Le sexe faible
De toute ma vie, je n’ai jamais porté le voile. Lorsque à l’âge de 12 ans mon père a essayé de me le faire porter, j’ai protesté : « Et pourquoi les filles ne portent-elles pas de voile ? Pourquoi seulement les garçons ? ». Il m’a dit que c’était l’ordre de Dieu et la loi de la nature. Le voile servirait, selon lui, à me protéger des regards concupiscents des femmes. A mesure qu’approchait l’âge de tous les dangers, la puberté, les harcèlements de mon père devenaient de plus en plus insupportables. Il m’avait d’ailleurs prévenu dès le début : « Tes cheveux et ces poils qui pousseront sur ton visage et ta poitrine éveilleront les désirs enfouis des femmes. Fais attention aux femmes, elles ne pensent qu’à ça… ». Mais il s’est arrêté là. Il ne m’a pas expliqué le sens du « ça ». J’ai alors décidé de me faire raser les cheveux- d’ailleurs ils sont toujours rasés de près- pour contourner l’ordre paternel. Je lui ai dit : « Et comme ça les femmes resteront toujours excitées par mes cheveux ? ».
Mon père ne s’est pourtant pas résigné à ma situation d’adolescent révolté. Dès que j’ai voulu jouer au ballon dans la rue, comme le faisaient d’ailleurs mes sœurs, il me l’a strictement interdit. « Ne te compare jamais aux filles, mon garçon, m’avait-t-il dit à l’époque. Dieu les a créées différentes. Elles sont plus robustes, plus bagarreuses, plus entreprenantes que les hommes. Nous les hommes, nous sommes le sexe faible. C’est la loi de Dieu et de la nature. »
O.K.