FictionJanuary 25, 2007 1:54 pm


Les prisons invisibles


 

Tunis- (TNA)- Un haut fonctionnaire des Nations Unies est en visite officielle en Tunisie pour étudier une invention tunisienne qui a attiré l’attention du Secrétaire Général des Nations Unies Kofi Annan.

Cette invention est une preuve irréfutable du génie tunisien, qui a fait ses preuves dans plusieurs domaines.

En quoi consiste cette invention unique au monde ? C’est d’avoir des prisonniers sans prisons ! Le Ministère de l’Intérieur a testé cette nouvelle méthode sur plusieurs cobayes. Ces cobayes s’appellent : Radhia Nasraoui, Sihem Bensedrine et Moncef Marzouki. Les résultats ont été très concluants.

L’idée est, apparemment, très simple. Elle consiste à enfermer les prisonniers derrière des barreaux invisibles, constitués seulement par des policiers en civil. On n’a plus besoin d’avoir recours à des cellules ni à des établissements pénitentiaires. Le lecteur peut déjà constater l’avantage économique de cette méthode. Le seul coût économique est constitué par le salaire payé aux policiers. « C’est une grande avancée pour la pensée juridique et économique », c’est ce qu’a déclaré le fonctionnaire onusien à son arrivée à Tunis.

 

Prenons le dernier cas testé par le ministère de l’intérieur, celui de M.Moncef Marzouki.

M. Marzouki est gardé par des policiers en civil 24 heures sur 24, mais il peut circuler librement au sein de cette « bulle sécuritaire ». Cette prison est non seulement invisible mais aussi mobile. Le prisonnier peut se balader librement avec sa cellule imaginaire. Rien n’empêche M.Marzouki de passer, par exemple, le lundi à Douz et le mardi à Bizerte. Donc, le côté humaniste de cette méthode n’est plus à démontrer. Même les prisons suédoises ou canadiennes ne peuvent garantir une telle liberté de mouvement.

Les Nations Unies veulent étudier cette méthode carcérale très originale pour deux raisons :

- Son volet humain : Le prisonnier n’est pas enfermé dans une institution pénitentiaire, mais vit chez lui, comme s’il était un homme libre. En plus, il peut se déplacer sans entraves, accompagné bien sûr par ses gardiens. L’autre avantage est la transparence totale. Toutes les organisations de défense des droits humains peuvent constater de visu que le prisonnier n’est ni maltraité ni torturé par ses gardiens, puisque les murs de la prison sont par définition invisibles.

                - Son volet économique : Les pays qui ont un excès de main d’œuvre et une pénurie d’espace peuvent profiter de cette idée très originale. La construction de nouvelles prisons ou l’agrandissement de celles qui existent déjà n’aurait plus de sens.

O.K.

Translations 1:46 pm


Des jeunes libyens font la chasse aux immigrés

Les pogroms contre les Africains noirs ont déjà fait 130 victimes. Les gouvernements de leur pays d’origine adoptent un profil bas.

MADRID - taz En Libye c’est la chasse ouverte aux immigrés africains. Ceux qui échappent à l’expulsion, essayent de s’en tirer par leurs propres moyens. Et pour cause : depuis début septembre les immigrés venus des pays sub-sahariens font l’objet d’attaques racistes. Selon la Fédération Internationale des Ligues des Droits Humains (FIDH) 130 Africains noirs sont morts à la suite de ces actes de violence. " Les autorités libyennes n’ont pris jusqu’ici aucune mesure pour mettre fin a cette violence" d’après le communiqué de cette organisation.


Les derniers expulsés, au nombre de 117, sont camerounais. Depuis lundi ils sont enfermés dans un hangar à l’aéroport de N’djamena, la capitale du Tchad. Comme beaucoup d’autres dans leur cas ils ont tout perdu après les agressions dont ils ont été victimes. "Pour pouvoir partir nous sommes obliges de vendre nos bagages", a déclaré une des victimes à l’agence France- Presse. " Nous étions enfermes dans un camp pendant deux mois", a-il ajoute. Ainsi les immigrés ont-ils dû être protégés contre d’autres agressions. Pas toujours avec succès, d’après Gabriel Edoh, un Nigérian. Début septembre l’armée libyenne l’a emmené dans un camp "pour sa propre sécurité". Peu après le camp a été attaque et mis en feu. Edoh et 2400 autres réfugiés ont été hébergés dans des casernes ; puis il a été expulsé, début octobre, avec au moins 6000 des ses concitoyens.


