Acte 1
Date: février 2005.
Une Tunezinienne qui voit ettounsi pour la première fois le fixe des
yeux. Elle dira plus tard: " De ses yeux se dégageait une tristesse
infinie…"
Date: 13 mars 2005.
Le cabinet du docteur F. était vide pendant cette fin d’après-midi.
Zouhair G., un patient de longue date, sonna avant d’entrer. La salle
d’attente était presque vide. Un jeune homme sans âge était assis sur
la chaise la plus proche du bureau du médecin. Il avait l’air d’être
plongé dans un sommeil très profond. Malgré ses yeux fermés, une
tristesse infinie se dégageait de son visage assoupi. Sa présence
intrigua Zouhair, car dans cette petite ville de province tout le
monde connaît tout le monde. Apparemment, cet homme venait de loin.
Soudain, le docteur F. ouvrit la porte de son bureau pour jeter un
coup d’oeil sur la salle d’attente. Dès qu’il vit Zouhair, il le salua
et l’invita à entrer. Zouhair lui dit:
- Mais il y a un patient avant moi !
- Quel patient?
Zouhair pointa son doigt vers une chaise vide. Le dormeur a disparu !
- Mais il était là docteur ! Il dormait paisiblement.
- De deux choses l’une: ou bien c’était l’homme invisible qui voulait
me consulter ou bien vous avez un don très rare: le Shining !
Acte 3
Date: Le soir du 13 mars 2005.
montréalaise. Il venait de recevoir du médecin accoucheur une gifle
qui lui rappela sur le coup de tristes souvenirs. Une infirmière se
pencha sur lui pour le prendre dans ses bras. Elle décela dans ses
yeux une tristesse infinie. Mais le bébé se dégagea subitement de son
étreinte pour commencer à voler de ses propres ailes. Marushka,
l’infirmière, n’avait jamais vu un bébé voler avec une telle aisance.
Une aisance digne d’une mouette. Elle le pria d’atterrir, car elle
avait peur que sa tête ne cogne le plafond. Le bébé ne voulait rien
savoir. Mais dès qu’il vit d’en haut la souris attachée au portable du
docteur Wundermacher, posé sur une petite table, il changea son plan
de vol et atterrit en douceur. Le bébé caressa pour la première fois
de sa nouvelle vie une souris d’ordinateur. Le plus surprenant c’est
qu’il la trouva plus alléchante que le sein maternel !
En cliquant sur la souris, une image s’afficha sur l’écran: Cheikh
Imam et son luth. Le bébé approcha sa bouche de l’écran comme s’il
voulait embrasser le chanteur. Mais il s’arrêta net à quelques
millimètres de l’écran et prononça ses premiers mots: "Hamm hamm hamm
hamm hamm hamm hamm". Aucun des présents ne comprit le langage du
nouveau-né. Seul Cheikh Imam, réveillé d’un sommeil éternel, comprit
le message de ce bébé qui s’appellera lui aussi Imam, un prénom choisi
par son père. Cheikh Imam sourit au bébé. Un sourire qui effaça à
jamais la tristesse des yeux du petit Imam. Le grand cheikh caressa
tendrement son luth et répondit au bébé : "Hamm hamm hamm hamm hamm
hamm hamm…" (1)
