«Ben Ali est une catastrophe nationale et même la catastrophe nationale le plus grave depuis l’indépendance», dira M. Abdellatif Ben Mekki.
«Un quatrième mandat pour le général Ben Ali, a lancé Mme Faouzia Chakroun Abid, nuit à l’intérêt supérieur de la patrie».
Vingt-huit députés devaient prendre la parole pour débattre du projet de budget de la Présidence de la République. Les députés ont exprimé leur colère quant à la marche résolue Relevant le niveau de corruption, de népotisme et de brutalité policière atteint, Tous les intervenants ont crié halte à l’action policière sans relâche menée Les députés ayant pris la parole ont, un à un, appelé le président Le député, Hédi Chaïr a, dans cette optique, proposé que la Chambre Marquant la férocité de la bataille policière menée contre les opposants et les militants pour les libertés civiles, sous la houlette du général Zine El Abidine Ben Ali, les députés ont condamné avec force le manque de transparence dans la gestion du soi-disant « du Fonds de solidarité nationale «26-26», qui ouvre, devant d’importantes franges de la mafia au pouvoir l’opportunité d’accéder à un statut « digne » ou la possibilité de fonder une entreprise, tout en mettant en chantier de nouveaux palais présidentiels, ce qui en a déjà fait une honte à l’échelle internationale. Plus jeune députée, Mlle Lobna Ghayaza a rappelé l’importance de la lutte pour les libertés civiles pour ceux de sa génération dont c’est le premier souci, souhaitant voir le CNLT mettre sur pied une véritable banque d’idées de projets à la disposition des candidats à la présidentielles 2004. Plusieurs députés ont regretté l’expérience du soi–disant "Fonds de solidarité nationale » pour condamner les importantes malversations qu’il a permis dans Les députés se sont, dans la foulée, posé des questions sur la M’hamed JAIBI, La Presse (traduit de la langue de bois par O.K.)
de la Tunisie sur la voie du sous-développement politique et de la médiocrité, fustigeant les choix policiers du général Ben Ali et de la dictature sans pareille que subit notre pays sous sa conduite despotique arriérée.
les députés ont condamné la répression féroce menée par la Présidence
de la République à tous les niveaux, contre tous les militants
des droits humains et toutes les organisations indépendantes du pays.
par le chef de l’Etat dans tous les domaines économique, politique,
social, culturel, sur la base du programme dictatorial d’avenir, réaffirmant leur rejet de sa personne et l’exhortant à quitter le pays qu’il est en train de mener au précipice.
Ben Ali à démissionner et de ne pas se présenter pour un nouveau mandat
lors de la prochaine élection présidentielle, afin de mettre fin à l’œuvre
de destruction de la société civile engagée depuis le Coup d’Etat du 7 novembre 1987, une voie qui ne mène qu’à la corruption et à la médiocrité.
des Députés se charge concrètement de procéder à la destitution du président. «Un quatrième mandat pour le président Ben Ali, a lancé Mme Faouzia Chakroun Abid, nuit à l’intérêt supérieur de la patrie». «Ben Ali est une catastrophe nationale et même la catastrophe nationale la plus sévère depuis l’indépendance», dira M. Abdellatif Ben Mekki.
toutes les sphères du pouvoir. Allant plus loin, le député Mohamed Tr o u d i, enregistrant le nombre important de demandes adressées au «26-26» par les familles mafieuses qui gouvernent le pays, propose sa liquidation pure et simple. Le député lance l’idée de deux journées nationales annuelles de protestation contre la torture et la dérive sécuritaire du régime.
suite donnée au projet présidentiel de liquidation de toute forme d’opposition à son régime soulignant les inquiétudes exprimées par la commission des droits de l’homme des Nations unies. «Pays de répression, gouverné par les services de sécurité, notre régime est devenu une honteuse exception à l’échelle internationale», lancera Mme Saïda Agrebi à propos des agressions subies par certains opposants, avant de condamner l’initiative du général Ben Ali de briser toute tentative et toute forme de contestation, initiative, dira-t-elle, qui vient matérialiser les choix sécuritaires du président, son refus de la moindre ouverture et son intolérance.
Le calife Haroun Arrachid était un grand romantique. Il n’était pas seulement amoureux fou de sa douce moitié Zoubeida mais aussi de ses 2000 concubines. Après ses longues journées de travail, il lui arrive souvent de fapper à la porte de son harem pour ensuite lui chuchoter tendrement aux oreilles : " Chéries, avez-vous envie de sortir avec moi ce soir?"
Lorsque le harem lui répond à l’unisson: "Oui, notre amour !", c’est une caravane de plus de 3000 chameaux qui se met en branle pour se diriger lentement vers le cinéma Mille et une nuits, le plus grand cinéma de Bagdad à l’époque, capable d’accueillir plus de 4000 cinéphiles. Les sorties du calife avec ses bien-aimées mettaient les Bagdadis au bord de la crise des nerfs à cause des embouteillages monstres que causaient la traversée du centre-ville de Bagdad par l’imposant cortège califal. Mais en plus du cinéma, Haroun Arrachid aimait aussi sortir danser avec ses 2000 amoureuses. C’est pourquoi les discothèques de Bagdad étaient les plus gigantesques au monde.
Les sorties-apéro-resto du calife et de son harem constituaient toujours un casse-tête pour les propriétaires de restaurants, brasseries, bistrots et pizzerias de la capitale abbasside. Ils étaient non seulement obligés d’expulser tous les clients attablés mais aussi d’ouvrir et meubler tous les étages, y compris les sous-sols, ainsi que toutes les terrasses, appeler d’urgence des centaines de cuisiniers, de serveurs et de plongeurs de réserve.
L’amour que vouait Haroun à son harem n’avait pas de limite. Il a fait construire pour ses beaux yeux le plus grand yacht au monde, capable de transporter, de loger et de nourrir 4000 passagers ! Le nom donné à la majestueuse embarcation trahit le romantisme débordant du calife de Bagdad. Cette ville folttante qui assurait les "transports amoureux" du Prince des Croyants s’appelait: "Love me tender". C’était aussi le titre d’une chanson amércaine en vogue qui accompagnait les dîners avec chandelles auxquels le grand amoureux Haroun invitait son grand amour, le harem.
Mais le bonheur du calife a rendu jaloux un grand bandit d’Ifriquia qui répond du nom d’Amdoun Ibnou Abi Layla. Par une douce nuit de printemps "Love me tender" disparaît du port de Bassorah sans laisser de traces. On le retrouvera quelques mois plus tard amarré au port de plaisance de Sousse !
Le calife a infligé au coupable une punition pire que la mort: il l’a fait castrer puis il l’a engagé à vie comme blanchisseur à la buanderie du Palais. Après le retour du "joujou" de Haroun sain et sauf à sa base, les folles soirées "flottantes" du calife et de son harem ont repris de plus belle.