"Quand la meute attrape un noir, sa mort est presque certaine". C’est dans ces termes qu’Edoh décrit ces débordements de foule, qui ont commencé début septembre dans la ville de Zaouia, située au Nord-Ouest de la Libye. " Nous ne voulons pas de noirs", scandaient les jeunes libyens, alors qu’ils commençaient leur chasse aux africains noirs. Les émeutes se sont vite répandues et ont touche d’autres villes. La chasse aux étrangers a atteint même les banlieues de la capitale Tripoli. La foule reproche aux africains noirs d’avoir transgressé les règles morales islamiques.


Les rapports publiés au Nigeria au Tchad, bases sur les témoignages des rescapés, mettent au jour l’ampleur des massacres. Un immigré a vu de ses propres yeux comment on arrachait les yeux de l’un de ses amis, avant qu’il soit battu à mort. La Libye compte deux millions d’immigrés pour 5,5 millions de Libyens.La plus importante communauté d’immigres, 500 000, vient du Tchad. Les Africains noirs travaillent surtout dans le bâtiment et les immigrées arabes dans la gastronomie et l’agriculture. Le chef d’Etat libyen Muammar el-Gaddafi a invité, pendant les dernières années, "les frères et sœurs africains " déjà venir dans son pays. On n’exigeait plus de visa pour les Africains. Gaddafi n’a cessé d’exhorter les jeunes libyens à épouser des Africaines noires. Mais leur mode de vie différent a engendré un phénomène de rejet chez Libyens. Aucun des pays d’origine des victimes n’a réagi à ces incidents. Le ministre nigérian pour la coopération africaine, Dapo Surami, traite les victimes des pogroms de "prostituées et criminels, qui ont eu des problèmes". On doit attendre, selon lui, "le rapport final" de Tripoli. Dans la capitale nigériane Lagos des milliers d’expulsés ont manifesté contre leur propre gouvernement. La raison de l’attitude hésitante des pays d’origine de ces victimes est claire. Chaque année les pays subsaharien reçoivent des milliards d’argent libyen provenant des recettes pétrolières. Pour la propagande de Gaddafi, il est "l’Etoile de l’Afrique". Il est fort peu probable que ces incidents fassent un jour l’objet d’une enquête. Les lynchages seraient une pure invention des "ennemis de la Libye", pour nuire aux bons rapports qu’elle entretient avec ses voisins. C’est ce qu’a déclaré le ministre des affaires étrangères Abdulrahman Shelgram. "La Libye n’est pas un pays raciste."

REINER WANDLER, tageszeitung, Berlin. Nr. 6300 du 18.11.2000, page 12,

Article rédigé par REINER WANDLER . (traduit de l’allemand par Omar Khayyâm)

Translations 1:42 pm


Tunisie: Aperçu Economique


2002-05-15 15:11 (New York)

 

Tunisie – MISE A JOUR PAR PAYS - Mai 2002

 

PREPARE PAR LA SECTION DES RENSEIGNEMENTS DE L’ECONOMIST

 

APERCU GENERAL: Après un référendum, qui sera probablement tenu fin mai, la constitution va être probablement amendée pour permettre au président Zine al-Abedine Ben Ali de briguer un autre mandat de cinq ans à partir de 2004. Les autorités vont intensifier leur répression des opposants à l’intérieur du pays, mais les Etats-Unis et l’Union européenne fermeront certainement les yeux sur les allégations d’atteinte aux droits de l‘homme dans le but de garder la Tunisie à leur côté dans leur "guerre contre le terrorisme". Le taux de croissance du PIB net, qui sera engendré surtout par l’essor des investissements et des exportations, n’atteindra que 3.8% en 2002 mais devrait remonter à 6% en 2003. Le compte courant de la balance des paiements enregistrera des déficits substantiels.

