UncategorizedNovember 23, 2006 11:56 pm

 

Un dictateur sans successeur - dont l’état de santé alimente les rumeurs - cherche désespérément un guérisseur. Des "Familles" qui pillent sans vergogne et se moquent de la montée de la grogne. La pègre est protégée par la police. Sur le peuple veillent les milices. Des chômeurs qui ploient sous le poids de leurs diplômes ne cherchent plus qu’une issue: un chemin qui mène à Rome. On abuse de bière ou de prières pour oublier sa misère. En guise de fond de toile, une forêt de voiles. Une société qui se balance entre un Khaled (1) qui prêche et une Nancy (2) qui danse. Chaque jour la presse rapporte des crimes inqualifiables: on prie Dieu mais on adore le diable. Un an de taule juste pour un "kif", trois ans pour critique du calife. Si tu dis:" le bateau coule !" , on te prend pour un maboul. Un spécialiste du pays et de ses maux a résumé le dilemne des jeunes en deux mots: " Kamikaze ou clandestin, t’as pas d’autre destin…"

 

1- Cheikh Amrou Khaled , prédicateur religieux qui tombe du ciel: ses prêches sont diffusés par une chaîne-satellite.

2- Nancy Ajram: chanteuse libanaise en vogue en Tunisie et ailleurs.

Uncategorized 1:47 pm

Ben Ali Baba et les quarante voleurs.

Ce qui est en train de se passer dans les coulisses des palais de Carthage, Sidi Bou Saïd et Hammamet me rappelle une scène du film « Zorba le Grec » : la veuve Hortensia, qui n’a pas d’héritiers, est sur son lit de mort. Avant même qu’elle ne rende l’âme, ses meubles et ses effets personnels commencent à voler par les fenêtres. Comme le dit le proverbe tunisien: « On se partage mon héritage devant mes propres yeux ! ». Les vautours attendent que leur victime soit morte avant d’attaquer la chair. Les humains n’ont pas toujours cette délicatesse.

Peu importe que Ben Ali respire encore, son dépeçage a commencé depuis belle lurette. Avec ces dépêches, provisoirement fausses, d’une mort annoncée on joue déjà aux répétitions. Les quarante voleurs, après leur folle ruée vers l’or, veulent maintenant sécuriser leur butin. L’enjeu c’est la caverne de Ben Ali Baba. Elle ne doit en aucun cas échapper à leur contrôle après la disparition de celui-ci.

Notre pègre manque cruellement d’imagination, c’est pourquoi elle a volé cette idée aux Américains : Ben Ali, comme Bush, aura un vice. On va rafistoler, encore une fois, la constitution pour créer le poste de vice-président. Les « honorables » familles hésitent encore entre deux noms. Ce qui est sûr c’est que le vice tunisien s’appellera Hamed ou Abdelaziz. Ils ont un point commun : ils ont toujours brillé par leur effacement total devant le futur regretté.

Si les familles réussissent leur coup, nous aurons bientôt un président fantoche. Théoriquement ce ne sera qu’une marionnette manipulée par les « hommes de l’ombre ».

Pourtant, les planificateurs de la mafia tunisienne oublient un facteur déterminant en politique : la psychologie des foules. Exactement comme Saddam, Ben Ali a jusqu’ici gouverné par la terreur. La disparition de ce dernier libérera probablement la population de son complexe de la peur et enlèvera toute motivation aux forces de l’ordre. En plus, le scénario risque de se retourner contre ses inventeurs. Que se passerait-il si la marionnette se libère de ses ficelles et joue son propre jeu ?

Journal 1:44 pm

 

Le café ne porte pas de nom, pourtant j’y suis entré pour boire un espresso serré. Ce café, qui sert aussi de buanderie et de cyber-café, tend un hameçon alléchant pour les lecteurs assidus: des dizaines de livres au-dessous du comptoir. Il y a même la prestigieuse Encyclopedia Britannica. Il y a aussi une serie de livres illustrés sur les différentes régions du globe. J’ai sorti le volume "Afrique du nord" de son sommeil profond pour chercher le chapitre sur la Tunisie. Mon voisin, qui était en train de feuilleter un autre livre, avait envie de causer. Je lui ai montré le livre que j’avais entre les mains:

- Je viens de cette région du monde.

- Quelle région?

- L’Afrique du nord.

- Ah ! Excusez-moi, mais j’aime pas ces pays-là.

- Toi, au moins, tu ne caches pas ton racisme.

- Je n’ai jamais eu d’amis noirs. As-tu des amis noirs?

- Oui. J’ai un ami qui vient du Burkina Faso.

- Et comment se fait-il que tu viens d’Afrique et t’es pas noir?

- En Afrique il y en a de toutes les couleurs !

Mon voisin, ancien prisonnier de droit commun selon ses propres dires, a quitté sa chaise pour aller aux toilettes en laissant son cellulaire sur le comptoir. N’avait-il pas peur que son portable ne disparaisse pour réapparaître au milieu de la jungle africaine ou du désert du Kalahari?

J’ai payé mon café avant qu’il ne revienne et quitté ces lieux pour mettre fin à cet insipide "dialogue de civilisations". "La tâche la plus difficile n’est pas de changer le monde, mais de changer nous-mêmes" (Mandela).