UncategorizedFebruary 10, 2007 4:19 pm

Ils "tirent" d’abord et discutent ensuite…

On raconte que Fadhel Abbas El Mahdaoui, procureur de la première république irakienne sous Abdel Karim Kassem, excédé un jour de ne pouvoir condamner dans la même journée la fournée de "comploteurs" qu’on lui a pourvoyée, et voulant rentrer chez lui, a tout simplement ordonné de pendre tout de suite ceux qui n’ont pas encore été jugés et de reporter leur jugement au lendemain. Le dernier incident que j’ai vécu n’est évidemment pas à la mesure de cette horreur, mais il y a tout de même une similitude d’approche : On arrête d’abord, puis on cherche une raison.
Je ne crois pas me tromper en disant que les émissions d’Elhiwar Ettounsi ne plaisent pas à la plupart de ceux qui nous gouvernent. J’ai même été averti dès mon arrivée que certains de ceux-ci considéraient ma rentrée en Tunisie comme une provocation et voulaient ma peau. J’ai remercié Dieu qu’ils ne soient pas tous à vouloir ma peau, pris certaines précautions et continué mon petit chemin. Mais au cours des deux dernières semaines, les choses se sont un peu précipitées. Le jeune Aymen Rezgui, collaborateur de la chaîne, s’est fait suivre à sa sortie du local du FDTL où il a interviewé Ben Jaafar, suite à l’interdiction du colloque sur la construction maghrébine que son parti comptait organiser en collaboration avec la fondation Frederick Ebert. A sa descente du métro, son "ange gardien" a appelé deux motards à la rescousse et s’est précipité sur lui pour lui confisquer son sac, avec tout son contenu : papiers personnels, travail universitaire et évidemment caméra de reportage. C’était, il faut bien le reconnaître, le premier signe d’hostilité, depuis ma rentrée en Tunisie, au mois de novembre dernier. Mais c’était une hostilité franche puisque son agresseur lui a promis de lui faire voir ce que c’est que le dialogue, à lui qui travaille pour Canal du Dialogue.
Le deuxième incident, celui que j’ai personnellement vécu le mercredi dernier témoigne d’une hostilité encore plus franche, et je vais le relater avec le détachement et l’humour qui conviennent.
Je ne crois pas me tromper de beaucoup en disant que toutes mes lignes téléphoniques sont écoutées. De cette écoute, ceux de la "rive occidentale", comme il me plait de les appeler savaient que j’étais invité chez Ben Brik, encore un en odeur de sainteté en Tunisie et en Tripolitaine. Je ne suis resté qu’une heure chez TBK. Il m’a offert un verre de vin rouge que j’ai apprécié (au fait les vins tunisiens font des progrès remarquables, surtout le vieux Magon rouge et le Selian blanc). En rentrant de Nasr City (selon l’appellation consacrée de TBK) vers Manouba où j’habite, j’ai été arrêté par un contrôle de police sur la fameuse route X. Rien de plus ordinaire, puisque je me suis habitué à une dizaine de contrôles par semaine. Là, l’agent qui m’a contrôlé a appelé sur son mobile de service, comme ils le font tous pour joindre leur base et communiquer l’identité du conducteur et voir si celui-ci ne fait pas l’objet d’une recherche ou d’une interdiction quelconque. Mais là, l’agent revient vers moi après l’appel et me dit que je devais patienter un peu parce que son supérieur lui ordonne des procédures supplémentaires. 15 mn plus tard, c’est un colonel de police qui se présente à moi pour me dire que mes papiers sont en règle mais que le directeur de la sûreté a ordonné aujourd’hui de faire passer un alcotest à tous les conducteurs contrôlés. Je ne m’inquiète pas davantage et je lui réponds que je suis évidemment prêt à passer l’alcotest. Il me répond que je devais patienter un peu parce qu’il n’a pas d’alcotest sur place, mais qu’il en a demandé.
15 mn plus tard, un véhicule de la police de la circulation arrive au point de contrôle avec deux agents à bord et un lot de ballons de test. Ils me font souffler dans un ballon. Le résultat est négatif. Je vois le colonel ennuyé. Il demande à l’agent de presser davantage le ballon. Mais rien à faire. Le test est toujours négatif. Le colonel vient vers moi et me dit, en regardant la pointe de ses chaussures : je suis désolé, mais certains modèles de ballons ne sont pas précis et je vais demander d’autres modèles plus performants.