 

POLITIQUE INTERIEURE: La Tunisie connaîtra la stabilité durant la période que couvre ce rapport, mais ce sera la stabilité d’un Etat policier, qui restreint vigoureusement le pluralisme, la liberté d’expression, les droits humains et l’indépendance de la justice. Le président Zine al-Abedine Ben Ali n’est pas prêt à concéder le moindre pouvoir détenu par lui et son parti au pouvoir, le Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD). Une réforme constitutionnelle, qui permettra à M. Ben Ali de briguer un quatrième mandat quinquennal en 2004 (la constitution actuelle n’autorise que trois mandats ) sera soumise au peuple par voie de referendum, probablement fin mai. Elle sera, certainement, approuvée par une large majorité.

 

M. Ben Ali interprétera ce résultat comme un appel du peuple pour poser sa candidature. L’opposition à cet amendement proviendra de mouvements intérieurs militant pour la démocratie et les droits humains. Cependant, la population dans son ensemble, préoccupée essentiellement par la stabilité politique et la prospérité économique, est résignée à l’amendement proposé, surtout parce que M. Ben Ali a empêché l’émergence d’un autre candidat, que ce soit à l’intérieur ou en dehors du RCD. Les autorités vont profiter des préoccupations actuelles pour la sécurité à travers le monde et le récent attentat contre une synagogue tunisienne par des présumés militants islamistes pour justifier leur répression continue des opposants à l’intérieur du pays. Bien que la Tunisie ne soit pas un Etat-clef dans la "guerre contre le terrorisme", le souhait des pays occidentaux de garder la Tunisie comme alliée affaiblira la pression extérieure pour une réforme politique, particulièrement de la part de la France et d l’Union Européenne.

 

RELATIONS INTERNATIONALES: La Tunisie sera courtisée dans le cour et moyen terme par les pays occidentaux désireux de s’assurer de son soutien dans la "guerre contre le terrorisme". Ce qui signifie que les critiques occidentales du régime tunisien pour son bilan peu glorieux en matière de démocratie et des droits humains seront plus souples. Tout à fait au contraire, ce sera le tour de la Tunisie de critiquer les pays occidentaux, surtout la France et le Royaume Uni, pour avoir donné refuge aux exilés politiques tunisiens condamnés pour "terrorisme" en Tunisie. En tenant compte de tous ces éléments, l’Occident réévaluera  les résultats de M. Ben Ali en matière de maintien de la stabilité en Tunisie et abandonnera ses réserves quant à son désir de briguer un quatrième mandat de président.

L’on s’attend à ce que Les relations avec les Etats Unis se consolident davantage, étayées par des liens économiques et sécuritaires qui ne cessent de croître. Les autorités tunisiennes peuvent s’attendre à une aide technique (et peut-être aussi financière) accrue de la part de l’Administration américaine. Cependant, l’attitude du gouvernement tunisien envers l’Union Européenne devrait rester ambivalente. Il reconnaît l’importance de son accord d’association avec l’UE, apte à stimuler la croissance, moderniser l’industrie et créer des emplois, mais il reste critique envers ce qu’il considère comme une insuffisance de financement de la part de l’UE pour amortir le choc de la libéralisation. La Tunisie va continuer à chercher de conclure des accords d’échange avec un cercle de plus en plus large de pays africains, arabes et asiatiques. La Tunisie va surtout œuvrer pour re-dynamiser l’UMA Union du Maghreb Arabe, le marché commun nord africain moribond pendant les six dernières années. La résurrection de l’UMA a été entravée par le conflit entre l’Algérie et le Maroc. Même si ce conflit est résolu, au moins deux ans seront nécessaires pour réactiver l’UMA.

 

POLITIQUES ECONOMIQUES: Les politiques économiques vont surtout mettre l’accent sur la réduction du taux de chômage et l’augmentation des salaires réels. Pour atteindre ces objectifs, le gouvernement vise à stimuler les investissements (surtout dans le domaine des hautes technologies et dans les zones de développement économique), opérer une réforme du secteur financier, améliorer la compétitivité de l’industrie, des services et de l’agriculture pour leur permettre de surmonter le choc provoqué par la concurrence étrangère. Cependant, le FMI, qui est impressionné par les performances du gouvernement à l’échelle macroéconomique, voudrait assister à une libéralisation accrue des prix du marché intérieur; la proportion des prix dépendants du contrôle de l’Etat est restée inchangée : 19.5% depuis1997. Le FMI voudrait aussi voir le gouvernement réduire le budget alloué à la paie des fonctionnaires de l’Etat, qui avait atteint à peu près 12% du PIB  en 2001. Le FMI pense qu’en confiant certains services publics au secteur privé, la réforme fiscale pourrait être mieux servie. Mais, ayant toujours la stabilité politique présente à l’esprit, le gouvernement n’adoptera sûrement pas des mesures économiques radicales. Tout à fait au contraire, les salaires du secteur public vont continuer leur progression en termes réels, cependant avec un taux plus modéré que durant les dernières années.

