Le procès du siècle
Aujourd’hui 7 novembre 2010 s’ouvre à Tunis ce que la majorité des journaux tunisiens appellent le procès du siècle. Ce procès, les Tunisiens l’ont attendu pendant un an. Sept juges d’instruction enquêtant sept jours sur sept, secondés par sept secrétaires de justice ont travaillé d’arrache-pied pour boucler une affaire qui nécessita la convocation de pas moins de mille témoins, la saisie et la consultation de milliers de pages de documents et d’archives. A lui seul, l’acte d’accusation compte plus de dix milles pages.
L’accusé s’appelle Zine El Abidine Ben Ali. Ayant été le maître absolu de la Tunisie pendant 22 ans (1987-2009), la nouvelle de son arrestation et de son inculpation, au début du mois de novembre 2009, fit le tour du monde. Enfin un ex-dictateur jugé par la justice de son pays. Une justice qui a retrouvé son indépendance et sa sérénité.
L’accusé fut placé dans une cellule individuelle « pour sa propre sécurité », selon une source judiciaire. Pourtant, ce prisonnier « de luxe » n’eut droit à aucun privilège rattaché à ses anciennes fonctions. Toutefois un petit détail se transforma en une bataille juridique entre l’administration pénitentiaire et ses sept avocats. Pour la première fois, depuis l’instauration de la démocratie et l’amélioration des conditions de détention, fut soulevée une question pertinente : un prisonnier a-t-il ou non le droit de se teindre les cheveux ? Un couffin apporté à Zine par sa fille Cyrine contenait, en plus de la nourriture, tout le nécessaire à la teinture des cheveux. L’administration pénitentiaire saisit ce matériel suspect. Informés de l’incident, les sept avocats de Ben Ali intentèrent en urgence une action en justice attaquant la décision de l’administration pénitentiaire. Ben Ali obtint gain de cause et l’administration pénitentiaire fut sommée par le juge de lui restituer ses « produits de beauté ». Ceux qui assisteront au procès aujourd’hui verront le Ben Ali de toujours, avec ses cheveux noirs gominés et son costume croisé inimitable.
Toutes les grandes chaînes de télévision (BBC, CNN, Deutsche Welle, Rai, Al-Jazeerah etc.) ont envoyé des équipes techniques et des journalistes. Pourtant, il est peu probable que les magistrats qui jugeront Ben Ali acceptent la présence de caméras à l’intérieur du tribunal. Pas moins de 150 journalistes venus des quatre coins de la planète assisteront à ce mega-procès. Ne sachant pas Ben Ali aussi populaire, j’ai été surpris de croiser dans le hall de l’hôtel Abou Nawas un journaliste australien et même une journaliste chilienne.
Au vu du nombre important de journalistes tunisiens et étrangers qui couvriront le procès, de la présence de dizaines d’observateurs représentant les organisations locales et internationales des droits humains, sans compter les représentants des ambassades étrangères à Tunis, le Ministère de la Justice a pris une décision unique dans l’histoire judiciaire de la Tunisie : Le procès se tiendra au Palais des Congrès de Tunis.
Alors que le journal Assabah préfère la manchette : يــوم الـــحـــســـاب (Le Jour du Jugement), le journal Le Temps d’aujourd’hui titre :
QUE LE SPECTACLE COMMENCE !

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On ne sait pas si l’on doit plus redouter que la Tunisie juge Ben Ali ou que ce dernier régne autant au pouvoir de cette nation.
Quoi qu’il en soit des milliers de Sameh Harakati souffre de cette état sans justice.
Comment by Jacques Jourdin — June 21, 2008 @ 12:15 pm