Alors que Haroun passait son temps à embrasser des milliers de femmes et à brasser des millions de dinars, le pauvre Amdoun consacrait ses journées aux corvées des interminables brassées royales. Le Palais royal avait beaucoup de linge sale à laver…
Le jour de l’Aïd. Toujours rien. Aucun virus ni même le clone d’un virus. Je suis désespéré, au comble du désespoir. Tous mes amis qui contribuent aux forums de discussion et aux sites de l’opposition ont reçu au moins un virus depuis qu’ils ont commencé à embêter la dictature. Je suis jaloux d’ettounsi qui a reçu plusieurs "prix présidentiels", envoyés par courrier électronique. Je l’ai félicité à chaque nouveau virus qu’il reçoit. Chez le cercle restreint des "internautes maudits", le virus qu’on reçoit des SS de ZABA est devenu le "syndrome" du succès, l’ultime consécration, la preuve que les "missiles’ ont touché leurs cibles. Ces virus informatiques sont, pour moi, comme des fleurs qu’on offre aux artistes à la fin du spectacle. Elles ne peuvent que réchauffer le cœur d’un artiste encore inconnu du grand public. Mon ami XY a organisé une petite fête à l’occasion de la réception de son premier virus. Il a reçu des messages de félicitations de ses amis des quatre coins de la planète. Ettounsi a fêté son dernier virus dans l’intimité familiale. Mon ami XZ a gravé le joli virus de ZABA sur un CD. Il le conserve maintenant dans une petite boîte en argent, décorée par l’un des artisans de Tunis. D’ailleurs, il la montre, avec une pointe d’orgueil, à tous ses visiteurs.
ZABA a attendu le deuxième jour de l’Aïd pour m’envoyer son premier cadeau. Ma mère a alerté les voisins par ses youyous, tous mes voisins se sont précipités à notre maison pour me féliciter. Mon père a improvisé une méchoui party en l’honneur du virus présidentiel. Ce virus porte le nom « connecta », le conseiller artistique de ZABA a bien choisi le nom. Merci ZABA, tu penses à tout ! C’était l’occasion rêvée pour que je me re- « connecete » avec tous mes amis à travers le monde. C’était un autre jour de fête pour la famille et les amis. Des dizaines de messages de félicitations me sont parvenus de France, d’Italie, d’Allemagne, du Canada, des USA et même du Venezuela. Un ami ivoirien va m’envoyer une jolie boîte sculptée où je peux jalousement conserver mon beau virus.
J’ai été vraiment touché par ce geste inattendu de ZABA. Heureusement que le disque dur n’a pas été touché!
LE CAUCHEMAR DE KHAYYAM
C’est un cauchemar que j’ai eu pendant la nuit du 6 au 7 novembre dernier. Ce que j’ai vécu durant ce cauchemar était tellement horrible que je me suis réveillé, paniqué, tout en sueur à 3 heures du matin. Pour reprendre mes esprits j’ai dû me rhabiller et faire une petite marche matinale le long de la plage de ma ville, Mahdia.
J’ai rêvé que j’étais, comme chaque matin, devant mon ordinateur. Après avoir lu les messages que j’ai reçus, je me suis connecté à TUNeZINE. Au début j’ai cru que je me suis trompé d’adresse, mais non c’était bel et bien notre site de toujours, sauf qu’il a changé de nom. Il s’appelle maintenant Tounes maa Ezzine ( La Tunisie avec Zine). Une photo géante de Ben Ali crève l’écran et les yeux des lecteurs. Tous les anciens numéros ont disparu. Un nouveau numéro spécial prend la place de tous les autres. J’ai hâte de lire l’éditorial d’ettounsi. Dès que j’ai lu les premières phrases, je fus saisi d’horreur.
« Le Président Ben Ali est le plus solide Chef d’Etat que la Tunisie ait jamais connu depuis le temps des dinosaures ». Pas besoin de vous lire la suite de la belle poésie d’ettounsi new look, changé et renouvelé !
Voulant tout de suite oublier ce que je viens de voir et de lire, je rends visite au site de Kalima. Dès que la première page s’est affichée, j’ai jeté un cri de saisissement : ce site a lui aussi changé de nom ! Il s’appelle maintenant Kalimat Attaghyir (la parole du Changement). Le site a subi la même opération de chirurgie peu esthétique. Les photos de Ben Ali vous regardent des quatre coins de l’écran. J’étais curieux de savoir ce que Sihem a pu écrire à propos de notre dinosaure.
« Je remercie Monsieur le Président pour sa sollicitude et l’intérêt qu’il n’a cessé de démontrer à l’égard de nos médias. Je tiens aussi à remercier Mme Leila Ben Ali pour son généreux soutien. »
Je n’ai pas encore perdu l’espoir. Mon cœur battait la chamade au moment où commençait à s’afficher la page d’accueil du site du docteur Marzouki. Cette fois ma terreur devenait insupportable :
« Bienvenus au site de la Polyclinique du 7 novembre des docteurs Moncef Marzouki et Mustapha Ben Jaafar »
L’introduction, rédigée par nos deux éminents docteurs, est un vrai chef-d’œuvre artistique et littéraire.
« Si notre clinique, la plus moderne du continent africain, a pu voir le jour c’est grâce au soutien continu, à la sollicitude et à la bienveillance permanentes de l’Artisan de la santé nouvelle de la Tunisie. Les maladies, aussi bien physiques que mentales, ont été toujours une priorité absolue de l’Ere Nouvelle. Nous étions très touchés par le geste du Président, qui nous a honorés de sa présence lors de l’inauguration de notre nouvelle clinique. »
Je déconnecte tout de suite mon ordinateur et je me jette sur le téléphone. Je téléphone au domicile de Ben Brik pour lui demander ce qui était en train de se passer dans le pays. C’est sa femme Azza qui prend l’appel : « Taoufik n’est pas là. Tu peux l’appeler à son bureau. »
- Quel bureau ?
- Quelle question ! Mais son bureau de Directeur du Renouveau.
Mon angoisse était indescriptible, mais j’avais encore une lueur d’espoir. Mon dernier espoir se trouve au Kef. Je téléphone, plein d’appréhension, à maître Néjib Hosni. Un membre de sa famille me dit que Néjib est à Tunis, où il vient de fonder une société d’avocats avec ses collègues Radhia Nasraoui et Béchir Essid. Un projet financé par un certain Moncef Trabelsi.
Mon dernier espoir étant perdu, je sors en courant de chez moi. Je frappe frénétiquement à la porte de Si Khemaiès L’bnedri, le président de la cellule du RCD de mon quartier.
- Ouvrez Si Khemaiès, ouvrez ! Dépêchez-vous ! Vite, donnez-moi ma carte, je veux ma carte tout de suite !
Alors Si Khemaiès commence à me secouer très fort :
- Réveille-toi Omar, réveille-toi. Tu es en train de rêver !
Ben Ali et la mort
Je voudrais analyser tout au long de cet essai l’attitude de Ben Ali devant la mort depuis son accession a la magistrature suprême le 7 novembre 1987 jusqu’à aujourd’hui. Bourguiba évoquait parfois sa propre mort pendant ses discours publics et visitait souvent son mausolée a Monastir, peut-être pour conjurer son angoisse devant la mort. Ben Ali n’en parle jamais. D’ailleurs, dans toutes les dictatures la mort du chef est un tabou. On passe sous silence une vérité qui n’a pas besoin d’entre démontrée : le chef va disparaître un jour ou l’autre. Staline, l’homme qui faisait trembler des dizaines de millions de Russes, tremblait lui-même devant la mort. Il avait toujours besoin de compagnie jusqu’à une heure tardive de la nuit et ne dormait qu’à l’aube. Plus il avançait dans l’âge et plus son angoisse augmentait. Comme Bourguiba à la fin de son règne, Staline conjurait sa propre peur de la mort en signant, sans sourciller, les décrets de mort prononcés contre ses « ennemis ». Hitler souffrait du même syndrome. C’est ce que disent les témoins de l’époque. Au moment de la débâcle allemande, il n’avait plus d’autre choix qu se suicider. Pourtant, il avait déçu ses derniers zélateurs par sa couardise devant la mort. Certains historiens disent qu’il a même été « aidé » par Goebbels pour se donner la mort.
