Mardi 28 mai 2002 
  
MONDE
 
 
Tunisie : 0,48% de "non" au référendum
 

  Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, le référendum de réformes constitutionnelles proposé par le président tunisien a été largement approuvé, avec 99,52% de "oui". Zine el Abidine Ben Ali, en dépit des critiques, peut donc se maintenir au pouvoir.
 
Mis en ligne le 27 mai 2002 
 
 
 
L’homme qui a été élu président de la Tunisie avec 99,44% des voix en 1999 peut se targuer d’avoir de nouveau triomphé dimanche, en revendiquant 99,52% des suffrages approuvant son référendum constitutionnel. Les électeurs tunisiens étaient en effet appelés à se prononcer pour ou contre les réformes constitutionnelles élaborées par le régime de Zine el Abidine Ben Ali. Celles-ci prévoient non seulement une modification de la représentation parlementaire et quelques réformes institutionnelles, mais également la non-limitation du nombre des mandats présidentiels jusqu’à 75 ans et l’immunité pénale pour ses présidents et anciens présidents.

Le score final, publié lundi matin, est sans appel, alors que, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, le taux de participation s’élève à 99,59%. Toujours selon les autorités, sur un total de 3.406.830 inscrits, 3.258.425 ont placé le bulletin blanc pour "oui" dans leur enveloppe : les Tunisiens permettent ainsi au président Ben Ali, 65 ans, de briguer, en dépit de ses promesses de 1999, un nouveau mandat en 2004. De plus, il s’agit d’instaurer un parlement bicaméral, des élections présidentielles à deux tours et un élargissement des pouvoirs du Conseil constitutionnel. Mais également d’inscrire dans le texte de la Constitution les notions des droits de l’Homme et des valeurs de "solidarité" et de "loyauté" à la nation.

"Mascarade" ou "république"

Pour le RCD, parti du président, il s’agissait de renforcer la démocratie en approuvant "la république de demain". Le président Ben Ali, qui dirige d’une main de fer un pays relativement prospère dans un environnement dangereux, est en effet vu comme le seul rempart contre l’islamisme ou l’aventurisme. Dans un éditorial paru la semaine dernière dans un quotidien gouvernemental, un ministre expliquait ainsi que "le président Ben Ali, qui a sauvé la République des griffes de la théocratie religieuse obscurantiste et du despotisme du régime d’un seul homme, a été capable de reconstruire le système républicain en quinze ans à peine". En outre, pour se défendre des accusations de totalitarisme, les cercles proches du pouvoir, qui citent en exemple les 34 députés "d’opposition légale" présents au parlement, peuvent à bon compte renvoyer vers le texte de la réforme et la méthode employée pour l’entériner.

Mais pour l’opposition, souvent non reconnue, cette nouvelle "mascarade" d’une démocratie de façade était destinée à instaurer une nouvelle présidence à vie, augmentée d’une immunité à vie. L’essentiel de l’opposition non-parlementaire démocratique avait d’ailleurs appelé au boycott du scrutin. Car la survie du régime parlementaire s’est faite au prix d’une répression féroce contre les islamistes — ou présumés tels — et contre les intellectuels et défenseurs des droits de l’Homme, qui accusent Ben Ali d’être un homme de "clans mafieux". A titre d’exemple, la presse, largement aux ordres du pouvoir au point que le président lui-même s’en est ému à plusieurs reprises, n’avait, d’une part, pas relayé les critiques et appels au boycott, et, d’autre part, avait privé un parti représenté au parlement d’espace de parole durant "la campagne explicative" du référendum. Son seul tort était d’avoir appelé à la non-participation.
 
 
SOURCE: Site web de TF1