Les axiomes d’une dictature primaire
L’équation Abdeljawad-Charfi ou les axiomes d’une dictature primaire
La dictature tunisienne, une suite infinie d’intimidations, d’injustices, d’humiliations et d’exactions, a-t-elle une limite ? Notre dictature « scientifique » touche-t-elle maintenant la tangente de l’absurde ? Après un intervalle de dix ans, le pouvoir vient de démontrer qu’il y a une forte corrélation entre les points A (Abdeljawad) et C (Charfi). Notre justice, une justice à géométrie variable, va essayer de voir clair dans ce nuage de points et de jouer le rôle de médiane. Sa décision ne sera pas, en tout cas, une variable aléatoire.
L’équation Jounaidi Abdeljawad-Charfi est heureusement facile à résoudre. On peut considérer le procès comme une fonction dérivée de ce que le régime considère comme une « dérive » du parti Ettajdid. Ce parti a pris, au cours de la farce du 26 mai, une position jugée « limite » par le pouvoir. Le parti ex-communiste s’éloigne de plus en plus de la ligne tracée par Carthage. Le point de rupture est déjà atteint. Les droites du RCD et d’Ettajdid sont désormais deux parallèles d’un plan euclidien : elles ne se rencontreront jamais.
Tout dictateur est un bon calculateur
Le côté le plus tragique de toute dictature est son arithmétique sanglante : morts sous la torture, liquidés, « disparus », emprisonnés, handicapés suite à la torture et aux mauvais traitements etc. Les idéologies des dictatures sont irrationnelles, mais les méthodes employées n’ont rien d’irrationnel. Hitler, qui haïssait les Juifs de façon irrationnelle, les a liquidés de façon très rationnelle. Pol Pot a liquidé de façon on ne peut plus rationnelle les « intellos » cambodgiens.
La dictature tunisienne n’échappe pas à la règle. Tout y est calculé. C’est même bien calculé cette fois : un seul procès, deux cibles dans la ligne de mire. On veut punir à la fois l’ex-ministre rebelle et le mathématicien qui ose fourrer le nez dans des équations politiques qui le dépassent.
Tout le monde sait que la bourse accordée à M. Abdeljawad en 1992 est infinitésimale par rapport aux centaines de milliers de dinars accordés généreusement aux plumitifs à la solde de la dictature et aux médias « amis » en France et ailleurs, mais qui ose mettre les pieds dans le jardin financier secret du bey ?
Et que dire de ces voyages en Europe aux frais de la princesse Tunisie pour expliquer aux cons-citoyens émigrés une république sans lendemain ? Et ces palais qui poussent partout comme des champignons ? Et cette pléthorique armée cravatée (parfois cagoulée) qui veille à la conservation de la momie de Carthage, combien coûte-t-elle aux cons-tribuables ? Et ces deux journaux momifiés sans lecteurs, publiés dans une langue morte incompréhensible au grand public, ne sont-ils pas une preuve au quotidien de l’irrationnel économique de notre dictature ?
Les axiomes de la dictature
Les lois qui régissent les dictatures peuvent-elles faire l’objet d’une étude scientifique ? Y-a-t-il un modèle universel qui pourrait décrire la naissance, le développement et le déclin d’une dictature, indépendamment des facteurs spatio-temporels ? Y-a-t-il des points communs entre une dictature religieuse, comme celle de l’Arabie Saoudite ou de l’Iran, et une dictature laïque, comme celle pratiquée par Saddam Hussein, Bachar el Assad, Kadhafi ou Ben Ali ? Malgré les différences idéologiques entre les systèmes religieux et laïcs, leur mode de fonctionnement reste le même. Elles sont toutes basées sur des axiomes indémontrables par définition. Voici les sept axiomes de la dictature :
Axiome numéro un : Le dictateur ne se trompe jamais et de ce fait il est incritiquable.
Axiome numéro deux : Les conseillers et les ministres du dictateur sont eux aussi incritiquables.
Axiome numéro trois : La famille du dictateur, prise dans son sens le plus large, jouit d’une immunité totale et absolue. Seul le dictateur lui-même est habilité à enlever cette immunité.
Axiome numéro quatre : La police politique est au-dessus de la loi.
Axiome numéro cinq : La vérité officielle est la seule vérité vraiment véridique.
Axiome numéro six : La fortune du dictateur et de sa famille est un secret d’Etat.
Axiome numéro sept : « Maladie », « mort » et « démission » sont des mots tabous lorsqu’on parle du dictateur.
Un espace benalien à courbure infinie
Tout le monde s’accorde pour dire que M. Abdeljawad a développé des théorèmes qui violent l’axiome numéro un du système dictatorial. Sa démarche mathématique est en contradiction flagrante avec les postulats zabatistes. Notre brillant mathématicien a oublié qu’il n’existe qu’un seul espace autorisé, l’espace benalien à courbure infinie. Pour naviguer dans les eaux troubles des mathématiques tunisiennes, oubliez Leibniz, Gauss, Hilbert et Gödel. Peu importe que vous soyez algébriste, analyste ou probabiliste, la vraie question est : êtes-vous oui ou non zabatiste ?
Comment un universitaire de talent comme M. Abdeljawad peut-il adhérer à ce petit sous-ensemble nommé Ettajdid et ignorer la loi des grands nombres du RCD? M. Abdeljawad est-il un fervent adepte de la théorie du chaos ?
Heureusement pour lui, chaque dictature possède ses propres lois de décomposition interne. A-t-il besoin d’une démonstration ? Ce n’est pas moi qui ferai cette démonstration. Un honorable juge expliquera à M. Abdljawad que la fonction dictatoriale a déjà atteint son maximum et que le point des abysses n’est pas loin.
Omar Khayyâm

L’Amérique latine est là pour nous donner des leçons !
Comment by zeitgeist — February 3, 2007 @ 9:47 pm