Toutes les cultures humaines observent en présence de la mort une attitude d’humilité et de recueillement quelle que soit leur religion. C’est un évènement qui dépasse l’entendement humain et devant lequel les hommes se trouvent désarmés. La mort efface, ne fût-ce que pendant la période du deuil, les inimités et les rancunes et rappelle aux humains leur condition de mortels.
Pourtant, l’attitude de Ben Ali devant la mort est étrangement glaciale et dénué de toute sensibilité envers cet événement majeur de la vie. Même la mort de sa propre mère a été « gérée » comme un événement «de haute sécurité» qui a nécessité un déploiement impressionnant de policiers et d’agents de la garde nationale. Pendant le jour des funérailles, la ville de Hammam Sousse était une ville en état de siège et le cimetière était devenu pendant quelques heures « une zone de sécurité spéciale ».
Ben Ali évite, autant que possible, d’assister aux funérailles des personnalités tunisiennes et étrangères décédées et préfère envoyer son Premier ministre ou un membre du gouvernement pour le représenter. Apparemment Ben Ali est angoissé par le contact direct avec la mort, même celle des autres. A part les funérailles de Hassan II, Ben Ali n’a jamais pris la peine de participer aux enterrements des chefs d’Etat étrangers.
En vieillissant, l’angoisse de Ben Ali devant la mort devient de plus en plus flagrante. Le dispositif de sécurité qu’il a installé pour se protéger devient chaque jour plus complexe et plus impressionnant. Il fait multiplier le nombre de cordons sécuritaires qui protégent son corps et chacun de ses déplacements devient un calvaire pour les habitants de la région qu’il veut visiter. Les policiers locaux sont désarmés et la sécurité présidentielle prend les commandes de la ville ou la région visitée.
Les funérailles de Bourguiba en avril 2000 offrent un exemple significatif de l’attitude adoptée par Ben Ali devant la mort. Ce qui caractérise le système Ben Ali c’est que rien, même pas la mort, ne peut perturber le mode de fonctionnement de sa machine sécuritaire. Même devant la mort, pas question d’humilité ou de spontanéité. Dans la dictature "scientifique" de Ben Ali rien n’est laissé au hasard. Tout est froidement calculé : la photo cadavérique de Bourguiba publié par tous les quotidiens, l’avion 7 novembre 1987 de Tunis Air qui a transporté la dépouille du « Zaïm » etc.
Nous ne pouvons jamais oublier ces images de policiers en civil, camera sur l’épaule, filmant des jeunes Monastiriens manifestant leur fidélité au disparu et leur tristesse pour la mort de leur leader, ces hélicoptères de l’armée et de la Garde nationale qui survolaient la ville depuis le matin, ces 30 000 policiers qui veillaient à la" bonne marche" des funérailles, cet état de siège qu’a connu la ville de Monastir. Aucun train n’avait le droit d’entrer ou de quitter la ville. Pour avoir le droit de visiter Monastir et assister aux funérailles on avait besoin d’une invitation! Du jamais vu. Et puis vint le spectacle le plus surréel qu’on puisse imaginer : des gardes cagoulés (ninjas) qui marchaient devant le cercueil du disparu. Pour moi c’est le symbole le plus fort qui concrétise on ne peut plus expressément la peur, presque puérile, de Ben Ali devant la mort. La première image qui m’est venue à l’esprit est celle des squelettes et autres épouvantails que les Américains et les Canadiens exposent pendant la Halloween pour conjurer la mort et les esprits du mal. Evidemment, Ben Ali ne se contentait pas de son gilet pare-balles. Il avait besoin de ces « masques funèbres » pour « terroriser » l’ange de la mort, qui le guette partout et le terrorise comme un petit gamin qui a peur de l’obscurité.
Oui, le pauvre Zine a peur. Ses cheveux teints gominés, ses « conquêtes féminines » chaque jour plus fraîches, ses soirées de plus en plus délirantes, ses « palais des désirs » renouvelés ne sont qu’une fuite en avant devant un ennemi qu’il combat en dressant devant lui mille murailles blindées et une garde pléthorique faite de quelques milliers de mortels !
Bourguiba trouvait normal d’avoir un dauphin. Le premier fut feu Hédi Nouira, que Bourguiba désigna publiquement comme son successeur. Puis vint le tour de Mohamed Mzali. Ben Ali a créé du vide autour de lui et a volontairement éloigné toute personne qu’on pourrait qualifier de « successeur ». Un immortel n’a pas de successeur. L’absence de dauphin créé, en effet, l’illusion d’immortalité et évacue temporairement les angoisses liées au futur.
Dans le cas de Ben Ali il y a une convergence entre le désir du Parti-Etat (RCD) de perpétuer son contrôle du pays et la fuite en avant d’un chef vieillissant qui conjure sa peur de la mort par une présidence à vie qui ne dit pas son nom.
O.K.
Flikomann Zabatta et ses concons matoutes
FINERAIL YAPPA !
« Le général Flikomann Zabatta, dictateur de la Crétinésie depuis le coup d’Etat du 11 juillet 1987, est décédé aujourd’hui suite à une longue maladie. Sa mort, attendue depuis des mois, a donné lieu à des déchaînements de foule que ni la police, ni la gendarmerie ni même l’armée n’ont été capables de contenir. La disparition de ce petit dictateur, qui a gouverné son pays d’une main de fer durant deux longs septennats, a déclenché des vagues de violence inédites dans ce paradis touristique du Pacifique. On rapporte même des scènes d’anthropophagie, une pratique disparue de cette île depuis plus de deux siècles. »
C’est après avoir lu cette dépêche de l’agence Beurenesia News que j’ai décidé de faire ma valise et prendre le premier avion à destination de Cétinus, la capitale de la Crétinésie. Cette «république palmière» est une petite île qui fait partie de la Beurinésie, un archipel du Pacifique sud, divisé en une vingtaine d’Etats indépendants, théoriquement «frères», mais presque toujours en conflit. Pourtant, ces îles partagent la même culture et parlent des dialectes issus, presque tous, du beurinésien, leur langue officielle commune.
La Crétinésie, cette petite île de rêve où débarquent chaque jour des milliers de touristes et embarquent chaque nuit des centaines de clandestins à destination de l’eldorado voisin, l’Australie, vit de tourisme, de pêche et surtout de l’exportation de noix de coco.
Pour meubler les 13 heures de vol et les trois heures d’escale, j’ai acheté, avant de prendre l’avion, quelques livres et téléchargé quelques articles de presse sur la Crétinésie et son lugubre dictateur. D’après un article du quotidien Die Welt, publié à l’occasion de l’énième réélection du despote avec un taux qui frise les 100%, «Le président crétinésien ne dépare pas dans un monde beurinésien où prospèrent les autocrates. Son pouvoir est sans partage et l’opposition ressemble à un moulin condamné à ne brasser que du vent ». Cet ancien élève de l’école de la CIA «au physique de déménageur… reste un inconnu, un personnage lisse. Il est à la fois omniprésent et absent. » Maintenant que l’ «absent » a disparu, le mystère reste entier.