 

PEVISIONS MONDIALES : L’économie mondiale est en train de retrouver sa santé plus tôt que prévu. Stimulée par un remarquable regain de vigueur aux USA, la croissance mondiale se situera, selon les prévisions, aux alentours de 3% en 2002, contre 2.3% pour l’année dernière. L’économie mondiale se portera encore mieux en 2003, progressant à un taux 4.2%, et ce taux se maintiendra à moyen terme. Les USA sont probablement la locomotive de cette relance, mais la zone euro, cible d’à peu près 75% des exportations tunisiennes, est elle aussi, en train de récupérer sa vigueur avec des études démontrant un regain de confiance et une lente reprise de la croissance. En 2001 la zone euro dans son ensemble a enregistré un taux de croissance de 1.4%, le taux de l’UE était de1.5%. L’économie allemande, quant à elle, n’a progressé que de 0.6%. Le taux de croissance moyen en 2002 restera faible dans l’ensemble et se situera aux alentours de 1.5% dans zone euro et au sein de l‘EU. Cependant, comme c’est le cas pour d’autres régions du monde, ceci cache une reprise durant l’année en cours. Mais la vitesse de la reprise sera moindre que celle des USA, surtout parce que les politiques économiques ont été moins agressives dans la zone euro. La vitesse de croissance acquise durant la seconde moitié du 2002 permettra une croissance encore plus soutenue en 2003. L ‘on s’attend, pour l’année prochaine, à taux de croissance moyen de 2.7% dans la zone euro et au sein de l’EU.

 

CROISSANCE ECONOMIQUE : Nous avons ramené le taux de croissance réel du PIB prévu pour 2002 de 3.8% au lieu des 4% prévus, à cause de l’attentat survenu mi-avril contre la synagogue de Djerba, perpétré probablement par des islamistes, et qui a causé la mort de 17 personnes, parmi lesquelles 11 Allemand et un Français. Cette attaque a ébranlé l’image délicatement entretenue d’une Tunisie Ile de stabilité au milieu d’une zone de turbulences. Le ministère des affaires étrangères allemand a adressé, après l‘attentat, une mise en garde aux touristes allemands qui se rendent en Tunisie. La diminution du nombre des touristes européens en Tunisie (après la crise due aux attentats du11 septembre) semble inévitable.  Ceci aura des impacts négatifs sur l’emploi et la croissance de la consommation privée. Ainsi nos prévisions pour l’année 2003, basées surtout sur une très probable reprise de la confiance économique et touristique, maintiennent le taux de croissance 6%. Le risque négatif dépend, pour les deux années, du volume de la récolte.

 

INFLATION: Les indices de l’inflation de 2002 sont mitigés. Les prix des produits alimentaires vont augmenter à cause de la troisième année consécutive de sécheresse. Cependant,  les industriels tunisiens vont essayer de maintenir leurs prix bas face à la concurrence des produits importés d’Europe, malgré l’augmentation des coûts due à la détérioration des termes de l’échange. La BCT essaiera de mettre un frein à la croissance monétaire, mais un développement de l’activité économique en 2003 provoquera certainement de poussées inflationnistes. A la lumière de ce qui précède, nous prévoyons un taux d’inflation des prix à la consommation de 2.5% en 2002 et de 2.8% en 2003.

 

TAUX DE CHANGE: La politique des taux de change a généralement été pragmatique, avec une dépréciation réelle et effective du dinar contre le dollar et l’euro en 2001. (Ceci a allégé un peu la pression sur le compte courant de la balance des paiements, mais le déficit continuait à progresser– un fait qui renforce la croyance que la flexibilité du aux de change rate ne peut remplacer la discipline fiscale ni une politique monétaire plus rigoureuse.) Après les dévaluations des monnaies égyptiennes et marocaines en 2001, cette politique semble être maintenue durant la période prévisionnelle, malgré la reprisse attendue de l’euro face au dollar. L’on s’attend à ce que le dinar baisse pour atteindre un moyenne de TD1.55:US$1 en 2002 et de TD1.61:US$1 en 2003. Le FMI voudrait voir un régime de taux de change totalement flottant en bonne et due forme, mais il pense que, parmi d’autres mesures, les réserves en devises de la Banque Centrale devraient être augmentées au maximum.

