FictionNovember 9, 2006 7:16 am
L’Australie dit NON à Ben Ali !
Taoufik Ben Brik va-t-il demander pardon au peuple australien ? Etait-il conscient, au moment où il avait écrit sa fameuse phrase, de l’effet explosif de ses propos ? Feu Salah Khémissi n’a-t-il pas dit dans l’une de ces meilleures chansons : « il y a des mots qui ne laissent que regret et amertume » ? Si les Australiens en veulent au bedonnant journaliste tunisien, ancien médaille d’or de la grève de la faim, leur aigreur est tout à fait compréhensible. Des dizaines de millions de dollars dépensés pour une blague de mauvais goût.
« Ben Ali est un dictateur à la taille de l’Australie », avait lancé Ben Brik, insouciant, en mai 2002. Qui aurait pu prévoir à cette époque que cette petite phrase traverserait des mers et des océans pour débarquer enfin en Australie ? Le « Village planétaire » de Marshall McLuhan n’est pas une fiction.
Le parti d’extrême droite australien Save Australia (SA) [1] est peu connu même en Australie. Les idées néo-fascistes et xénophobes de cette formation politique, née en novembre 1987, n’avaient eu guère d’écho auprès des électeurs de ce pays-continent. C’est un des membres du SA, parfaitement bilingue grâce à sa mère française, qui avait découvert, par un pur hasard, la phrase géniale de Ben Brik sur Internet. Fasciné par la trouvaille benbrikienne, il a traduit et transmis la formule magique au bureau politique de son parti. En lisant le CV du dictateur tunisien, la direction du SA n’avait plus de doute que Ben Ali était « l’homme qui tombe à pic ». Le SA, farouchement anti-arabe et anti-musulman, était - et reste encore- l’ennemi juré des barbus. Le bureau politique du SA était convaincu que seul Ben Ali était capable de mettre un peu d’ordre dans ce vaste pays et d’arrêter l’invasion afro-asiatico-islamique.
Le SA ne voyait d’autre solution que d’organiser un référendum pour savoir si les Australiens étaient OUI ou NON pour l’importation du dictateur tunisien. Mais pour pouvoir organiser un référendum en Australie il faut cueillir 100 000 signatures au minimum. La tâche n’était pas simple pour un parti qui ne compte que quelques milliers d’adhérents. Le SA a dû mener une campagne d’un an et demi pour enfin être capable de fournir aux autorités les 100 000 signatures nécessaires.
La question posée aux Australiens était simple comme bonjour : Ben Ali YES, Ben Ali NO ? Le bulletin du YES était noir, celui du NON était blanc. Ce qui était curieux dans cette affaire c’est que c’était la première fois que le régime tunisien était sur la même longueur d’onde que son opposition ! L’opposition, convaincue que la Tunisie devrait conquérir de nouveaux marchés, était globalement favorable à l’exportation du dictateur local pour s’en débarrasser une fois pour toutes. Mais le régime tunisien ne pouvait en aucun cas admettre que son chef puisse perdre la moindre consultation populaire, fût-elle en Australie. L’ambassade tunisienne à Canberra n’a pas lésiné sur les moyens pour contribuer au financement de la campagne pour le OUI.
Invité par le SA à se prononcer devant les Australiens à la veille du référendum, Ben Ali a poliment refusé l’invitation car il ne connaît que deux mots de la langue anglaise : YES et NO. Les résultats du référendum étaient une vraie douche écossaise pour Ben Ali. 99,62% des Australiens se sont prononcé contre l’importation du dictateur tunisien.
Je ne sais si je dois sauter de joie comme un kangourou, puisque Ben Ali a perdu, ou verser des larmes de crocodile sur la mauvaise qualité de certains produits tunisiens qui s’exportent mal à l’étranger….
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1- Sauvez l’Australie.
26-11-2003