Le général Zabatta s’est d’abord distingué comme l’impitoyable chef des «concons matoutes », les terribles milices de l’ancien chef de l’île, Habmann Brugabatta. Le «Grand Libérateur » Brugabatta était un despote plus ou moins éclairé, formé dans les meilleures écoles britanniques. Il gouverna la Crétinésie pendant trente ans sans partage. Mais le vieux chef, usé physiquement et politiquement, fut évincé par le pire «concon matoute » que la Crétinésie ait jamais enfanté, l’énigmatique général Zabatta.
Quelques années seulement après son accession au pouvoir, ce grand spécialiste de la répression multiplia le nombre des «concons matoutes » par quatre et enveloppa la petite île dans une toile invisible faite d’ «écouteurs », délateurs, indicateurs et autres informateurs. Il mena une guerre sans merci contre le mouvement fondamentaliste chrétien «Rinascimotta » (Renaissance), fit torturer, parfois jusqu’à la mort, et emprisonner des milliers parmi les membres de ce parti politique interdit.
Peu après son coup d’Etat, Zabatta divorça de sa première femme, la fille du général Kuffotta, celui qui propulsa la carrière de son gendre et accéléra son irrésistible ascension. Le «Concon Matoute » Suprême, qui n’avait eu que des filles de sa première femme, était obsédé par l’idée d’avoir un héritier mâle. Il épousa son ancienne maîtresse, Marie-Lila Tripoletta, une artiste esthéticienne, issue d’une famille pauvre d’un quartier populaire de Crétinus.
En quelques années seulement, Marie-Lila devint l’une des femmes les plus riches et les plus influentes de Crétinésie. Sa mère, ses frères et sœurs, neveux et nièces, bref toute la famille Tripoletta, devinrent les hommes et les femmes d’affaires les plus prospères de l’île, leurs limousines se multiplièrent à la vitesse de reproduction des cellules cancéreuses et leurs palais poussèrent comme des champignons. Un exemple parmi d’autres, son frère Belharassius Tripoletta devint tellement riche qu’il fonda sa propre compagnie aérienne, Carraquenotta Airlines, qui finit par phagocyter la compagnie nationale Cretinesia Airlines.
Mais le général Flikomann Zabatta n’oublia pas pour autant sa propre famille, au sens le plus large du mot «famille ». Son frère Menacius Zabatta était, avant sa mort tragique et mystérieuse, le «capo » d’une blanchisserie d’argent sale. Au début des années 1990, un tribunal new-zélandais le condamna, pour trafic de drogue, à 10 ans de prison ferme par contumace. Sa sœur Nimonetta se spécialisa dans l’importation illégale de marchandises et la distribution en gros des produits d’épicerie. Sa fille Syrinotta était la «reine d’Internet » et son gendre Salimus Tchibubetta, le chouchou du général Zabatta, le «roi du foot ».
Lorsque l’avion atterrit finalement à Crétinus, j’eus une soudaine crise de mélancolie. Mon sixième sens me dit que quelque chose de malsain était en train de se passer dans cette petite île perdue au sud du Pacifique, qui venait de perdre son président. Pourtant, l’atmosphère à l’intérieur de l’aéroport était à la joie. Les policiers et les douaniers, qui m’avaient accueilli auparavant avec des visages de croque-morts, étaient tous sans exception en liesse, comme si la Crétinésie venaient de gagner la coupe du monde de football.
Lorsque le fonctionnaire de la police des frontières me demanda la raison de ma visite, je lui dis la vérité: j’étais là pour écrire un reportage destiné au journal BEUReZINE, sur les funérailles du général Zabatta. Ce qu’il me dit ensuite en crétinésien me donna des frissons : « finerail yappa, ta’ché mangé’me » ( Pas de funérailles, j’aime manger ta chaire !). Je ne savais pas en ce moment précis qu’il était en train de citer une chanson qui fit tabac en Crétinésie. Elle fut lancée pendant la longue et terrible agonie du dictateur honni par un groupe rock, sorti de nulle part, qui porte le nom «Uled Zabattallah ». La chanson macabre dont les premières paroles sont «Zabatta diavol’mé ta’ché mangé’mé» (Zabatta diable bien-aimé, j’aime manger ta chaire !) fut vilipendée dans les églises par les pasteurs du haut de leur chaire et interdite par les autorités locales.
D’après l’article précité du journal Die Welt, «Sa photo est partout. Elle orne les rues des villes, décore les bâtiments officiels, envahit les échoppes. » Mais je n’en vis aucune, ni à l’intérieur de l’aéroport, ni dans le taxi qui me conduit à mon hôtel, ni dans les rues de la capitale. Le chauffeur de taxi m’expliqua tout. Dès que la mort du dictateur fut annoncée, les habitants, animés par une haine qu’ils durent dissimuler pendant des années, se mirent à arracher ses photos et à les brûler en pleine rue. On alla jusqu’à organiser la nuit des cérémonies de «crémation » des portraits de Zabatta avec des flammes gigantesques qui pointaient vers le ciel. Il me dit que ceux qui arboraient sa photo risquaient d’être lynchés par une foule hystérique qui devenait chaque jour encore plus incontrôlable. C’est pourquoi il se débarrassa très vite des photos du «diable », qui ornaient sa voiture.
L’Avenue Habmann Brugabatta, la principale artère de Crétinus, était pleine à craquer de Crétinésiens en transe. Les roulements de tambours, tam-tam, bandirotta, darbikotta (instruments locaux), me donnèrent la chair de poule. Cette joie funèbre me causa un malaise indescriptible. J’avais carrément la nausée. Pour première fois de ma vie, je voyais des gens fêter la mort de quelqu’un. Pourtant, les îles de Sirinésie, de Merkonésie et de Khordinésie, bien que gouvernées par des autocrates aussi cruels que le général Zabatta, n’avaient pas manqué de respect devant leur roi (ou président) disparu.
En attente des funérailles, la dépouille mortelle du dictateur fut gardée dans un lieu ultra-secret, car à l’annonce de la mort du général, des dizaines de milliers de Crétinésois avaient envahi le palais présidentiel et voulaient s’emparer du corps pour le déchiqueter. Certains lunatiques voulaient goûter à la chair du «diable ». Incroyable renversement de l’histoire ! Il y a deux siècles, c’était un roi fou de Crétinésie, Murelatta III, qui mangeait la chair de ses opposants. Maintenant c’était les opposants fanatiques qui étaient saisi par une nouvelle forme de folie : la «régiphagie ».
L’Eglise crétinésienne était choquée par ces comportements païens et ne cessait d’appeler les citoyens au calme et au respect des morts quels qu’ils soient. Mais ses appels trouvèrent peu d’échos auprès d’une population saisie par un accès de vengeance dont les excès dépassèrent les limites de l’imaginable.