Encore 15 mn plus tard, un deuxième véhicule arrive au point de contrôle, avec à nouveau deux agents à bord et un autre lot de ballons de test. Je souffle à nouveau dans le second ballon. Le résultat est toujours négatif. Là, le colonel est franchement déçu. Il me dit néanmoins qu’il faut que je laisse mon véhicule sur le bas-côté et que je les accompagne au poste pour un procès-verbal. Je commence à m’inquiéter, mais je ne m’énerve pas (je ne m’énerve jamais d’ailleurs dans de pareilles circonstances, parce que c’est "mortel"). Je demande les raisons d’un procès-verbal avec des papiers en règle et deux alcootests négatifs. Il me répond que c’est la procédure habituelle !
Je me suis dit que vivant en France depuis plus de trente ans, je peux ne pas être au courant des procédures du mon pays. J’obtempère donc et j’embarque dans le véhicule des deux derniers agents qui ont fourni les alcootests performants.
Arrivé au poste de la police d’El Omrane, un agent se met derrière sa machine à écrire, modèle Olivetti 1930, met six papiers pelure et cinq papiers carbone et se met à pianoter sans rien me demander (et qu’y a-t-il à demander d’ailleurs ?). Soudain, l’agent reçoit un téléphone et répond. Il raccroche et me demande si j’ai un téléphone portable sur moi. Je réponds oui. Il me demande de le lui remettre. Je refuse poliment en lui disant qu’à ma connaissance je ne suis accusé de rien et que je n’ai pas à lui remettre quoi que ce soit. Il n’insiste pas. La demande m’a un peu inquiété. Je sors dans la cour et je téléphone à des amis avocats, juste pour demander la procédure locale en cas de soupçon d’alcoolémie au volant. Ils m’indiquent une procédure qui n’a rien à voir avec ce que je subissais et s’inquiètent à leur tour.
Au bout d’une demi heure à trois quarts d’heure, une voiture franchit la grille du poste et un "civil" en descend. Il se dirige directement vers le bureau de l’officier de police et s’isole avec lui pendant un petit quart d’heure. Il ressort, reprend sa voiture et s’en va. L’officier vient vers moi et m’informe que la procédure lui dicte de me soumettre à une analyse de sang dans un hôpital.
J’étais sûr de moi car je n’ai bu qu’un seul verre de vin. J’étais donc relativement serein et je me suis dit que cela va prendre encore une heure et je rentre chez moi. Je n’arrêtais d’ailleurs pas d’appeler ma femme pour lui demander de faire patienter les invités et que je ne vais pas tarder à rentrer. C’est mon optimisme congénital !
Une fois la prise de sang effectué à l’hôpital de Monfleury, j’embarque dans le véhicule des deux agents. J’ai été tout de même étonné qu’ils repartent aussitôt la prise de sang effectué, sans attendre le résultat de l’analyse. Je leur pose la question et ils répondent qu’on va leur communiquer le résultat par téléphone.
En voiture, je jette un œil sur la route et je découvre que l’itinéraire a changé. Cinq minutes plus tard. Je suis devant la maison d’arrêt de Bouchoucha et la porte s’ouvre. J’ai tout compris, mais cela ne m’a pas empêché de me rappeler mon humour habituel et de leur demander tout simplement s’il était habituel en Tunisie d’arrêter un citoyen pour soupçon d’alcoolémie au volant après deux alcootests négatifs et une prise de sang dont on n’attend même pas le résultat. Ils étaient franchement désolés pour moi. Je le voyais à leur regard fuyant. Ils m’ont simplement répondu que le substitut du procureur a délivré un mandat de dépôt contre moi.
Je passe la nuit à Bouchoucha dans des conditions que je décrirai plus tard mais qui ne font honneur ni à notre pays ni au régime, surtout après 50 ans d’indépendance.
Le lendemain matin je suis de nouveau au poste de la circulation d’El Omrane où un vrai procès-verbal devait être établi. Quatre officiers de la police politique circulaient dans les couloirs comme chez "eux", au grand étonnement des agents et sous-officiers de la circulation. Le colonel de la veille était même là. Je me suis dit que si la procédure tunisienne en matière de code de la route exigeait un tel déploiement pour chaque accusation d’alcoolémie au volant, il faudrait probablement tripler les effectifs de la police nationale. A un moment, un des quatre "civils" s’approche de moi, me salue et me demande si ça allait. Je luis réponds qu’à mon avis il devait savoir bien plus que moi sur ma situation. Il quitte le bureau avec le sourire.
Après trois heures d’attente au poste d’El Omrane, je demande à l’officier la suite du programme. Il me répond qu’ils attendent le résultat de l’analyse de sang. A treize heures, un capitaine vient me voir tout heureux et me dit qu’il va lui-même chercher les résultats et que je rentrerai chez moi aussitôt. Mais à treize heures quinze ou vingt, deux agents viennent me chercher et m’informent qu’ils me ramènent à Bouchoucha parce que les audiences du procureur ne se passent que le matin et qu’il va falloir attendre le lendemain. Je regagne la cellule et je m’endors avec la sérénité d’Omar Ibn Al Khabbab.
A quinze heures on me réveille en sursaut. C’est l’équipe du tribunal de Tunis. Quinze minutes plus tard j’étais au bureau du substitut du procureur qui me reçoit pendant quinze secondes et m’annonce que mon alcoolémie étant définitivement négative, je suis libre.

