LE CAUCHEMAR DE KHAYYAM


 

C’est un cauchemar que j’ai eu pendant la nuit du 6 au 7 novembre dernier. Ce que j’ai vécu durant ce cauchemar était tellement horrible que je me suis réveillé, paniqué, tout en sueur à 3 heures du matin. Pour reprendre mes esprits j’ai dû me rhabiller et faire une petite marche matinale le long de la plage de ma ville, Mahdia.

 

J’ai rêvé que j’étais, comme chaque matin, devant mon ordinateur. Après avoir lu les messages que j’ai reçus, je me suis connecté à TUNeZINE. Au début j’ai cru que je me suis trompé d’adresse, mais non c’était bel et bien notre site de toujours, sauf qu’il a changé de nom. Il s’appelle maintenant Tounes maa Ezzine ( La Tunisie avec Zine). Une photo géante de Ben Ali crève l’écran et les yeux des lecteurs. Tous les anciens numéros ont disparu. Un nouveau numéro spécial prend la place de tous les autres. J’ai hâte de lire l’éditorial d’ettounsi. Dès que j’ai lu les premières phrases, je fus saisi d’horreur.

 

«  Le Président Ben Ali est le plus solide Chef d’Etat que la Tunisie ait jamais connu depuis le temps des dinosaures ». Pas besoin de vous lire la suite de la belle poésie d’ettounsi new look, changé et renouvelé !

 

Voulant tout de suite oublier ce que je viens de voir et de lire, je rends visite au site de Kalima. Dès que la première page s’est affichée, j’ai jeté un cri de saisissement : ce site a lui aussi changé de nom ! Il s’appelle maintenant Kalimat Attaghyir (la parole du Changement). Le site a subi la même opération de chirurgie peu esthétique. Les photos de Ben Ali vous regardent des quatre coins de l’écran. J’étais curieux de savoir ce que Sihem a pu écrire à propos de notre dinosaure.

 

« Je remercie Monsieur le Président pour sa sollicitude et l’intérêt qu’il n’a cessé de démontrer à l’égard de nos médias. Je tiens aussi à remercier Mme Leila Ben Ali pour son généreux soutien. »

 

Je n’ai pas encore perdu l’espoir. Mon cœur battait la chamade au moment où commençait à s’afficher la page d’accueil du site du docteur Marzouki. Cette fois ma terreur devenait insupportable :

«  Bienvenus au site de la Polyclinique du 7 novembre des docteurs Moncef Marzouki et Mustapha Ben Jaafar »

L’introduction, rédigée par nos deux éminents docteurs, est un vrai chef-d’œuvre artistique et littéraire.

 

«  Si notre clinique, la plus moderne du continent africain, a pu voir le jour c’est grâce au soutien continu, à la sollicitude et à la bienveillance permanentes de l’Artisan de la santé nouvelle de la Tunisie. Les maladies, aussi bien physiques que mentales, ont été toujours une priorité absolue de l’Ere Nouvelle. Nous étions très touchés par le geste du Président, qui nous a honorés de sa présence lors de l’inauguration de notre nouvelle clinique. »

 

Je déconnecte tout de suite mon ordinateur et je me jette sur le téléphone. Je téléphone au domicile de Ben Brik pour lui demander ce qui était en train de se passer dans le pays. C’est sa femme Azza qui prend l’appel : « Taoufik n’est pas là. Tu peux l’appeler à son bureau. »

 

- Quel bureau ?

- Quelle question ! Mais son bureau de Directeur du Renouveau.

 

Mon angoisse était indescriptible, mais j’avais encore une lueur d’espoir. Mon dernier espoir se trouve au Kef. Je téléphone, plein d’appréhension, à maître Néjib Hosni. Un membre de sa famille me dit que Néjib est à Tunis, où il vient de fonder une société d’avocats avec ses collègues Radhia Nasraoui et Béchir Essid. Un projet financé par un certain Moncef Trabelsi.

 

Mon dernier espoir étant perdu, je sors en courant de chez moi. Je frappe frénétiquement à la porte de Si Khemaiès L’bnedri, le président de la cellule du RCD de mon quartier.

 

- Ouvrez Si Khemaiès, ouvrez ! Dépêchez-vous ! Vite, donnez-moi ma carte, je veux ma carte tout de suite !

 

Alors Si Khemaiès commence à me secouer très fort :

 

- Réveille-toi Omar, réveille-toi. Tu es en train de rêver !