La police de la pensée s’attaque au monde virtuel BAUDOUIN LOOS La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre sur le web : « ils » ont arrêté Ettounsi ! Mardi soir, les internautes tunisiens se sont passé avec fébrilité l’information puis des commentaires amers. Mais qui est « Ettounsi » ? Ce surnom (littéralement « le Tunisien »), Zouhair Yahyaoui l’avait rendu célèbre dans le milieu de l’internet tunisien, espace où les libertés, comme ailleurs en Tunisie, subissent les assauts permanents du pouvoir. Zouhair, 34 ans, diplômé de sciences économiques au chômage, avait découvert l’univers cybernétique et avait lancé un site sur la Toile, il y a un an, TUNeZINE (1), qui avait rapidement pris une place de choix dans le paysage virtuel tunisien. Comme tant d’autres adresses, il était censuré par les techniciens de l’Agence tunisienne de l’internet, censure contournée tant bien que mal par de nombreux internautes locaux.La plume d’Ettounsi faisait mal, non par ses leçons politiques mais par son humour mordant, lui qui prenait un malin plaisir à imaginer, par exemple, des saynètes dans lesquelles des disputes fictives et hilarantes opposaient le président Zine el-Abidine Ben Ali (surnommé «ZABA») et ses proches. Mais, comme l’observait jeudi « Omar Khayyâm », autre facétieux internaute tunisien, il y a un dénominateur commun entre tous les dictateurs : ils n’ont pas le sens de l’humour et n’acceptent ni les caricatures ni les satires. La cyberpolice de ZABA a ainsi fini par découvrir qui était Ettounsi. Mardi soir, six policiers en civil l’ont arrêté dans le « publinet » (cybercafé) où il avait ses habitudes; ils l’ont amené chez lui, saisi son matériel informatique avant de l’emmener vers une destination inconnue. Circonstance aggravante pour Ettounsi : il n’est autre que le neveu du « juge rebelle », Mokhtar Yahyaoui, qui a défrayé la chronique en 2001 pour avoir publiquement demandé au président de rendre à la justice son indépendance, et qui avait reçu pour toute réponse une révocation des cadres de la magistrature. La famille Yahyaoui, décidément, et même si son combat se situe au plan des libertés plutôt que sur celui de la lutte politique stricto sensu, se révèle bien gênante pour le pouvoir. Nous avions eu l’occasion de passer une soirée avec Ettounsi à Tunis il y a quinze jours. Nous avions vu un homme réservé, aux yeux tristes mais brillants. Plein d’humour. Cet homme est désormais en prison.· ( Source: Le Soir de Bruxelles du 11 juin 2002 )
ettounsiApril 18, 2007 11:35 am
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