Morale de l’histoire

  1. Un européen dirait : c’est inadmissible, c’est une illégalité caractérisée. Ceux qui ont commis cette atteinte doivent être poursuivis et condamnés.
  2. Un Lybien, un Syrien, ou un Saoudien dirait : vous avez de la chance, votre police cherche encore des semblants de légalité pour vous mettre en prison.
  3. Et moi je dirais (surtout à ceux qui ont commis cette illégalité, et que je ne situe pas très très haut d’ailleurs) : vous avez voulu me faire comprendre que vous pouvez tout faire et que je ne pèse pas lourd devant vos yeux. Je vous répondrai que votre acte était gratuit parce que je le savais d’avance et je suis rentré en Tunisie en parfaite connaissance de cause.

Première bizarrerie

(a) Le directeur de la sûreté ordonne des alcotests mais ne fournit pas de ballons aux patrouilles. (b) C’est un colonel qui vient annoncer la mesure à un citoyen ordinaire.
15 mn plus tard, un véhicule de la police de la circulation arrive au point de contrôle avec deux agents à bord et un lot de ballons de test. Ils me font souffler dans un ballon. Le résultat est négatif. Je vois le colonel ennuyé. Il demande à l’agent de presser davantage le ballon. Mais rien à faire. Le test est toujours négatif. Le colonel vient vers moi et me dit, en regardant la pointe de ses chaussures : je suis désolé, mais certains modèles de ballons ne sont pas précis et je vais demander d’autres modèles plus performants.

Deuxième bizarrerie

pourquoi s’acharner à atteindre une précision de la NASA pour un simple citoyen qui n’a provoqué aucun accident de la circulation, n’a commis aucune infraction au code de la route et a été d’une politesse "suisse" avec les agents des forces de l’ordre ?