Ne fût-ce la bienveillance des autorités australiennes, la famille Tripoletta aurait été décimée jusqu’à son plus jeune représentant. Un pont aérien établi entre Crétinus et Perth sauva les familles Zabatta, Tripoletta et Tchibubetta d’un «nettoyage ethnique » plus que certain. Mais leurs palais n’échappèrent pas au pillage systématique.
Finalement, les funérailles du général Zabatta n’eurent pas lieu. On l’enterra la nuit, dans le secret le plus total, dans un cimetière de sa ville natale, Hamtchoukotta. Une imposante muraille avec barbelés électrifiés fut construite à la hâte autour du cimetière. La tombe est maintenant gardée jour et nuit par des blindés de la Garde Nationale de Crétinésie.
Cruelle histoire ! Le général Zabatta, qui vivait entouré d’une infinité de cordons sécuritaires, porté au pouvoir par ces même blindés qui l’accompagnent maintenant outre-tombe, ne connaîtra jamais la vie d’un mort libre.
LE BONHEUR D’ETRE TUNISIEN (1)
Quelques jours seulement après l’étourdissante et écrasante victoire du OUI à la fin du carnaval électoral du 26 mai 2002, les Tunisiens ont été éclaboussés par une vague libertaire qui déferlait sur tout le pays. C’est surtout dans le domaine des droits humains que le changement est frappant. Les exemples de ce grand bond en avant ne manquent pas.
Le soir du 4 juin 2002, Zouhair Yahyaoui alias ettounsi est arrêté par la police politique et conduit au siège de la DST. Les braves fonctionnaires qui veillent à la sécurité de notre Etat jour et nuit (surtout la nuit), imprégnés par l’esprit du 26 mai, posent poliment et avec une extrême gentillesse la question suivante à leur hôte : « Quel genre de torture préférez-vous ? Poulet rôti ? Bain ? Falqa ? ». C’est une véritable révolution ! Ettounsi l’a senti dans sa peau, cette onde libertaire électrisante. A cette date l’amendement de la Constitution n’est pas encore entré en vigueur, mais les policiers, plus impatients que la LTDH, ont hâte de nous faire entrer d’un seul coup dans la république de demain. Rappelons aux « éternels mécontents » qu’avant le 26 mai 2002, les SS commençaient à cogner avant même de procéder à l’interrogatoire et choisissaient eux-même la méthode de torture. Cette torture à la carte, unique dans le monde, est une fierté nationale. J’invite les officiers des SS frères libyens, syriens et irakiens, ceux qui vivent encore dans les ténèbres de la République d’hier à effectuer des stages chez nous. Des stages qui auraient pour thème « pour une torture plus humaine ».
Pendant sa longue grève de la faim pendant l’été 2002, Radhia Nasraoui a accroché une banderole annonçant et expliquant les motifs de son mouvement de protestation. La police politique, fermement attachée à la légalité et au principe de l’inviolabilité du domicile, a pris la peine de louer à ses propres frais une échelle mobile de la municipalité de Tunis. Un policier politique, poussé par les vents de la liberté du 26 mai, a enlevé, avec la délicatesse et l’habileté d’un chirurgien des nerfs, la dangereuse littérature révolutionnaire exposée au balcon. Si tous les policiers du monde étaient aussi civilisés que les nôtres !
Le 13 décembre 2002, des policiers en civil « corrigent » Lassaad Jouhri en plein jour, dans un climat de transparence totale. Dès que leur mission est accomplie, des agents de la Protection Civile transportent le « corrigé » à l’hôpital. Y-a-il un exemple plus émouvant de la coordination à caractère humanitaire entre les différents services du Ministère de l’Intérieur ? Peut-on encore parler du « régime policier aveugle » ?. Les traces indélébiles du 26 mai sont là. C’est un véritable coup de fouet au développement démocratique et humanitaire du pays.
Si ces deux exemples ne vous ont pas encore convaincus, alors en voici un autre. Lorsque, il y a quelques mois, les policiers politiques ont arrêté et interrogé pendant quelques heures le peintre Sadri Khiari, gréviste de la faim, ils lui ont dit dès le début de l’entretien amical : « Vous êtes un intellectuel, on ne va pas vous frapper. » Avant le grand chambardement constitutionnel du 26 mai la police frappait à l’aveuglette et ne faisait aucune distinction entre intello, semi-intello et zéro-intello. C’est déjà un indéniable acquis et un grand pas en avant. Je voudrais que mes concitoyens zéro-intello soient compréhensifs et surtout patients. Leur tour viendra un jour, peut-être avec l’avènement de la république d’après-demain. Certains brillants théoriciens, comme le sage Philippe Seguin, disent que la démocratie à forte dose peut tuer le malade. Cette amère théorie, nos flics l’ont avalée d’un seul trait. Ils ont commencé à diminuer les gifles, les coups et les bastonnades à petites doses. Cesser les coups d’un seul coup pourrait être fatal pour la santé physique et mentale de notre peuple. Certains diront que les citoyens de faible constitution risquent de succomber au moindre coup. Certes, c’est regrettable mais le progrès a un coût. On ne peut faire une omelette sans casser des os !
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1- Touts les droits du titre sont réservés à Jean Ziegler !
Le Bonheur d’être Suisse Jean Ziegler Seuil ; 1994 ; Points Actuels
Le Président Zine el-Abidine Ben Ali, est "l’un des pires 10 ennemis de la presse," selon le Committee to Protect Journalists, basé à New York Revue de Presse mondiale en ligne: Liberté d’expression Tunisie: ‘Sept versions de la Pravda‘ Roland Lank La Tunisie fut le premier pays islamique à avoir une constitution et le troisième après la Turquie et l’Egypte à promouvoir une presse indépendante. Mais malgré ces réalisations, la liberté de presse en Tunisie est pratiquement inexistante aujourd’hui. Alors que l’économie a fait des progrès impressionnants depuis l’arrivée au pouvoir du président Zine el-Abidine Ben Ali en 1987, lui donnant une place à part parmi ses partenaires arabes, les libertés politiques ont connu une nette détérioration. Ce pays, qui compte 10 millions d’habitants, a deux chaînes de télévision hertzienne (Tunis 7, l’unique chaîne tunisienne captée par satellite, et Canal 21), sept stations radio, et une multitude de journaux quotidiens, hebdomadaires et mensuels en arabe et en français. L’Etat a le monopole de toutes les chaînes de télé et de radio, et possède avec le parti au pouvoir (RCD) quelques grands quotidiens de la place, tels que le quotidien en langue française La Presse, et aussi le journaux Al-Sahafa, Al-Hurriya, et Le Renouveau. Les plus importants quotidiens en langue arabe Al-Sabah et Al-Shurouq sont tous les deux des propriétés privées, mais elles ne se hasardent guère à critiquer le gouvernement à propos de sujets sérieux de politique générale. Les journaux des partis de l’opposition alliée au pouvoir, ont disparu faute de lecteurs, laissant le champ libre pour deux journaux qui sont réellement opposés au régime: l’organe du mouvement Attajdid Al-Tariq al-Jadid (La Nouvelle Voie, mensuel) et l’hebdo du Parti Démocrate Progressiste Al-Mawkif ( Position ou Point de vue).
