Un article qui fête ses 70 ans
La Flèche de Paris 26/12/1936
Une grande figure du syndicalisme tunisien
Fils du peuple, M. M’hammed Ali, après des études sérieuses en Allemagne, rentrera en Tunisie pour travailler au relèvment moral et matériel de ses compatriotes. Né dans un milieu prolétaire, toute son énergie, tout son courage le portaient vers cette classe ouvrière qu’il aimait et qu’il voulait défendre. Animé d’une fois ardente, doué d’une éloquence sobre mais persuasive, il acquit de bonne heure une grande notoriété dans le monde ouvrier et devient bientôt le leader du syndicalisme tunisien.
M’ahmmed Ali entreprit d’éduquer, d’organiser la masse des ouvriers livrés à la rapacité de leurs employeurs et mal défendus par le C.G.T. d’alors. Il réussit à les grouper dans une C.G.T. tunisienne (C.G.T.T.). Mais il comptait sans les militants confédérés et même certains socialistes qui, voyant en lui un concurrent, lui créèrent les pires difficultés. De son côté, le gouvernement réalisant le danger qu’il y avait à le laisser poursuivre sa propagande résolut de l’arrêter.
Réunissant contre lui l’uninamité de la colonie française, traqué par la police, pourchassé partout, M’hammed Ali ne tarda pas à être pris.
Après une longue détention, il fut exilé en Egypte. Là il exerça le métier de conducteur de taxi, puis entra au service d’un riche égyptien. Mais, homme d’action, il se lassa vite de cette vie paisible et décida de gagner le Maroc, pour combattre dans les rangs d’Abd El Krim. Il fut arrêté en debarquant à Tanger et traduit devant le tribunal mixte, pour infraction à un arrêté d’expulsion dont il était l’objet, ce qui lui a valu d’être refoulé en Egypte qu’il devait quitter pour l’Arabie où Ibn Saoud lui proposa une importante fonction dans la direction des Postes. Ce syndicaliste dont l’action était toute sa raison d’être, déclina l’offre, préférant garder toute sa liberté, toute son indépendance. Docteur ès sciences économiques de l’Université de Berlin, il donna des cours d’économie politique au collège Al Falah et traduit ce que professait un savant allemand converti à l’Islam, à l’Institut musulman Seoudien. En même temps il était conducteur d’auto-car et faisait le service entre Jeddah et la Mecque. La mort le surprit dans un accident à Oued Fatima au mois de D’hou Al Kâada (hégire).
Jusqu’à ses derniers jours, il ne cessa de penser à ses frères ouvriers tunsiens auxquels prodiguait dans ses lettres conseils et encouragements. La Tunisie a perdu en lui un de ses meilleurs enfants, un de ses leaders les plus aimés. Ses compatriotes n’oublieront jamais sa grande figure de syndicaliste tunsien.
Hédi NOUIRA
[ Article reproduit par Ahmed Khaled dans son livre "Hédi Nouira, Itineraire d’un Intellectuel Militant et Homme d’Etat"; Editions Zakhâref, Tunis, janvier 2006. Pages 77,78.]
