Tunisie: Aperçu Economique


2002-05-15 15:11 (New York)

 

Tunisie – MISE A JOUR PAR PAYS - Mai 2002

 

PREPARE PAR LA SECTION DES RENSEIGNEMENTS DE L’ECONOMIST

 

APERCU GENERAL: Après un référendum, qui sera probablement tenu fin mai, la constitution va être probablement amendée pour permettre au président Zine al-Abedine Ben Ali de briguer un autre mandat de cinq ans à partir de 2004. Les autorités vont intensifier leur répression des opposants à l’intérieur du pays, mais les Etats-Unis et l’Union européenne fermeront certainement les yeux sur les allégations d’atteinte aux droits de l‘homme dans le but de garder la Tunisie à leur côté dans leur "guerre contre le terrorisme". Le taux de croissance du PIB net, qui sera engendré surtout par l’essor des investissements et des exportations, n’atteindra que 3.8% en 2002 mais devrait remonter à 6% en 2003. Le compte courant de la balance des paiements enregistrera des déficits substantiels.

 

POLITIQUE INTERIEURE: La Tunisie connaîtra la stabilité durant la période que couvre ce rapport, mais ce sera la stabilité d’un Etat policier, qui restreint vigoureusement le pluralisme, la liberté d’expression, les droits humains et l’indépendance de la justice. Le président Zine al-Abedine Ben Ali n’est pas prêt à concéder le moindre pouvoir détenu par lui et son parti au pouvoir, le Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD). Une réforme constitutionnelle, qui permettra à M. Ben Ali de briguer un quatrième mandat quinquennal en 2004 (la constitution actuelle n’autorise que trois mandats ) sera soumise au peuple par voie de referendum, probablement fin mai. Elle sera, certainement, approuvée par une large majorité.

 

M. Ben Ali interprétera ce résultat comme un appel du peuple pour poser sa candidature. L’opposition à cet amendement proviendra de mouvements intérieurs militant pour la démocratie et les droits humains. Cependant, la population dans son ensemble, préoccupée essentiellement par la stabilité politique et la prospérité économique, est résignée à l’amendement proposé, surtout parce que M. Ben Ali a empêché l’émergence d’un autre candidat, que ce soit à l’intérieur ou en dehors du RCD. Les autorités vont profiter des préoccupations actuelles pour la sécurité à travers le monde et le récent attentat contre une synagogue tunisienne par des présumés militants islamistes pour justifier leur répression continue des opposants à l’intérieur du pays. Bien que la Tunisie ne soit pas un Etat-clef dans la "guerre contre le terrorisme", le souhait des pays occidentaux de garder la Tunisie comme alliée affaiblira la pression extérieure pour une réforme politique, particulièrement de la part de la France et d l’Union Européenne.

 

RELATIONS INTERNATIONALES: La Tunisie sera courtisée dans le cour et moyen terme par les pays occidentaux désireux de s’assurer de son soutien dans la "guerre contre le terrorisme". Ce qui signifie que les critiques occidentales du régime tunisien pour son bilan peu glorieux en matière de démocratie et des droits humains seront plus souples. Tout à fait au contraire, ce sera le tour de la Tunisie de critiquer les pays occidentaux, surtout la France et le Royaume Uni, pour avoir donné refuge aux exilés politiques tunisiens condamnés pour "terrorisme" en Tunisie. En tenant compte de tous ces éléments, l’Occident réévaluera  les résultats de M. Ben Ali en matière de maintien de la stabilité en Tunisie et abandonnera ses réserves quant à son désir de briguer un quatrième mandat de président.

L’on s’attend à ce que Les relations avec les Etats Unis se consolident davantage, étayées par des liens économiques et sécuritaires qui ne cessent de croître. Les autorités tunisiennes peuvent s’attendre à une aide technique (et peut-être aussi financière) accrue de la part de l’Administration américaine. Cependant, l’attitude du gouvernement tunisien envers l’Union Européenne devrait rester ambivalente. Il reconnaît l’importance de son accord d’association avec l’UE, apte à stimuler la croissance, moderniser l’industrie et créer des emplois, mais il reste critique envers ce qu’il considère comme une insuffisance de financement de la part de l’UE pour amortir le choc de la libéralisation. La Tunisie va continuer à chercher de conclure des accords d’échange avec un cercle de plus en plus large de pays africains, arabes et asiatiques. La Tunisie va surtout œuvrer pour re-dynamiser l’UMA Union du Maghreb Arabe, le marché commun nord africain moribond pendant les six dernières années. La résurrection de l’UMA a été entravée par le conflit entre l’Algérie et le Maroc. Même si ce conflit est résolu, au moins deux ans seront nécessaires pour réactiver l’UMA.

 

POLITIQUES ECONOMIQUES: Les politiques économiques vont surtout mettre l’accent sur la réduction du taux de chômage et l’augmentation des salaires réels. Pour atteindre ces objectifs, le gouvernement vise à stimuler les investissements (surtout dans le domaine des hautes technologies et dans les zones de développement économique), opérer une réforme du secteur financier, améliorer la compétitivité de l’industrie, des services et de l’agriculture pour leur permettre de surmonter le choc provoqué par la concurrence étrangère. Cependant, le FMI, qui est impressionné par les performances du gouvernement à l’échelle macroéconomique, voudrait assister à une libéralisation accrue des prix du marché intérieur; la proportion des prix dépendants du contrôle de l’Etat est restée inchangée : 19.5% depuis1997. Le FMI voudrait aussi voir le gouvernement réduire le budget alloué à la paie des fonctionnaires de l’Etat, qui avait atteint à peu près 12% du PIB  en 2001. Le FMI pense qu’en confiant certains services publics au secteur privé, la réforme fiscale pourrait être mieux servie. Mais, ayant toujours la stabilité politique présente à l’esprit, le gouvernement n’adoptera sûrement pas des mesures économiques radicales. Tout à fait au contraire, les salaires du secteur public vont continuer leur progression en termes réels, cependant avec un taux plus modéré que durant les dernières années.

