Interview imaginaire
Hedi Yahmed frappé…par le message de Ben Ali
Par Omar Khayyâm
Omar Khayyâm: Monsieur Hedi Yahmed, un commentaire à chaud du message du président aux journalistes à l’occasion de la journée de la liberté de la presse?
Hédi Yahmed: Je ne peux rien dire, je pleure encore d’émotion. C’est un message très fort. J’ai été frappé par les mots du président. D’ailleurs je ne suis pas le seul journaliste tunisien frappé. Ces mots sont tellement forts qu’ils feront taire toutes les mauvaise langues.
O.K.: Avez-vous une preuve concrète que les journalistes tunisiens ne sont pas inquiétés?
H.Y.: Bien sûr. Depuis l’attentat de mai 2000 contre Ryadh Ben Fadhl, il n’y a eu aucun assassinat ni tentative d’assassinat de journaliste.
O.K.: Le président Ben Ali a donné l’ordre aux journalistes d’écrire librement. D’après vous, pourquoi y a-t-il encore des journalistes qui désobéissent à cet ordre?
H.Y.: Mais c’est ça la liberté! Même ceux qui désobéissent aux ordres du président, comme Goujat ou Khammari, ne sont inquiétés ni par la police politique ni par la police de la pensée. C’est aussi la preuve de la magnanimité de notre président.
Je vous donne un autre exemple: Pendant la fameuse réunion de mai 2000 avec les directeurs des journaux indépendants le président a dit noir sur blanc: " J’en ai marre de voir ma gueule montrée cent fois par le Téléjournal." La Télé a ignoré, avec une insolence inouïe, les ordres du président et a continué à monter sa gueule jour et nuit!
D’après mes sources au Palais de Carthage, le président crache sur l’écran dès qu’il voit son visage sur Canal 7 et profère les injures les plus ordurières contre les responsables de la RTT. Mais sa colère n’a jamais dépassé les murs du Palais.
O.K.: Certains disent qu’il y a des thèmes tabous pour tout journaliste travaillant en Tunisie?
H.Y.: Ce n’est pas vrai. A part la corruption, le népotisme, la justice, le président et sa famille, le gouvernement, le parlement, les gouverneurs, les délégués, le RCD, la police, les douanes, les prisons, les droits de l’Homme et les islamistes, il n’ y a aucun sujet tabou pour les journalistes tunisiens.
O.K.: Pourquoi, il y a quelques mois, le Procureur de la République vous a-t-il convoqués, vous et le directeur de Réalités, Taïeb Zahar?
H.Y.: Le Procureur de la République croyait que nous étions menacés. Il voulait savoir si nous étions inquiétés par le Pouvoir après la publication de l’enquête sur les prisons et nous a offert une protection permanente de la police pour éviter toute sorte de chantage de la part des autorités.
O.K.: Mais le numéro de Réalités qui parle de prisons a été retiré du marché?
H.Y.: Cette information est inexacte. Les autorités ont acheté tous les numéros pour les distribuer aux cadres de l’Intérieur et aux directeurs et gardiens de prisons. Certains organes de presse, connus pour leur malhonnêteté et leur parti pris, ont mal interprété le geste noble des autorités.
O.K.: Dernière question. Avez-vous des suggestions pour améliorer le secteur de l’information en Tunisie?
H.Y.: Non. On ne peut pas améliorer quelque chose de parfait.
( Source: le forum de TUNeZINE le 03-05-2003 05:39)
