A ma connaissance Courrier International a été le premier média international à parler de TUNeZINE. C’était fin mai 2002. Je me rappelle avoir envoyé un courriel à ettounsi pour le féliciter. Il sera arrêté moins d’une semaine plus tard ( 4 juin 2002).
99,61 % des Tunisiens ont accepté par référendum la réforme de la Constitution tunisienne autorisant le président Zine el-Abidine Ben Ali, 65 ans, à se maintenir au pouvoir pour deux nouveaux mandats de cinq ans. Les Tunisiens, précise "Le Matin" d’Alger, "ont préféré le bulletin blanc du ‘oui’ au bulletin noir du ‘non’ dans les 15 000 bureaux de vote". Des bureaux de vote, semble-t-il, assiégés par les foules : 95,59 % des 3 406 830 inscrits se sont mobilisés. Une mobilisation d’autant plus phénoménale qu’elle inclut le vote de 208 383 Tunisiens de l’étranger malgré l’avis défavorable de quelques détracteurs.
Mais ce score massif répond, selon la presse tunisienne, à un défi "historique". "D’abord parce que la procédure référendaire est utilisée pour la première fois dans l’histoire de la Tunisie", explique "Réalités". Il est vrai que les précédents scores "historiques" de 99 % et des poussières de Zine el-Abidine Ben Ali n’étaient réunis que lors des élections présidentielles pluralistes du successeur de Bourguiba, au pouvoir depuis 1987…
La langue de bois le dispute à la flagornerie
Cette réforme est accueillie par la presse locale comme une réelle avancée. Débordant d’enthousiasme béat, "Réalités" explique que "la Tunisie sera dotée d’une Constitution profondément remaniée, adaptée aux réalités de la Tunisie d’aujourd’hui et de ce qu’elle sera, et qui répond aux attentes et aux ambitions des citoyens".
"Mais ce n’est pas tout", poursuit "Réalités". "C’est le point de départ d’une nouvelle étape qui doit réaliser de nouveaux acquis sur les plans de la liberté de l’information, les libertés individuelles, les droits de l’homme et la séparation des pouvoirs." Ben Ali et Ubu ne semblent faire qu’un dans un pays où la langue de bois le dispute à la flagornerie.
"La démocratie à la tunisienne crèvera de sa propre médiocrité"
Cependant, pour certains irréductibles comme Mokhtar Triffi, le président de la Ligue tunisienne de défense des droits de l’homme, cité par "Le Matin", "le dispositif de la fraude électorale est rodé depuis longtemps". Outre la fraude, la nouvelle Constitution proposée hérisse l’ensemble des opposants de la société civile. Cette réforme semble destinée à instaurer de nouveau la présidence à vie, à accorder une impunité à vie au président de la République et à nommer une seconde Chambre. Ainsi, Ben Ali pourra certes se représenter aux prochaines élections présidentielles, mais, une fois à la retraite, si retraite il y a, il ne pourra être poursuivi par la justice de son pays et peut-être se trouver une petite place dans la seconde Chambre.
Enfin, il faut aller sur le site "Tunezine.com" pour lire une voix tunisienne vraiment discordante. A sa une, "ce magazine en ligne gratuit copié et collé à Tunis" propose son propre référendum. A la question "Selon vous la Tunisie est ?", il propose cinq réponses, au choix : "Une république ; un royaume ; une prison ; un zoo ; rien". Puis, un peu plus loin, une journaliste se penche sur l’état de la démocratie à la tunisienne avant d’asséner : "D’autres dictatures ont vécu, puis sont tombées. Celle-ci est déjà en train de s’autodétruire, et crèvera de sa propre médiocrité."
Dans une vibrante tribune envoyée à "Courrier international", le journaliste Taoufik Ben Brik s’insurge contre les 99,61 % de vote en faveur du référendum de "la momie Ben Ali". Ce pourcentage est, selon le journaliste tunisien, "la marque déposée des despotes". Le président de nouveau éligible "a en fait donné un coup d’arrêt à la vie politique tunisienne pour les dix ans à venir". Pourtant, Ben Brik ne veut pas perdre la foi en son pays : "Sans un sou et malmenés, mais tenaces et toujours debout, nous sommes encore beaucoup à refuser de nous rendre."
Ph J
Source: Courrierinternational.com ( 30 mai 2002)

http://tunisie-harakati.mylivepage.com
Un espoir pour la démocratie en Tunisie avec la mise en place de nombreux journaux pour dénoncer les agissements du régime.
Comment by Jacques Jourdin — May 4, 2008 @ 6:01 pm