 

PEVISIONS MONDIALES : L’économie mondiale est en train de retrouver sa santé plus tôt que prévu. Stimulée par un remarquable regain de vigueur aux USA, la croissance mondiale se situera, selon les prévisions, aux alentours de 3% en 2002, contre 2.3% pour l’année dernière. L’économie mondiale se portera encore mieux en 2003, progressant à un taux 4.2%, et ce taux se maintiendra à moyen terme. Les USA sont probablement la locomotive de cette relance, mais la zone euro, cible d’à peu près 75% des exportations tunisiennes, est elle aussi, en train de récupérer sa vigueur avec des études démontrant un regain de confiance et une lente reprise de la croissance. En 2001 la zone euro dans son ensemble a enregistré un taux de croissance de 1.4%, le taux de l’UE était de1.5%. L’économie allemande, quant à elle, n’a progressé que de 0.6%. Le taux de croissance moyen en 2002 restera faible dans l’ensemble et se situera aux alentours de 1.5% dans zone euro et au sein de l‘EU. Cependant, comme c’est le cas pour d’autres régions du monde, ceci cache une reprise durant l’année en cours. Mais la vitesse de la reprise sera moindre que celle des USA, surtout parce que les politiques économiques ont été moins agressives dans la zone euro. La vitesse de croissance acquise durant la seconde moitié du 2002 permettra une croissance encore plus soutenue en 2003. L ‘on s’attend, pour l’année prochaine, à taux de croissance moyen de 2.7% dans la zone euro et au sein de l’EU.

 

CROISSANCE ECONOMIQUE : Nous avons ramené le taux de croissance réel du PIB prévu pour 2002 de 3.8% au lieu des 4% prévus, à cause de l’attentat survenu mi-avril contre la synagogue de Djerba, perpétré probablement par des islamistes, et qui a causé la mort de 17 personnes, parmi lesquelles 11 Allemand et un Français. Cette attaque a ébranlé l’image délicatement entretenue d’une Tunisie Ile de stabilité au milieu d’une zone de turbulences. Le ministère des affaires étrangères allemand a adressé, après l‘attentat, une mise en garde aux touristes allemands qui se rendent en Tunisie. La diminution du nombre des touristes européens en Tunisie (après la crise due aux attentats du11 septembre) semble inévitable.  Ceci aura des impacts négatifs sur l’emploi et la croissance de la consommation privée. Ainsi nos prévisions pour l’année 2003, basées surtout sur une très probable reprise de la confiance économique et touristique, maintiennent le taux de croissance 6%. Le risque négatif dépend, pour les deux années, du volume de la récolte.

 

INFLATION: Les indices de l’inflation de 2002 sont mitigés. Les prix des produits alimentaires vont augmenter à cause de la troisième année consécutive de sécheresse. Cependant,  les industriels tunisiens vont essayer de maintenir leurs prix bas face à la concurrence des produits importés d’Europe, malgré l’augmentation des coûts due à la détérioration des termes de l’échange. La BCT essaiera de mettre un frein à la croissance monétaire, mais un développement de l’activité économique en 2003 provoquera certainement de poussées inflationnistes. A la lumière de ce qui précède, nous prévoyons un taux d’inflation des prix à la consommation de 2.5% en 2002 et de 2.8% en 2003.

 

TAUX DE CHANGE: La politique des taux de change a généralement été pragmatique, avec une dépréciation réelle et effective du dinar contre le dollar et l’euro en 2001. (Ceci a allégé un peu la pression sur le compte courant de la balance des paiements, mais le déficit continuait à progresser– un fait qui renforce la croyance que la flexibilité du aux de change rate ne peut remplacer la discipline fiscale ni une politique monétaire plus rigoureuse.) Après les dévaluations des monnaies égyptiennes et marocaines en 2001, cette politique semble être maintenue durant la période prévisionnelle, malgré la reprisse attendue de l’euro face au dollar. L’on s’attend à ce que le dinar baisse pour atteindre un moyenne de TD1.55:US$1 en 2002 et de TD1.61:US$1 en 2003. Le FMI voudrait voir un régime de taux de change totalement flottant en bonne et due forme, mais il pense que, parmi d’autres mesures, les réserves en devises de la Banque Centrale devraient être augmentées au maximum.

 

SECTEUR EXTERIEUR: Le déficit du compte courant de la balance des paiements en Tunisie a atteint 4.8% du PNB en 2001, suite à une forte augmentation des dépenses d’importation. L’importance du déficit signifie que nous nous attendons à ce que le gouvernement (sous la pression du FMI) commence à mettre des freins à l’importation. Ceci maintiendra le taux de croissance des importations à 1% en termes de devise locale et verra les dépenses d’importation diminuer à 8.5 milliards de dollars US. L’on s’attend à ce que le gouvernement relâche plus ou moins son contrôle en 2003, mais vu que le dinar continue à perdre de sa valeur, l’augmentation des importations en dollars US sera moins visible que ce celles en dinars. L’on s’attend à ce que les importations atteignent 8.8 milliards de dollars US.

 

SOURCE: Country outlook

-0- May/15/2002 19:11 GMT

 

(traduit de l’anglais par Omar Khayyâm)