MONTREAL BY NIGHT

 Une autre nuit de travail. Les super-calcutateurs d’IBM se sont calmés après 23h.  Entouré d’une vingtaines de consoles, plongées dans un sommeil profond, j’écoute des chansons rap qui dissipent la tristesse de la nuit. 
 
Une heure du matin. C’est le temps de ma pause.

En sortant je trouve une jeune femme en détresse.

-Avez-vous une cigarette?

-Non, je ne fume pas.

-Ah! Vous êtes sportif !
 
Je l’ai invitée à boire un café. Elle a changé d’avis et commandé un coke. Ses yeux brillaient d’une façon étrange, inquiétante. Elle vit dans son propre monde. Elle ne rit pas. Ses mains tremblent légèrement. J’étais toutes oreilles. Mais elle ne dit de consistant. Son délire tourne autour du monde de la chanson et du cinéma.

Une "travailleuse du sexe" était assise à côté de notre table. Elle aussi prenait sa pause. Pour égayer un peu l’atmosphère, je me suis tourné vers elle pour lui poser la Question des questions:

- What is happiness ?

- Happiness is money !

Cette femme respectueuse m’a déçu. Je m’attendais à une définition originale qui serait reprise par les livres de citations.

J’ai payé la consommation puis abandonné la femme abandonnée. Je voulais faire une petite promenade nocturne et en même temps aller chercher un petit chocolat chaud avant de retourner au travail. Une jeune fille, supposée procurer la joie, m’a interpellé:

- Do you want some company ?

- No, thank you. I have my own company…

That’s Montreal by night.

( 24 novembre 2003)