Humour& humeursJune 25, 2007 1:51 pm

Le dictateur blasé reçoit un blason d’une association inconnue (ou presque)

Le dictateur tunisien Zine El Abidine Ben Ali a été ridiculisé par une association presque fictive, l’Association Egypte-Europe pour le développement de l’amitié entre les peuples. Cette dernière a attribué au "président blasé" le premier blason de la société civile pour la sagesse politique et le leadership (sic) , à la suite d’un sondage fictif réalisé dans sept ou onze capitales arabes ( L’association ne se rappelle plus !)

Le général Ben Ali, qui a récemment écrasé toutes les manifestations contre la visite contestée du Premier ministre israélien Ariel Sharon en Tunisie, a perdu depuis longtemps la considération de son peuple. Tous les efforts qu’il avait deployé pour redorer son image ternie dans l’opinion publique européenne se sont soldés par une échec cuisant.

Yasser Farahat, président de l’Association Egypte-Europe, et Khaled Salah, président de la commission des relations extérieures de l’association, une commission qui n’existe pas, ont procédé à la remise du blason au président blasé, le ridiculsant ainsi devant son peuple et l’opinion publique internationale.

Après la cérémonie de remise du premier blason au président blasé, Yasser Farahat a prononcé une allocution au milieu de laquelle il a été saisi par une crise de rire: "Ce dictateur qui a perverti les notions de démocratie et de libertés, est tombé dans le piège. Il faut être vraiment blasé pour accepter ce blason !"

Omar Khayyâm (23/04/2005)

Fiction 1:26 pm


JERBA L‘AMERE

 

"Jerba la douce" ? Peut-être l’est-elle, mais pas pour les dictateurs. Le maître de Carthage regrettera jusqu’au dernier jour de sa vie d’avoir mis les pieds dans l’île d’Ulysse. Son exil doré au Panama ne lui fera jamais oublier l’affront qu’il subit à Jerba.

 

Le 7 février 2002, Ben Ali atterrit à Jerba pour présider le congrès de l’UGTT. L’île est déjà en état de siège et le cordon ombilical qui la relie au continent est provisoirement coupé par les blindés de la Garde Nationale. Les brigades anti-terroristes quadrillent depuis l’aube la petite île d’à peine 500 km2. Des vedettes de l’armée, des douanes et de la Garde Nationale encerclent le fameux paradis touristique. La police présidentielle, ayant passé au peigne fin l’hôtel où doit se tenir le congrès, contrôle tous les accès et vérifie les identités de tous les présents. Munie de détecteurs de métal, elle procède à la fouille de tous les congressistes. Seuls les diplomates et les invités étrangers y échappent. La surprise qui attend Ben Ali ne sera détectée ni par sa police, ni par ses chiens renifleurs, ni même par son "Secret Service"

 

La salle du congrès est archi-comble. S’ajoutant aux centaines de délégués syndicaux, sont aussi présents des dizaines de journalistes tunisiens et étrangers, des représentants des organisations syndicales soeurs et amies ainsi que les leaders des partis d’opposition.

 

A dix heures du matin, Ben Ali monte sur la tribune pour prononcer son discours. Il met ses lunettes et se prépare à la lecture de son discours fleuve. "Bismillah…" ( au nom de Dieu ). C’est le seul mot que Ben Ali prononcera à Jerba. Avant même qu’il ne récite « Arrrahmane Arahim » ( le clément et le plus miséricordieux), des centaines de délégués se lèvent comme un seul homme et commencent à scander un slogan qui le fait vaciller de la tribune : « kilma wahda ya rajjala, Ben Ali el istikala » ( un seul mot, o braves hommes, Ben Ali la démission).

