The Police that doesn’t exist !
La police qui n’existe pas ! Je me suis habitué, depuis des années, à entendre parler par-ci par-là d’un corps de police dont la seule évocation du nom suffit à faire tressaillir le plus vaillant des citoyens. Cette police serait responsable de filature, de harcèlements, d’intimidation, d’enlèvements et de tabassage de tous les « ennemis de l’Etat » en Tunisie. Les opposants et les militants tunisiens lui ont même donné un nom : Police Politique. Cette police existe-t-elle vraiment ? Ne serait-elle pas le pur produit d’hallucinations militanto-dissidento-oppositionnelles ? Pour avoir le cœur net, j’ai décidé de faire ma propre enquête. J’ai eu beau fouiller dans tous les annuaires de Tunisie Télécoms, des plus vieux aux plus récents, dans les Pages Jaunes, des plus jeunes aux plus jaunies, le résultat a toujours été le même : zéro info. Aucune direction, aucune sous-direction, aucun service de l’État ne porte le nom « Police Politique ». J’ai décidé, alors, d’appeler l’attaché de presse du ministre de l’intérieur. Heureusement, il était dans son bureau. Sa réponse à ma question était on ne peut plus laconique : « Je ne sais pas si cette police existe ou non et même si elle existe, je ne suis pas habilité à vous le dire. » Ne sachant à plus à quel saint me vouer pour résoudre l’énigme, j’ai eu l’idée d’appeler le standard du ministère de l’intérieur. En quelques secondes, j’étais en ligne avec le standardiste. - Bonjour, je voudrais parler avec le chef de la Police Politique ? - Quoi ? - Passez-moi la Police Politique, s’il vous plait ! - Tu te fous de ma gueule ou quoi ? Nous n’avons aucun service qui s’appelle Police Politique. - La Police Politique n’existe pas ? - C’est un interrogatoire ou quoi ? Cette blague peut te coûter cher, espèce de (censuré) - Ce n’est pas une blague. Je m’appelle Omar Khayyâm, je suis journaliste de TUNeZINE et je mène une enquête. - Enquête de mon (censuré) ! Espèce de (censuré) ! Tu vas payer cher ton insolence. Tu es journaliste ? Journaliste de ton (censuré) ! - Vous osez insulter un citoyen ? Vous êtes un agent public au service des citoyens. Vous êtes censé me renseigner. Je ne vais pas répondre à vos insultes par respect à l’État que vous représentez. - Je m’excuse. Donnez-nous votre numéro de téléphone, nous allons vous renseigner tout de suite. - J’appelle d’un taxiphone. (Le standardiste met du temps à répondre) - Veuillez patienter. Surtout ne quittez pas, je vais vous passer dans quelques instants le service de renseignements de notre ministère. J’étais en train de patienter, collé au téléphone, lorsque j’ai vu des types en civil avec des walkies-talkies encercler ma cabine. L’un d’eux a ouvert la porte de la cabine et m’a tiré violemment par le bras. Ces types ont commencé à me tabasser avant qu’ils ne me poussent dans une voiture banalisée, garée pas loin du taxiphone. Lorsqu’ils m’ont suspendu par les bras, j’ai su que l’enquête s’est arrêtée là. Mais une question reste encore suspendue dans les airs : La Police Politique existe-t-elle ? Oui ou non ?