 

SECTEUR EXTERIEUR: Le déficit du compte courant de la balance des paiements en Tunisie a atteint 4.8% du PNB en 2001, suite à une forte augmentation des dépenses d’importation. L’importance du déficit signifie que nous nous attendons à ce que le gouvernement (sous la pression du FMI) commence à mettre des freins à l’importation. Ceci maintiendra le taux de croissance des importations à 1% en termes de devise locale et verra les dépenses d’importation diminuer à 8.5 milliards de dollars US. L’on s’attend à ce que le gouvernement relâche plus ou moins son contrôle en 2003, mais vu que le dinar continue à perdre de sa valeur, l’augmentation des importations en dollars US sera moins visible que ce celles en dinars. L’on s’attend à ce que les importations atteignent 8.8 milliards de dollars US.

 

SOURCE: Country outlook

-0- May/15/2002 19:11 GMT

 

(traduit de l’anglais par Omar Khayyâm)

Translations 1:40 pm


Un moineau décapité en guise de bonjour


La journaliste Sihem Ben Sedrine s’attire les foudres du régime tunisien à cause de son webzine indépendant.


Par Thomas Schmid

Il y a plusieurs manières d’intimider quelqu’un: envoyer une escouade d’’« hommes de main », sectionner le câble des freins, ou encore accrocher le chien domestique à la croisée de fenêtre. Sihem Ben Sedrine, rédactrice en chef du magazine en ligne Kalima, a connu tout cela. Et encore plus. La police politique n’a jamais manqué d’imagination.

La méthode la plus basse utilisée contre cette journaliste, âgée de 52 ans, est peut-être l’histoire du porno. Elle a reçu par la poste une épaisse enveloppe. En l’ouvrant, elle découvrit un album d’une douzaine de photos, qui montraient un couple en train de copuler sur la plage. Le visage de la femme est certes brouillé, mais les légendes des photos étaient claires : "Sihem la pute." Des enveloppes identiques à celle-ci ont été envoyées à tous les journalistes, les avocats et aux organisations nationales. Omar Mestiri, le mari de la journaliste, trouva l’ignominieux album, accompagné d’un moineau décapité, sous l’essuie-glace de sa voiture. L’album circulait même au sein de la classe de son plus jeune fils.

"On voulait détruire ma réputation", dit Sihem Ben Sedrine, qui séjourne à Hambourg depuis le 10 juillet, "je n’avais aucun moyen pour me défendre contre ces méthodes." La journaliste a acquis sa réputation surtout par son engagement, audacieux et sans concessions, contre la répression et la torture. Déjà au début des années 90, elle fonda la Ligue tunisienne des droits de l’Homme [information erronée, note du traducteur]. En 1987 le Premier ministre Ben Ali a déclaré le président Bourguiba, qui avait dirigé le pays pendant 30 ans, psychiquement malade et incapable d’assumer ses fonctions et a assuré sa succession. Peu après "coup d’Etat médical", il rangea au placard l’opposition démocratique, qui espérait encore "un vent de printemps". La presse, qui était relativement libre pendant les dernières années du règne de Bourguiba, a été tenue en laisse.

Ben Ali est aujourd’hui encore au pouvoir, et alors que dans l’instable Algérie, et même au Maroc depuis dans, les journaux critiquent le gouvernement et peuvent discuter de l’islam, les journaux tunisiens s’apparentent plutôt à la Pravda de Brejnev et au Neues Detuschland de Honecker.