Les gardes du corps de Ben Ali se précipitent vers leur "boss" pour le couvrir et l’entourent de tous côtés. Bien qu’ils brandissent leurs armes menaçantes, les congressistes continuent à mitrailler Ben Ali de leur slogan subversif et de leurs cris de révolte, ignorant les signes désespérés qui agitent le patron de l’UGTT. C’est le plus grave affront que Ben Ali ait jamais subi depuis son accession au pouvoir. Il quitte la salle précipitamment, le visage congestionné par la colère, ne cessant de proférer les injures les plus ordurières à l’encontre des syndicalistes présents

 

Dans l’avion qui le ramène en catastrophe à Tunis, il n’est obsédé que par une chose: le journal télévisé du soir! Tous les médias ont annoncé la présence de Ben Ali au congrès de la centrale syndicale et les téléspectateurs sont supposés le voir discourir devant les délégués syndicaux. Que faire?

 

L’éminence grise de Carthage, Abdewahab Abdalah, trouve une solution : Il faut en quelques heures, avant le début du journal du soir, créer un décor identique à celui de l‘hôtel où se déroule le congrès. Un public trié sur le volet et constitué de destouriens purs et durs est emmené par des bus spéciaux au Palais de Carthage. Ils doivent tenir le rôle des congressistes. Les meilleurs spécialistes en décor et en mise en scène de la RTT se mettent à l’œuvre pour « cloner » le congrès de Jerba. Les spécialistes en montage vidéo doivent coller les vraies images de Jerba aux fausses images de Carthage. Après de longues répétitions, l’enregistrement commence.Tout est parfait : Ben Ali monte sur la fausse tribune de Jerba et prononce finalement son discours. Toutes les quinze minutes, il est interrompu par les applaudissements des faux congressistes et leurs enthousiastes et sincères « yahia Ben Ali » (vive Ben Ali). A la fin du discours le metteur en scène de la RTT qui a dirigé le spectacle ne peut cacher sa satisfaction et applaudit ses « acteurs ». Il monte sur une chaise et remercie tous les participants : « Bravo ! Vous avez fait du beau travail, félicitations ».

 

Tout est prêt pour le journal de 20h00. Les techniciens de la RTT ont réussi à coller les « bonnes » images de Jerba aux images fabriquées à Carthage. En visionnant le reportage avant sa transmission, Abdelwhab Abdallah est ravi de voir son idée géniale concrétisée en quelques heures seulement. Le bluff est sans faute. Ce qui s’est passé le matin à Jerba serait effacé à jamais de la mémoire télévisuelle du pays.

 

Le congrès de l’UGTT est à la une du téléjournal : « Le Président Zine El Abidine Ben Ali a présidé aujourd’hui l’ouverture du congrès extraordinaire de l’UGTT, tenu à l‘île de Jerba. Nous débuterons ce reportage par la diffusion du discours magistral et méthodique du Président prononcé devant les délégués syndicaux. »

 

Tout se passe bien. Tout, sauf un petit détail : l’ingénieur du son a oublié d’effacer la bande sonore originale de Jerba. Les cris des faux congressistes de Carthage se mêlent aux véritables slogans de Jerba. Les téléspectateurs ont alors droit au « clip » vidéo le plus amusant de l’année. A la foule qui scande : « yahia Ben Ali » répond en canon une foule non moins nombreuse « kilma wahda ya rajjala, Ben Ali el istikala ! »[un seul mot, o braves hommes, Ben Ali la démission].


 

 

Fiction 1:09 pm


CHRONIQUE D’UNE KHAYYAMOPATHIE CHRONIQUE


 


"La paranoïa de Ben Ali nous a rendus tous paranoïaques"

Faiza Kefi


 

Tout a commencé à l’aube d’un dimanche brumeux de cette année 2002. J’étais en train de pêcher à la ligne lorsque passa tout près de moi un vélo roulant à une vitesse vrtigineuse. A cause de l’obscurité et de la brume, il me fut impossible de distinguer le visage de son conducteur. En s’éloignant de moi il lança une phrase énigmatique : « Alors Omar, tu pêches en eaux troubles ? ». Je ne sus que répondre à cet inconnu qui disparut aussi vite qu’il était apparu. Pour me rassurer, je me dis que ça ne pouvait être qu’une blague inventée par l’un de mes amis. Mais la voix de l’inconnu ne m’était pas familière. Je ne pouvais conserver mon calme qu’en apparence. Tout en continuant d’être attentif au moindre mouvement de ma ligne, je ne cessais de m’interroger sur le sens de cette blague un peu trop matinale.

