INTERVIEW DE ZABA (2001) Incroyable mais vrai: Le jour où j’avais rendez-vous avec ZABA pour l’interviewer a coïncidé avec la publication, par le journal Le Monde [novembre 2001], d’un article relatant la rupture entre Kamel Letaief (l’ex-« président bis ») et le Président.
O.K. : Alors Zaba, ton ami Kamel n’a pas été très tendre avec toi ?
ZABA : Le salaud, le traître, l’ingrat, je vais le couper en morceaux et le dissoudre dans un bain d’acide…(ZABA était tellement en colère qu’il ne pouvait plus parler).
O.K. : Mais c’est grâce à lui que tu es présidant aujourd’hui. C’est lui qui t’a monté de toutes pièces. Ce n’est pas par hasard si on l’a appelé le « président bis » après le 7 novembre ?
ZABA : Il t’a montré ses dossiers secrets ?
O.K. : Ses dossiers secrets sont gardés chez un avocat en Suisse mais j’ai lu « Notre ami Ben Ali ».
ZABA : Lorsque j’ai lu cet article du « Monde » j’étais tellement furieux contre lui que j’ai vidé toute une bouteille de whisky en moins d’une heure.
O.K. : Tu es en train de perdre tes amis un à un : Baccouche, Sahbani, Charfi etc. et maintenant c’est ton « manager » que te quitte.
ZABA : Oui, t’as raison. J’ai l’impression que tout mon passé m’est jeté à la figure en ce moment. Je n’ai plus d’amis, les RG [Renseignements Généraux] me disent que je suis de plus en plus impopulaire et mes proches sont en train de vider le pays de ses richesses.
Je sais tout. Je suis l’homme le plus renseigné en Tunisie. Hélas, c’est trop tard !
O.K. : Tu me fais parfois pitié. On t’a mis sur scène pour jouer un rôle trop fort pour toi. Gilles Perrault t’a comparé à un « voyou de sous-préfecture ». Es-tu conscient de ta nullité ?
ZABA : J’en suis conscient en j’en souffre aussi. Mais si je quitte le pouvoir maintenant, on va me jeter en prison. Je dois le garder par tous les moyens. Je n’ai pas de choix.
O.K. : En plus c’est toute la base qui te réclame Président pour l’éternité.
ZABA : Tu as été intoxiqué par ma propagande ou quoi ? De quelle base parles-tu ? Si demain je tombe, cette même base va me lyncher.
O.K. : En tout cas moi je suis contre le lynchage, même d’un bourreau comme toi. D’ailleurs je suis contre la peine de mort par principe.
ZABA : Je ne veux pas mourir. Je suis encore jeune, je veux profiter de la vie, je veux savourer ma liberté, mais…
O.K. : Mais quoi ?
ZABA : Je souffre d’insomnie, d’agitation, mon sommeil est perturbé par des cauchemars terribles…
O.K. : Ce sont des esprits agités qui réclament justice.
ZABA : Quels esprits ?
O.K. : Mansouri, Barakat, Ben Zineb et des dizaines d’autres.
ZABA : Si seulement je pouvais oublier tout ça. Je ne les ai pas tués.
O.K. : Non, tu ne les as pas tués mais tu les as fait torturer à mort. Je vois des taches de sang sur tes mains.
ZABA( très agité) : Tu me mets dans l’obligation d’ouvrir une seconde bouteille.
O.K. : Je vois que tu as un point commun avec tes prisonniers politiques : Vous souffrez tous du mal de la bouteille (1), bien que de façons très différentes !
ZABA : Il n’y a pas de prisonniers politiques en Tunisie.
O.K. : Voilà un autre intoxiqué par la propagande benaliste !
ZABA : Changeons de sujet.
O.K. : Tes projets après la retraite ?
ZABA : Quelle retraite ? C’est trop tôt pour parler de ce sujet. Je prendrai ma retraite le jour où j’aurai des cheveux blancs.
O.K. : Qui choisirais-tu comme successeur ?
ZABA (l’alcool commence à avoir de l’effet) : Je n’ai pas de successeur, j’y suis, j’y reste. Je suis immortel, je suis éternel…
O.K. ( filant à l’anglaise) : Je dois déguerpir tout de suite. Je suis, encore une fois, tombé sur un adepte fanatique de la secte benalo-alaouite !
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1- « La bouteille dans l’anus », technique de torture tunisienne.
