en tête-à-tête. Mais, je ne sais comment, l’énigmatique phrase d’el-Hajja Zohra étaient sur toutes les langues à Beni Khiar. Sur ce point tous les Khiariens sont d’accord. Cette phrase, je l’ai entendu une centaine de fois pendant mes deux jours d’enquête. El Hajja Zohra aurait dit à Ben Ali : « صدت الصيد و الصيد باش يصيدك » ] Tu a chassé un Lion et un Lion te chassera].
Malgré son intelligence très moyenne, Zaba comprit ce que el Hajja Zohra voulait dire : « Tu as chassé un natif du signe du Lion (Bourguiba) et un autre natif du Lion te chasseras ». Zaba, fou de rage et pris de panique, accusa la vénérable dame de sénilité et quitta les lieux en cognant tout ce qui se trouvait sur son chemin. Depuis cette nuit, rien ne va plus entre Beni Khiar et Carthage.
Désormais, la maison de la voyante octogénaire est encerclée par des policiers en civil qui interdisent toute visite, à part celle de ses fils et petit-fils. Les membres de la famille d’el-Hajja Zohra furent convoqués un à un au commissariat de Nabeul et sommés de garder un silence absolu sur le « grand secret d’Etat ». L’ordre du général Zaba était formel : el-Hajja Zohra vivra en résidence surveillée jusqu’au dernier jour de sa vie.
Ma rage après la condamnation d’ettounsi me donna le courage de passer outre les ordres de Zaba. Pour ne pas éveiller les soupçons des SS [ Services Spéciaux], je choisis comme base opérationnelle la ville de Maâmoura, située à 3 kilomètres de Beni Khiar. Aidé par des amis khiariens, j’effectuai un débarquement secret à Beni Khiar durant la nuit du 23 au 24 juin. Je n’avais qu’un but en tête : rencontrer el-Hajja Zohra pour en savoir plus sur sa fracassante rupture avec Zaba.
Ma descente nocturne de Beni Khiar n’avait rien à envier à celle de nos vaillants SS : je parvins à la demeure d’el-Hajja Zohra en escaladant les murs des maisons voisines et en rampant à plat-ventre sur les toits ! A l’aide d’une torche, un des petits-fils d’el-Hajja Zohra guida mon atterrissage à visibilité réduite.
Voir el-Hajja Zohra est un événement en soi. Cette voyante, presque aveugle, a une force d’attraction qui dépasse toute imagination. Son aura invisible, mais fortement perceptible, me plongea dans un état de saisissement et d’envoûtement que les mots ne saureraient décrire. A part la majuscule, je n’ai aucun moyen de décrire sa Présence.
J’avais préparé des dizaines de questions à l’intention d’el-Hajja Zohra et avant même de l‘interviewer, je commençais à me frotter les mains pour mon scoop. Hélas, la voix du Destin ne parla guère. Quelle que soit la question que je lui posai, elle répondit par cette phrase sibylline : « جفت الأقلام و طويت الصحف » [Le destin est tracé, plus rien à redire].
Depuis la phrase prémonitoire de sa voyante, Zaba se mit à la tâche pour apprendre un nouveau hobby : la chasse aux « Lions ». Il demanda aux Renseignements Généraux de lui fournir la date de naissance de tous ceux qu’il considérait comme possibles successeurs. Il élabora une base de donnée sous le signe du Lion. Il créa une équipe spéciale dont le seul but était de débusquer les Lions. Il ordonna aux SS de surveiller 24h sur 24h tous les ministres, officiers supérieurs et opposants qui avaient la malchance d’être nés sous le signe du Lion. Combien de natifs du Lion sont-ils morts dans le crash de l‘hélicoptère militaire du 30 avril mai 2002 ? Combien de Lions vont-ils être envoyés comme ambassadeurs en Amérique Latine et en Asie ? Y a-t-il des Lions déguisés sous d’autres signes ? Faut-il aussi compter les Lionnes ? La chasse aux Lions est semée d’embûches.
Zaba sait-il qu’un certain pharaon d’Egypte, suite à une prédiction de ses mages, ordonna l’assassinat de tous les bébés juifs alors qu’un petit Moïse était en train d’être élevé par sa femme sous son propre toit ?
Journal 1:38 pm
Fernweh*
أحب اللحظات إلى نفسي تلك التي تسبق الرحيل. حزم الحقيبة في ذاته متعة، ثم تلك العجلة لكي لا يفوتنا القطار أو تقلع الطائرة. الرحيل الرحيل و لو لبضع عشرات من الأميال. لا شيء يوفر لي الاستقرار النفسي أكثر من السفر. ماأروع الرحيل و ما ألذ السياحة في أرض الله ؛ المهم أن تتحرك، أن تغادر المكان  الذي سئمك و سئمت. تلك المشاهد المتلاحقة التي تلوح لنا من نافذة القطار ما أشبهها بحياة الإنسان، نرى كل شيء نخبر كل شيء و لكن لا نمسك بأي شيء. إنه "قبض الريح" هكذا عنون عبد القادر المازني قصة حياته. كل شيء زائل، لن تبقى إلا الأصداء…؟
*Fernweh:
كلمة ألمانية عجيبة لم أجد لها مقابلا في اللغات التي أعرفها؛ هي عكس الحنين  إلى الأوطان؛ و إحدى ترجماتها الممكنة ؛ الحنين إلى الغربة؛