Ben Ali Baba et les quarante voleurs.

Ce qui est en train de se passer dans les coulisses des palais de Carthage, Sidi Bou Saïd et Hammamet me rappelle une scène du film « Zorba le Grec » : la veuve Hortensia, qui n’a pas d’héritiers, est sur son lit de mort. Avant même qu’elle ne rende l’âme, ses meubles et ses effets personnels commencent à voler par les fenêtres. Comme le dit le proverbe tunisien: « On se partage mon héritage devant mes propres yeux ! ». Les vautours attendent que leur victime soit morte avant d’attaquer la chair. Les humains n’ont pas toujours cette délicatesse.

Peu importe que Ben Ali respire encore, son dépeçage a commencé depuis belle lurette. Avec ces dépêches, provisoirement fausses, d’une mort annoncée on joue déjà aux répétitions. Les quarante voleurs, après leur folle ruée vers l’or, veulent maintenant sécuriser leur butin. L’enjeu c’est la caverne de Ben Ali Baba. Elle ne doit en aucun cas échapper à leur contrôle après la disparition de celui-ci.

Notre pègre manque cruellement d’imagination, c’est pourquoi elle a volé cette idée aux Américains : Ben Ali, comme Bush, aura un vice. On va rafistoler, encore une fois, la constitution pour créer le poste de vice-président. Les « honorables » familles hésitent encore entre deux noms. Ce qui est sûr c’est que le vice tunisien s’appellera Hamed ou Abdelaziz. Ils ont un point commun : ils ont toujours brillé par leur effacement total devant le futur regretté.

Si les familles réussissent leur coup, nous aurons bientôt un président fantoche. Théoriquement ce ne sera qu’une marionnette manipulée par les « hommes de l’ombre ».

Pourtant, les planificateurs de la mafia tunisienne oublient un facteur déterminant en politique : la psychologie des foules. Exactement comme Saddam, Ben Ali a jusqu’ici gouverné par la terreur. La disparition de ce dernier libérera probablement la population de son complexe de la peur et enlèvera toute motivation aux forces de l’ordre. En plus, le scénario risque de se retourner contre ses inventeurs. Que se passerait-il si la marionnette se libère de ses ficelles et joue son propre jeu ?