Depuis le début de 2001, Al-Mawkif est paru de façon sporadique à cause la pression exercée par l’Etat (y compris la privation d’annonces des ministères et des organismes publics) surtout après avoir publié des articles qui expliquent les pratiques de corruption et critiquent la politique du gouvernement en matière de démocratie et de médias. "Aujourd’hui vous ne pouvez pas publier un hebdomadaire d’informations générales, car le Pouvoir vous met des bâtons dans les roues," dit un éminent journaliste de l’opposition travaillant dans ce journal, dont les Tunisiens ordinaires n’ont même pas entendu parler. Les "zones rouges" décrétées par le gouvernement sont la corruption et les droits humains. Ceci inclut aussi les discussions à propos des mouvements islamistes interdits, dont l’influence est difficile à évaluer à cause de la répression de leurs activités par le régime durant les années 1990. Selon ce journaliste de l’opposition, "Le pouvoir craint que si la porte de la critique de la corruption soit ouverte, elle s’ouvrira de plus en plus et à la fin il ne sera plus capable de la contrôler." Le magazine Réalités s’est trouvé dans une mauvaise posture après avoir publié en décembre 2002 un article sur les conditions des prisons et a été obligé de licencier le journaliste qui avait effectué l’enquête. Aucun journal ne s’est opposé en 2002 aux amendements constitutionnels qui permettent au président de rester au pouvoir pendant un nombre illimité de mandats. Des élections présidentielles sont prévues en 2004. En conséquence, il y a deux styles de journalisme en Tunisie: des reportages quotidiens sans saveur sur les activités gouvernementales et un flot d’articles de faits divers, dans le style des tabloïds, rapportant des crimes et des infos du monde du spectacle et des stars. En voici des exemples récents: La couverture de l’hebdomadaire Al-Annouar du 7 février comporte deux reportages de football, un article sur l’Irak, un article sur les vols de voitures, un autre sur un présentateur de télé israélien accusé d’harcèlement sexuel de ses invitées sur le plateau et enfin un autre article sur la jeunesse perdue dans des fumoirs de hasch. Akhbar al-Jumhouriya du 6 février montre une actrice tunisienne en tenue légère pour illustrer un article sur le cinéma, publie deux articles, le premier sur une étudiante agressée par son copain jaloux et le deuxième sur un homme qui a été "séduit" par une femme pour conclure avec elle un mariage illégal (urfi). Cependant, ce numéro d’Akhbar al-Jumhouriya, fait peu de commentaires sur les récentes inondations dans le nord du pays, un événement presque passé sous silence par la télé tunisienne, alors que des médias étrangers ont rapporté la mort de quelques personnes, victimes des inondations. "Alors que les sinistrés ont loué les efforts déployés par la police, les autorités municipales, l’armée et les ministères dans la gestion de cette crise humanitaire, ils ont toutefois montré leur grogne face à une télévision qui a brillé par son absence dans le reportage des événements et la mise en garde de la population des risques engendrés par la situation des vallées et le niveau des eaux. Même les bulletins météos n’ont rien signalé, au contraire de ce qui se passe dans les télés étrangères," commente le journal sans évoquer des cas de décès. "Les plus importants journaux tunisiens sont sept versions de la Pravda— ils sont identiques. La Tunisie, la Corée du Nord et la Libye sont les seuls pays à entretenir encore des médias de type stalinien," dit un journaliste de l’opposition. "Les lecteurs tunisiens sont entourés par un cordon "de protection"." Les exceptions sont rares. Des informations économiques sont publiées par les hebdomadaires L’Economiste Maghrébin et Jeune Afrique L’Intelligent, basé à Paris, et le quotidien londonien Al-Quds al-Arabi, dans les cas où ce journal n’est pas interdit de vente ou saisi. Le plus important quotidien panarabe Al-Hayat, basé lui aussi à Londres, a été interdit de vente en Tunisie pendant plus de deux ans, comme l’ont été également les journaux Le Monde et Libération, à cause de leurs articles critiques du Pouvoir tunisien. Rien d’étonnant, si la loi interdit encore au journaux tunisiens de s’associer avec les journaux mondiaux les plus connus, alors que cette politique de partenariat fait rage au Liban et au Maroc. Ainsi, même les journaux les plus vendus ont un tirage modeste: Al-Shurouq vent 45 000 exemplaires par jour, La Presse à peu près 30,000. Les éditeurs de journaux se plaignent de l’étroitesse du marché et l’Etat, avec son obsession de tout contrôler, ne fait que compliquer les choses. Les règlements d’obtention d’une autorisation de publier sont draconiens et la pratique gouvernementale de placer quotidiennement une douzaine d’annonces publiques est une forme de subvention qui affecte ce secteur. La majorité des journaux sont très dépendants des annonces que leur offre le gouvernement, exerçant ainsi une pression sur le contenu des articles publiés. Les autorités tunisiennes peuvent intervenir aussi dans les services postaux pour saisir des journaux qui publient des articles qu’elles jugent biaisés. Enfin, le gouvernement achète des périodiques de l’étranger et les vend à la presse tunisienne à des prix modérés, ce qui constitue un autre mécanisme de contrôle qui pourrait être utilisé, le cas échéant, comme moyen de pression. La politique d’arabisation adoptée depuis 1987 par le régime de Ben Ali pour renverser la tendance de la domination du français dans la vie publique—un résidu de l’époque coloniale—a réussi à créer une classe moyenne et une basse classe moyenne pour lesquelles l’arabe constitue la langue d’éducation primordiale. Par conséquent, la part de marché de la presse francophone est en baisse continue et les observateurs estiment que dans dix ans il n’y aura plus guère de publications en français. Auparavant, les Tunisiens dont la langue maternelle est le dialecte tunisien dérivé de l’arabe, trouvait plus facile d’exprimer en français tous les sujets de conversation qui allaient au-delà de la vie de tous les jours.