"Ben Ali a la mentalité et les horizons d’un commissaire de police", estime Sihem Ben Sedrine, "Nous avons proportionnellement six fois plus de policiers en Tunisie qu’en France." Il y avait des atteintes aux droits humains même sous Bourguiba, dit-elle, "mais c’est Ben Ali qui a introduit la responsabilité de toute la famille pour les faits reprochés à l’un de ses membres." Sa sœur a été condamnée à deux ans de prison avec sursis pour fuite au volant, bien qu’il ait été établi qu’elle se trouvait à l’heure du "crime" à l’hôpital, où elle travaillait comme cardiologue. Ses trois enfants sont, depuis des années, l’objet des harcèlements et des menaces de la police politique. Son mari, un agriculteur, a été trois fois victime de vol de voiture. Comme la police refusait d’enregistrer la plainte pour vol, la compagnie d’assurances ne pouvait pas le dédommager. Cependant, ceci ne l’a pas empêché de devenir secrétaire général du " Conseil National pour les Libertés en Tunisie".
Lorsque Sihem Ben Sedrine fonda en octobre 1999 une maison d’édition - "je devais trouver un moyen pour vivre" -, à peine trois mois après ses bureaux ont été saccagés deux fois. Les banques, suivant les ordres venus d’en haut, lui refusèrent tout crédit, et en mars 2000 la maison d’édition a été fermée par la police.
Pourtant, la journaliste ne se laissa pas intimider. Lorsque Ben Ali, quelques mois après sa réélection pour un troisième mandat avec un taux de 99,84%, déclara publiquement que les journaux tunisiens étaient de mauvaise qualité à cause de l’autocensure, elle s’engagea auprès ministre de l’intérieur de fonder n journal sans autocensure.
N’ayant reçu, comme prévu, aucune autorisation à publier, elle se réfugia dans Internet. En décembre 2000, est apparu le premier numéro de son magazine en ligne Kalima (www.kalimatunisie.com). Il était prévu qu’il paraît chaque mois. Mais deux des cinq journalistes quittèrent précipitamment la rédaction- apparemment sous la pression du régime -. Normalement, il faut attendre maintenant deux mois pour que le nouveau numéro soit mis en ligne à l’étranger. Evidemment, le régime bloqua sans délais l’adresse électronique du site. Mais grâce à des adresses proxy ("mirror sites"), le journal interdit connaît 40 000 connections par mois à partir de la Tunisie.
Kalima, qui signifie "mot", ne mâche pas ses mots. "Nous avons bien sûr peur qu’un jour nous ne soyons plus capables de nourrir nos enfants et de leur offrir un toit,", a écrit Sihem Ben Sedrine au ministre de l’intérieur en décembre 1999, "mais nous sommes encore plus terrorisés par l’idée de léguer une Tunisie en ruines, où nous nous ferions complices du crime par notre silence."

Pendant six ans, on a interdit à la journaliste, surveillée 24 heures sur 24 par la police, de quitter le pays. Son passeport ne lui fut restitué qu’en 2000. En juin 2001, elle voyagea à Londres, pour participer à l’émission "Le Grand Maghreb", diffusée par Al-Mustaquilla, une chaîne télé arabe indépendante. Elle n’a pas hésité à dénoncer une affaire de trafic douanier, dans laquelle était impliqué en premier lieu le beau-frère du président, et de montrer des photos de Tunisiens torturés.

En regagnant son pays, elle a été arrêtée dès sa descente d’avion à l’aéroport de Tunis. Mais cette fois le régime a fait de mauvais calculs. 250 avocats se sont constitués pour la défendre. Devant la prison, des manifestants réclamaient chaque jour sa libération, sa photo décorait les pare-brise des voitures des protestataires. le régime a finalement cédé. Six semaines après son arrestation, la journaliste a été libérée, mais elle a été attaquée par des hommes masqués le jour-même. C’était au mois d’août de l’année passée.

Sihem Ben Sedrine est arrivée en Allemagne le 10 juillet. La Fondation de Hambourg pour les persécutés politiques lui a accordée une bourse d’un an. Non, je ne suis pas en exil, dit-elle. Elle dit qu’elle a seulement besoin d’une pause, d’un peu de repos, de faire le plein d’énergie. Elle poursuit: "Sans mes enfants et mon mari, sans la solidarité de ma famille, je n’aurais pas pu résister à toutes ces épreuves."

Lorsqu’elle a voulu appeler son mari de Hambourg pour lui dire que, malgré les intempéries, l’avion a atterri sans problèmes, de l’autre bout du fil lui parvenait le signal indiquant que la ligne était occupée. Sa ligne téléphonique à Tunis a été, encore une fois coupée.

