Dictature tunisienne. Les apologistes du régime de Ben Ali continuent de prétendre que celui-ci s’est engagé dans la bonne direction, qu’avec un peu de patience on verra enfin surgir en Afrique du Nord une vraie démocratie. Ces espoirs sont sans cesse démentis par la réalité, comme le rappelle cette dépêche de Reuters du 17 février, qui relate qu’une cour tunisienne a interdit à la Ligue des droits de l’homme de tenir une conférence. Le même jour, selon d’autres sources, une autre cour a obligé les journalistes et les parents de quatorze inculpés pour « terrorisme » de quitter l’enceinte du tribunal. Le président de cette cour n’est autre que le juge Tarek Braham, qui a été « désigné » comme président de l’Association des magistrats, après que le bureau légalement élu ait été démis par les autorités. Ceux qui veulent en savoir un peu plus sur le régime ubuesque qui règne à Tunis, avec l’appui déclaré du gouvernement français, pourront lire, dans Le Journal (3 février), hebdomadaire francophone marocain, l’article de Catherine Graciet, « Le régime de Ben Ali à la dérive ». En voici la conclusion :
« Pour se maintenir en poste, le président Ben Ali a mis en place un système répressif digne de l’ex-Allemagne de l’Est : 140 000 policiers (pour 10 millions d’habitants), des indicateurs par centaines de milliers et des comités de quartiers où les citoyens se surveillent eux-mêmes. Ce système a aussi permis à Ben Ali de faire croire qu’il était un rempart contre l’islamisme. Un argument mis à mal par l’attentat de Djerba en 2002 (15 morts dont 11 touristes) et les récents affrontements entre des islamistes armés et des forces de l’ordre dans la banlieue de Tunis. Un argument maintenant périmé au vu de l’islamisation rapide de la société tunisienne qui s’explique notamment par l’absence de libertés et la perte des valeurs traditionnelles (cf. interview de Moncef Marzouki). « Ce retour à la religion se nourrit aussi de la situation en Irak et en Palestine, largement relayée par les chaînes satellitaires arabes. Les Tunisiens se perçoivent d’une part comme une citadelle assiégée et, d’autre part voient le régime de Ben Ali comme un allié des Etats-Unis et de l’Occident », souligne Pierre Vermeren. Une situation délicate pour le président Ben Ali qui tient exclusivement par son emprise sur l’appareil policier. Dans un pays en cours de ré-islamisation dont l’économie s’enrhume, il ne bénéficie plus de légitimité politique et encore moins d’une légitimité religieuse. »