"Je ne pense pas que les publications en français ont un futur. Dans dix ans, l’arabe dominera," dit Hedi Mechri, rédacteur en chef de L’Economiste Maghrébin. "Nous sommes à la croisée de chemins. Mon éducation était en totalité en français au primaire et au secondaire et l’arabe était marginalisé. Maintenant il y a un renversement de rôles." Les efforts de l’Etat de réduire le français à sa portion congrue ont été aussi le reflet du mécontentement officiel face aux critiques exprimées par les médias français: La nouvelle vague de zèle en faveur de l’arabisation de plusieurs secteurs de la vie publique a coïncidé avec des périodes de tension avec la France. D’autre part, l’anglais est en train de progresser à petits pas: Les suppléments de L’Economiste en anglais ont eu beaucoup de succès durant les dernières années, mais il n’existe encore aucune importante publication en langue anglaise. Démontrant l’extrême sensibilité du régime face aux critiques extérieures—qui pourrait, selon lui, nuire au mini-miracle économique du pays durant la dernière décennie—Ben Ali a déclaré en juillet 2001 durant une réunion du parti au pouvoir, le RCD, que les opinions divergentes étaient les bienvenues, mais que ceux qui critiquaient le pays dans les médias étrangers étaient des "traîtres" qui seraient confrontés à la rigueur des lois nationales. La télévision n’est guère plus libre. C’est une télé d’Etat gérée selon les règles des années 1970, aussi bien dans son style que dans son contenu. C’est pourquoi les Tunisiens se réfugient dans la multitude de chaînes arabes et européennes disponibles par satellite. Alors que la télévision d’Etat avait attiré 80% des téléspectateurs en 1999, les chiffres montrent qu’en 2002 et 2003 le pourcentage n’a pas dépassé les 50%, augmentant seulement pendant le Ramadan, le mois sacré durant lequel la télé diffuse des séries tunisiennes et arabes "spécial ramadan" dans le but d’attirer les téléspectateurs. La pression sur la télé pour qu’elle change de comportement provient du syndicat des publicitaires tunisiens, qui avait réussi après des années de démarches auprès des autorités à obtenir de larges espaces publicitaires en 1999. Mais comme l’explique un expert en publicité: "Ils sont tous des fonctionnaires et ne donnent aucune importance à ce que les gens veulent réellement." Seulement 3% de la population regarde Canal 21, une chaîne qui diffuse les programmes "indésirables" de Tunis 7. Des figures de l’opposition disent que le gouvernement augmente son budget des programmes de divertissements aux dépens des programmes politiques et culturels dans le but prémédité de détourner les regards des Tunisiens des thèmes sérieux de vie publique qui pourraient menacer le statu quo politique. La télé d’Etat a des difficultés même au niveau des programmes de divertissement. Les chiffres officiels montrent que la chaîne égyptienne est en somme la chaîne qui détient le deuxième rang en popularité en Tunisie, alors que les chaînes Al-Jazeera, basée à Qatar, et Télé-Dubai attirent les téléspectateurs qui s’intéressent aux infos. Deux chaînes satellitaires basées à Londres, dirigées par des dissidents Tunisiens, Al-Mustaqilla (l’Indépendante) et Zeitouna (c’est le nom de la plus importante mosquée de Tunis, qui était aussi une importante école de théologie en Afrique du Nord), ont ouvert en 2001 des débats houleux sur les droits humains en Tunisie, mais elles sont maintenant en train diffuser des spots pub sur le tourisme tunisien. C’est pourquoi les Tunisiens ordinaires pensent que le régime tunisien a conclu un deal avec les propriétaires des deux chaînes. Il est difficile d‘évaluer la part de marché de ces deux chaînes. Le gouvernement déclare qu’il est en train de promouvoir la liberté de presse dans la mesure du possible. En avril 2001, le parlement a adopté une série d’amendements du Code de la Presse, abrogeant certaines de ses clauses les plus répressives. Au cours d’une interview accordée à des journalistes d’Al-Sabah et Al-Shurouq, Ben Ali déclare, "Je vous le dis encore une fois de la façon la plus claire’: Ecrivez sur n’importe lequel des sujets que vous préférez… Il n’y a pas de tabous, excepté ceux interdits par la loi et la déontologie de la presse." Mais les autorités disent qu’elles doivent défendre l’honneur des personnalités publiques face à des infos biaisées et sensationnalistes dans un milieu médiatiquement sous-développé, et empêcher les médias de dépasser les limites des bonnes mœurs. Ces positions ont produit un certain nombre d’incidents peu élogieux pour le régime, des incidents documentés par les organismes internationaux de surveillance de la liberté de presse et par le Département d’Etat des USA. Pendant la période de mauvaises relations entre le régime tunisien et la France en 2000-2001, certains journalistes et militants des droits civiques se sont plaints de harcèlements suite à l’expression d’opinions critiques dans les médias locaux et étrangers. Parmi ces incidents on peut noter celui de la journaliste Fethia el-Beji, qui a été licenciée d’Al-Sabah suite à des articles sur les livres de Taoufik Ben Brik, un dissident notoire qui publie en France. Le frère de Ben Brik, le militant des droits civiques Jalel Zoghlami, n’a pas eu l’autorisation de publier son journal Qaws al-Karama (Arche de la Dignité). La journaliste Sihem Bensedrine s’est réfugiée dans Internet pour publier son journal Kalima (Parole), auquel certains Tunisiens peuvent avoir accès malgré la censure de l’unique fournisseur d’internet en Tunisie, l’ATI. En 1998, le Committee for the Protection of Journalists (CPJ), basé à New York, a placé le président Ben Ali parmi les "10 pires ennemis de la presse dans le monde". En 1997 l’Association tunisienne des Directeurs de Journaux a été exclue de l’Association Mondiale des Journaux, à cause de sa passivité dans la défense de la liberté de presse, selon cette organisation. Apparemment, pour le moment les Tunisiens ont des soucis plus urgents que ceux de libérer leurs médias. Certains diplomates européens disent, de façon confidentielle, que les limites dans lesquelles travaillent les médias sont "acceptables" pour la majorité des citoyens dans un pays qui a su réaliser des progrès économiques impressionnants. Mais les représentants de l’opposition considèrent cette situation comme dangereuse, et disent que l’explosion de la synagogue de Djerba en 2002, probablement un attentat d’Al-Qaïda, démontre ces dangers. "Tous les amis de la Tunisie disent que l’explosion de Djerba était une sonnette d’alarme, que s’il n’y a aucune initiative pour permettre la libre expression, le terrorisme surgira comme c’est le cas ailleurs," dit un journaliste de l’opposition. "Depuis la guerre du Golfe, il n’y a eu aucun développement politique, médiatique ou démocratique en Tunisie." (traduit de l’anglais par Omar Khayyâm)
Tunis, Tunisie
18 février, 2003
Ce pays a récemment gagné en célébrité à cause de son contrôle d’Internet. Zouhair Yahyaoui, un Tunisien de 35 ans, a été condamné à deux ans de prison en 2002 pour avoir critiqué le gouvernement dans son site TUNeZINE et fait des commentaires sur le référendum de mai 2002, durant lequel 99.52% des électeurs ont approuvé les amendements constitutionnels permettant à Ben Ali de postuler pour un quatrième mandat présidentiel. "Son incarcération démontre le mépris des autorités tunisiennes à l’égard des médias qui font des reportages critiques," a déclaré le CPJ dans un communiqué du 10 février. Les journaux de l’opposition, Bensedrine, et d’autres figures de la dissidence ont organisé des réunions de soutien à Yahyaoui, mais peu nombreux sont ceux qui y étaient présents et encore moins nombreux sont ceux qui ont été informés par une presse qui sait fermer la gueule.
Le combat d’un médecin-citoyen
Bête noire du "système" tunisien Le combat d’un médecin-citoyen
Se voulant un homme libre dans la société tunisienne qui ne l’est pas, le Dr Moncef Marzouki fait partie de ces médecins humanistes engagés dans un combat politique contre le président Ben Ali au pouvoir depuis son coup d’Etat médical en 1987 - des médecins avaient alors jugé que Bourguiba était sénile. Avant sa venue en Belgique, nous avons rencontré ce neurologue de formation exilé à Paris, qui occupe un poste de professeur en santé publique à la Faculté de Bobigny.
Président de la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme de 1989 à 94, puis fondateur du Conseil National pour les Libertés, par ailleurs figure emblématique de l’opposition en tant que président du Congrès pour la République, parti créé il y a six mois et déjà dans le collimateur, le Dr Marzouki est devenu la bête noire du "système" tunisien. Après avoir déjà purgé 4 mois de prison en 1994 suite à une interview parue dans un journal espagnol, il fut arbitrairement licencié de son poste à l’Université de Sousse et ses principaux collaborateurs dispersés dans le pays. Condamné une nouvelle fois à un an de prison avec sursis et perte de ses droits politiques, il vit à présent à Paris et dans la peur. "Ma voiture a été sabotée deux fois, mon téléphone placé sur écoute et régulièrement coupé, mon courrier non distribué, ma famille est encore soumise à des pressions constantes…". En prison, il fut placé en isolement total. Il y a alors découvert cette autre forme de torture, dans un réduit de 4 m², l’espace d’une grande armoire. "Il faut le savoir, des gens sont en isolement depuis dix ans dans les prisons tunisiennes. C’est un vrai crime contre l’humanité !