 


SOURCE : FRANKFUTER RUNDSCHAU, 07.08.2002

(traduit de l’allemand par Omar Khayyâm)

Translations 1:38 pm

Le ramadan est fini, mais la chasse aux dissidents reste toujours ouverte

 


Un an à l’étranger, en conséquence sans surveillance policière. Voici les raisons qui ont poussé la journaliste tunisienne Sihem Bensedrine à s’exiler de son pays.

Jeudi dernier le ramadan toucha à sa fin à Hambourg aussi. Cette fin du mois du jeûne est célébrée par tous les musulmans. Sihem Bensedrine n’est pas d’humeur pour se joindre à la fête. Certes, elle vient de Tunisie, mais son pays est entre les mains de Ben Ali. Le président tunisien a installé une dictature dans le pays, dit-elle en se redressant. Il n’y aucune liberté de presse et la critique du régime est interdite, continue-t-elle. Sihem Bensedrine est journaliste. L’appartement où elle est installée à Hambourg n’est pas le sien et le ciel qu’elle contemple n’est pas son ciel natal.

Sihem Bensedrine a été arrêtée en Tunisie le 26 juin 2001 pour soi-disant diffamation de son pays à l’étranger. Elle fut libérée au mois d’août de la même année suite à la campagne de protestations organisée dans son propre pays. Elle fut agressée et gravement blessée par des hommes masqués. La procédure judiciaire engagée contre elle est encore ouverte. Elle risque une peine de six à sept ans de prison. Le 10 juillet 2002 elle prit la décision de quitter provisoirement son pays, qui bien que „politiquement malade", reste un paradis ensoleillé pour les touristes. Elle a accepté une invitation émanant de la „Fondation Hambourgeoise pour les Persécutés Politiques". Sihem Bensedrine sera pendant une année l’hôte de cette fondation, loin de la constante surveillance policière dont elle était victime. Cette journaliste a 52 ans. Elle est aimable, calme, tendre mais déterminée.

La Fondation Hambourgeoise pour les Persécutés Politiques est unique en son genre en Allemagne. Elle fut fondée en 1986 par Klaus von Dohnanyi. Plus de quarante persécutés politiques, provenant d’Algérie, du Burundi, du Nigeria, de la Corée du Sud, de Turquie, de Colombie et d’autres pays, furent accueillis à Hambourg par cette fondation. La durée du séjour est toujours un an. La Fondation assure les moyens de subsistance de ses hôtes, leur procure un logement et soutient leurs activités politiques. Elle a un seul objectif: Protéger les personnes persécutées politiquement pour rendre hommage aux victimes politiques du nazisme et garder vivant le souvenir leurs souffrances. La fondation est soutenue par la ville de Hambourg, mais financée par des dons privés.

Le 1 décembre Sihem Bensedrine a reçu le prix Johann Philipp Palm pour son courageux travail de journaliste et pour son engagement pour la liberté d’opinion et de presse en Tunisie. Le prix a été fondé par un couple de pharmaciens de Schwaben et décerné pour la première cette année. Sihem Bensedrine dit qu’elle vit en Allemagne, mais pas en exil. Elle travaille à Hambourg, établit des contacts et essaye d’expliquer le contexte politique et la situation des droits humains dans son pays. Elle s’entretiendra avec le ministre allemand des affaires étrangères Joschka Fischer. Une connaissance commune a arrangé la rencontre : Daniel Cohn-Bendit.

 

Sihem Bensedrine grandit à Tunis au sein d’une famille nombreuse et fait ses études dans une école mixte. Elle constate qu’à l’école les garçons ne sont pas plus braves que les filles. Cette constatation contredit totalement ses expériences de la vie quotidienne où les femmes sont généralement reléguées au second plan par les hommes. Elle conclut alors que l’école doit servir d’exemple pour la vie de tous les jours. Mais son père n’adhère pas au point de vue libertaire de sa fille. Il veut protéger sa fille de tout soupçon d’atteinte à l’honneur familial et l’autorise d’emprunter uniquement le chemin le plus court qui relie sa maison à l’école. Il lui concède le droit d’étudier à l’université, mais pas en Tunisie. Elle prend le chemin de Toulouse et laisse derrière elle un père qui accepte ce départ à contre-cœur. Sihem sourit en évoquant cette histoire.