 

Ce jour-là aucun poisson ne daigna mordre ni même effleurer mon hameçon. J’avais faim. Avant de rentrer chez moi je me rendis chez amm Hsouna, le gargotier de mon quartier. Dès qu’il me vit il ordonna à son aide-cuisinier : « S‘haïen ettounsi comme toujours !». Avait-il dit « s’haïen tounsi » (plat tunisien) ou « shaien ettounsi » (plat tunezinien) ? Etais-je devenu paranoïaque? Je rentrai chez moi, n’ayant qu’une seule envie: m’allonger sur mon lit et essayer d’oublier ma mésaventure dominicale et ma paranoïa naissante.

 

Il était midi lorsque je quittai ma maison pour aller à la librairie « L’Ile des trésors ». J’étais à la recherche d’un livre-calmant. Je connais Mme C. la libraire, une Française mariée à un Tunisien, depuis des années.

« Bonjour Madame C. Comment ça va ?

- Voilà notre lecteur assidu ! Bonjour Omar, j’ai quelque chose de spécial pour toi. Un roman attachant : « le Monde de Sophie » par Jostein Gaarder, un écrivain norvégien. Je suis sûre que tu vas aimer ce livre.

- Non, merci je l’ai déjà lu. Au revoir Mme C. Je dois m’en aller. »

 

Je ne voulais plus rien comprendre. Je voulais boire quelque chose pour me calmer. Je me rendis au bar de l’hôtel El Mahdi et je m’installai devant le comptoir. Dès qu’il me vit, Brahim le barman me salua en me disant : « Où te caches-tu ces derniers temps Oma? Tu es devenu l’ermite de Mahdia ou quoi ? » Je n’avais plus envie de rester plus longtemps. Je dis à Brahim que j’avais oublié quelque chose de très important et je quittai l’hôtel sans boire la moindre goutte de bière.

 

Je pensais que la vue de la mer calmerait sûrement mes esprits agités. Heureusement la terrasse du restaurant l’Espadon était vide. Je choisis la table la plus proche de la plage et je commandai deux bières. En posant les deux bouteilles suintantes sur la table, Mongi, le garçon, me dit : « Une bisque de homard ça te dit aujourd’hui ? C’est quelque chose de spécial.» Je lui dis que je n’avais pas faim. Je bus mes deux bières en moins de cinq minutes et je quittai les lieux sans laisser de pourboire.

 

Je ne savais plus que faire. Ben Ali avait-il déclaré la guerre psychologique contre moi ou étais-je devenu seulement paranoïaque? Je voulais tout simplement boire pour oublier. Je me rendis au Magasin Général pour acheter une bouteille de Magon. En arrivant à la caisse, la jolie caissière Fatma cligna des yeux et me lança : « C’est pour une soirée à deux avec bougies ? » Je payai sans répondre et quittai le magasin en courant.

 

En rentrant chez moi, je trouvai ma mère au jardin en train de cueillir des feuilles de menthe :

« Qu’est-ce que tu nous apporte dans ton couffin Omar ?

- Rien, absolument rien !

- Oulidi andou laouina wi khabbi alina ! » (1)

 

Je téléphonai chez mon psychanalyste S.A. et il me donna rendez-vous le jour même à cinq heures. En m’allongeant sur son divan moelleux le docteur S.A. me dit : « Alors ? Je vois que tu as un brûlant secret à me raconter ! ».

1- "Andou laouina wi khabbi alina"  est le titre d’une chronique d’ettounsi.