C’est le cas notamment d’Ali Laridh, Hamnadi Jbali, Chourou…". Puis, il a fait l’objet d’une surveillance collante : policiers le suivant en permanence, à la plage, chez le dentiste, dans le train, jusqu’à la porte des toilettes… Sans oublier pressions, menaces et chantages exercés sur sa famille.
Dans cette dictature qui cherche à masquer son vrai visage aux touristes qui s’y rendent chaque année en masse, la marge de manœuvre du médecin peut se réduire à la solution technique, ce qui revient à guérir les phlegmons, à traiter les migraines et, pour le reste, à fermer les yeux et se boucher les oreilles. L’autre solution, politique, conduit à combattre cette dictature post-moderne.
"Ce doit être la seule dictature au monde dont l’idéologie se revendique à la fois de la démocratie et des droits de l’Homme, précise le Dr Marzouki. Tous les commissariats de police ont la Déclaration universelle des droits de l’Homme sur le mur, mais ils pratiquent la torture. C’est cela la curiosité de la dictature tunisienne : le pouvoir absolu d’un homme qui se prend pour Dieu et, à côté de lui, ses copains et sa famille qui jouent aux quarante voleurs et mettent le pays en coupe réglée. Dans ce rapport-là, les gens ne sont plus des citoyens. Ils en sont réduits à être des objets, qui doivent obéissance au président et sont là pour servir de troupeau dont on va prendre à souhait le lait, la toison et la viande".
Jamais le Dr Marzouki n’a fui ses responsabilités pour son travail de technicien. Aussi sa vision de la médecine déborde sur les droits de l’Homme.
C’est comme cela que je suis parti vers la médecine communautaire, pour aller interroger les conditions qui font qu’il y a autant d’enfants encéphalopathes en Tunisie. Je me suis alors aperçu que ces populations pauvres, analphabètes, humiliées, sont victimes d’une très forte corruption".
Il nous explique encore que les Tunisiens souffrent d’une maladie qui, aujourd’hui encore, n’est pas vue par les médecins; cette espèce d’angoisse, sentiment d’humiliation et de peur diffuse de la police, qui rend les gens malades et laisse de graves séquelles. Stress psychologique et souffrance psychique difficiles à cerner et qui, à cause de la dictature, augmentent de façon considérable. "Parce que je suis à la fois citoyen et médecin, je peux voir cette peur et comprendre toute cette souffrance morale, la détresse de dizaines de milliers de familles dont les enfants ont été soumis à la torture en prison…" .
La stabilité d’un marigot
"La Tunisie a la stabilité que vous avez dans une prison, poursuit-il. En apparence tout y est calme, organisé, mais uniquement à cause des gardiens et de la discipline de fer ; en réalité, il s’agit d’une fausse stabilité, un peu celle du marigot ; c’est calme à la surface, mais en-dessous cela pourrit. Pour avoir vécue avec les gens, à leurs côtés comme médecin, je sais à quel point la population est humiliée et vit dans la peur permanente, combien elle est rackettée par la police partout, tous les jours". Ce sentiment d’humiliation et d’échec a un impact extrêmement négatif sur le moral du pays. Ainsi se développe la criminalité, des formes d’agressivité qui ne peuvent s’exprimer. "Mon village, précise le Dr Marzouki, a connu 20 suicides pour une population de 20.000 habitants, alors que le suicide y était totalement inconnu jusqu’à présent. Par ailleurs, on assiste à une augmentation spectaculaire de l’alcoolisme. Il y a donc toute une souffrance, à la fois psychologique et sociale, car les gens souffrent et ne peuvent s’exprimer. La dictature, c’est l’art de vous donner une gifle et de vous punir si vous vous exprimez. Alors imaginez une personne que l’on frappe et que l’on empêche de gémir". Quant à la mortalité infantile, considérée comme un bon indicateur de la santé d’un pays, son taux avoisinait les 30/1000, ce qui est loin du chiffre moyen en Europe où elle est de 7/1000. Journal de médecine Belge
Un parcours humaniste sévèrement réprimé pour avoir repéré les dysfonctionnements de la médecine et du "système" tunisien, et surtout osé y remédier. "Quand on débarque dans ce système de santé qui est totalement dysfonctionnant , on se demande pourquoi cela ne marche pas, car les mêmes médecins tunisiens, en Belgique ou en France, sont extrêmement fonctionnels. Mais dès qu’ils arrivent en Tunisie, ils sont pris dans le système et deviennent eux-mêmes dysfonctionnements. En réalité, on se rend compte que c’est la réplique exacte du système politique, l’autoritarisme, la pyramide, la hiérarchie, le patron
qui joue au petit dictateur du service, l’incompétence, l’absence d’évaluation, de démocratie et de liberté d’expression. Le système de santé reproduit le système politique et devient à son tour peu fonctionnel". Déjà jeune assistant à la faculté de Médecine de Tunis, il a payé cher sa révolte contre ce système, réclamant plus de démocratie, aussi que l’on s’intéresse aux gens et non pas à la profession elle-même. "C’est à partir de la critique du système, des mauvais rapports avec la population et à la façon dont les médecins traitent les gens, que j’en suis venu à la critique du système politique et que tout s’est enchaîné".
La curiosité d’une dictature
Médecin-citoyen, c’est ainsi qu’il comprend son rapport à la médecine, qui se situe à la fois dans la restauration, la prévention et la promotion de la santé. "Une population en bonne santé, c’est une population qui a ses droits, explique-t-il. Le médecin est responsable de la santé dans sa totalité. Or celle-ci se situe à trois niveaux. Quand elle est perdue, il faut la restaurer. Mais il faut aussi la protéger et la promouvoir. Ces trois niveaux sont interdépendants. Face à un gosse qui a eu une hémiplégie cérébrale infantile, je fais mon travail de technicien. Mais si je veux aller au bout du problème je me dis qu’il faut surtout faire de la prévention.
Au terme de notre entretien, le Dr Marzouki a tenu à remercier tous les confrères qui l’ont soutenu et aidé à sortir de Tunisie. "Les médecins belges ont été extraordinaires dans cette affaire ; ils ont fait un travail de veille. Grâce à eux, j’ai pu découvrir, dans cette crise que je traverse, une valeur qui, à mon avis, est encore plus importante que l’amitié et même l’amour : la solidarité. Car c’est ce qui permet aux êtres humains de résister à tout, de supporter l’insupportable. Il ne faut pas sous-estimer la lettre que l’on écrit, le petit coup de fil que l’on donne pour quelqu’un ; ça n’a l’air de rien, mais cela a un effet extrêmement positif". Comme le dit un proverbe local, la santé est comme une couronne sur la tête des bien-portants, mais que seuls voient les malades. "La liberté aussi", conclut Moncef Marzouki.
Thierry Goorden