 

En débarquent à Toulouse en 1970, elle découvre un activisme politique de gauche très vigoureux et rencontre des personnes venues des quatre coins de la planète. Elle poursuit des cours de philosophie, dispensés par Gerard Granel et Gilles Deleuze et se rallie au mouvement ouvrier de gauche. Elle fonde avec d’autres étudiants tunisiens un mouvement qui porte le nom de "Parti des Progressistes Tunisiens". Elle dit qu’elle avait à l’époque milité contre le régime autocratique du président Habib Bourguiba et contre l’impérialisme. Sihem serre les poings par un réflexe de mémoire: Rosa Luxemburg était son modèle jadis. Entre-temps, elle a cessé de croire à la révolution prolétaire programmée. On ne peut conduire les gens au paradis par la force, dit-elle. Ses deux poings se desserrent par un réflexe de retour à la réalité. Elle dit que ses modèles d’aujourd’hui sont les dissidents de l’ère soviétique, comme Soljenitsyne et Sakharov.

 

Elle réalise, après coup, que son travail au sein de ce mouvement avait été la meilleure école pour un militantisme incisif et critique qui s’attaque aux maux de son époque. En rentrant en Tunisie en 1979, Sihem Bensedrine est immédiatement arrêtée. Les autorités la libèrent après deux jours de détention. Elle dit que le régime était à l’époque tellement occupé par le conflit avec les syndicats qu’il n’avait pas le temps de s’occuper de son cas. Elle décide de devenir journaliste et participe à la rédaction du journal "Le Phare". Elle est de nouveau incarcérée. Elle est emprisonnée à cause d’un reportage sur les manifestations des écoliers. Elle est libérée de nouveau, car elle est enceinte. Elle est emprisonnée pour l’énième fois et reste sous les verrous pendant trois semaines à cause d’un article sur une manifestation féminine contre un bombardement israélien.

 

Elle dit que sous Bourguiba, qui présida aux destinées de la Tunisie jusqu’en 1987, il y avait une opposition dont la contestation était prise au sérieux par le régime. Sous Ben Ali, les opposants sont traités comme des criminels. Il y une chose que Sihem ne cesse dire et sur laquelle elle insiste: En Tunisie sévit un régime de terreur continue et déguisée. Elle en a fait la dure expérience dans sa propre chair. Elle dit qu’elle fut acculée au chômage dans son pays. La maison d’édition qu’elle avait fondée pour servir de moyen de subsistance a été fermée et les imprimeurs ont reçu des consignes pour refuser toute commande de sa part. Son mari n’a plus de travail et sa famille subit constamment les représailles du régime.

 

Il y a six ans, l’intelligentsia tunisienne avait commencé à se rencontrer de façon informelle. Elle comptait dans ses rangs des juges, des enseignants, des médecins etc. Ils ont fondé en 1998 le Conseil National pour les Libertés en Tunisie (CNLT), dont la porte-parole est aujourd’hui Sihem Bensedrine. Le ministère de l’intérieur en avait été informé par écrit, mais le Conseil fut tout de suite frappé d’interdiction. Le cercle des dissidents n’a cessé, depuis, de s’élargir: le CNLT, qui comptait 35 membres au début, en compte 65 aujourd’hui. Le CNLT voudrait être un exemple à suivre et un moyen d’encourager les Tunisiens à se dresser contre la dictature. Enfin, Sihem Bensedrine voudrait rappeler aux lecteurs le cas du jeune Zouhayer Yahyaoui, qui a été condamné cette année à deux ans de prison, pour avoir crée sur Internet le forum "Tunezine", un site crtique à l’égard du régime tunisien. Le magazine électronique Kalima, dont Sihem Bensedrine assure la rédaction en chef à Hambourg, peut être consulté à l’adresse suivante: kalimatunisie.com


 

EBERHARD RATHGEB


 


Frankfurter Allgemeine Zeitung, 11.12.2002, No. 288 / page 38


(traduit de l’allemand par Omar Khayyâm)


 

http://www.faz.net/IN/Intemplates/faznet/default.asp?tpl=faz/content.asp&rub={2D82590A-A70E-4F9C-BABB-B2161EE25365}&doc={789A98F9-64ED-4411-87C3-B78E7DB094DD}