Mort sans sépulture
" Visitez le site lecoutdesfunerailles.com" (Publicité radiophonique sur Radio-Classique Montréal)
Montréal, 2006. Un homme ni jeune ni vieux, sans argent, agonise et meurt seul à l’hôpital. Sa mère n’a voulu rien savoir car les funérailles, même simples, coûtent beaucoup d’argent. Tous les membres de la famille du défunt, frères et sœurs, cousins et cousines, ont ignoré le cadavre qui gisait à l’hôpital. Finalement son corps a été offert à une des facultés de médecine de Montréal. Un règle d’or dit qu’"on ne prête qu’aux riches". Mais on peut dire aussi qu’on n’offre son amour et son affection qu’aux parents riches.
Cette histoire m’a fait penser à un autre cadavre. Mais un cadavre qui bouge encore, celui de Karl Marx. Le capitalisme est une grande machine de destruction. Il brise les liens familiaux, sociaux, bref humains. Si cette situation s’était produite dans un pays "arriéré" où la notion de l’humain existe encore, des volontaires se seraient chargés de creuser la tombe, transporter le corps etc. Si c’était possible au Canada, j’aurais moi-même participé à creuser la tombe de ce Montréalais renié par sa famille à cause d’un virus. Celui de la pauvreté. Mais c’est impossible, il faut toujours passer par une entreprise funéraire, acheter sa place au cimetière etc.
Dans les sociétés occidentales la mort n’existe plus. Elle a été supprimée par un système rigoureux et implacable qui traite les cadavres de façon industrielle. Le contact direct avec le mort, avec la mort, n’existe plus. Une Montréalaise ne pouvait croire ses oreilles lorsque je lui ai dit que j’avais sorti de mes propres mains la dépouille de ma grand-mère de la morgue de l’hôpital Farhat Hachad à Sousse, aidé par un ami de mon père et un parent.
René, mon ami canado-burkinabé, ne cesse de me répéter: "Je ne veux pas vieillir et mourir dans ce pays [Le Canada] !". Il a raison. Il y a des pays où il fait bon vivre. D’autres où il fait bon vieillir et mourir…