Troisième bizarrerie

(a) l’agent qui pianotait sur sa machine n’écrivait rien du tout. Il faisait semblant de taper un procès-verbal mais en fait il attendait le "civil". (b) C’est le "civil" qui semble avoir ordonné la prise de sang à l’hôpital. (c) Habituellement, une prise de sang est effectuée pour corroborer le test au ballon, alors pourquoi effectuer une prise de sang après deux alcootests négatifs ?

Uncategorized 2:46 pm

De général à président à vie

Le général Zine el-Abidine Ben Ali est né en 1936 à Hammam-Sousse. À défaut de décrocher son baccalauréat, il épouse la fille d’un puissant colonel qui lui permet de gravir les échelons de l’appareil sécuritaire :commandant, directeur adjoint puis directeur de la Sécurité militaire. En 1974, il officie comme attaché-militaire au Maroc où il se met à dos Hassan II en critiquant la Marche verte.

En 1977, il est directeur de la Sûreté nationale puis ambassadeur en Pologne avant de revenir à la tête de la Sûreté en 1984 puis d’être promu secrétaire d’Etat la même année, ministre de la Sûreté nationale en 1985 et ministre de l’Intérieur en 1986. En mai 1987, Ben Ali est nommé ministre d’Etat et Premier ministre en octobre 1987 par un Habib Bourguiba sénile.

Le 7 novembre 1987, Ben Ali commet son célèbre coup d’Etat «médico-légal» en destituant Bourguiba pour raisons médicales. Dans son premier discours (devenu subversif depuis), il prône l’ouverture démocratique. Hélas, les législatives de 1989 sont truquées et Ben Ali en profite pour se faire «élire» président avec 99,20 % des voix. Il récidivera à trois reprises, toujours avec des scores à la soviétique.

C. G.

Source : « Le Journal » (Hebdomadaire – Maroc), N° 288 Du 03 au 09 Février 2007
Lien : http://www.lejournal-hebdo.com/sommaire/monde/parcours-de-g-n-ral-pr-sident-vie.html

(Article repris par TUNISNEWS du 9/02/2007)
Lien : http://www.lejournal-hebdo.com/sommaire/monde/parcours-de-g-n-ral-pr-sident-vie.html

Uncategorized 2:20 pm


Rafles tous azimuts en Tunisie

Après les récentes fusillades, le pouvoir ratisse large.
Par Christophe AYAD

QUOTIDIEN : samedi 10 février 2007
     
Combien de personnes ont été arrêtées en Tunisie depuis les affrontements sanglants de fin décembre-début janvier, au sud de Tunis, entre les forces de l’ordre et un mystérieux groupe terroriste salafiste ? Combien sont encore en détention ? Difficile d’avancer un chiffre précis tant les autorités tunisiennes retiennent l’information. Les interpellations se chiffrent par centaines, les détentions confirmées, elles, dépassent le nombre de cent pour le seul mois de janvier, selon le Conseil national pour les libertés en Tunisie.
La suite de l’article:
Un opposant au ballon
Par Christophe AYAD
QUOTIDIEN : samedi 10 février 2007
Le régime de Ben Ali continue de harceler ses souffre-douleur habituels. Cette fois-ci, cela a été au tour de Tahar Belhassine. Ce militant de gauche, membre du groupe Perspectives dans les années 60, a été interpellé, mercredi soir, à la sortie du domicile du journaliste Taoufik ben Brick, lui-même journaliste et opposant. Peu après avoir pris le volant, Tahar Belhassine, patron de la chaîne privée par satellite El-Hiwar TV basée en Italie et fondateur du webzine d’opposition Perspectives-tunisiennes.com, est arrêté par des policiers pour conduite en état d’ébriété alors que l’alcootest s’est révélé négatif. Plutôt qu’en cellule de dégrisement, il a été conduit à la prison de Bouchoucha, faisantoffice de centre de torture. Il a été libéré le lendemain.