UncategorizedJuly 3, 2007 2:55 pm

NE ME TOUCHE PAS ! JE NE SUIS PAS TUNISIEN !

 

Il était quatre heurs de l’après midi à la station de bus Habib Thameur quand commença la grande décente de police. Des policiers en civil et en uniforme ont bouclé tous les points de passage de la station du Passage. On demanda ses papiers aux jeunes et aux moins jeunes. Soudain j’entendis quelqu’un crier «Ne me touche pas ! Je ne suis pas tunisien.» A dix mètres de moi un policier en civil tenait le jeune homme, qui criait, par sa ceinture. Tout en essayant de se libérer de la poigne du flic, le jeune homme sortit de la poche arrière de son pantalon un passeport allemand et le brandit devant les flics qui l’entouraient. Un officier en civil examina le passeport et donna l’ordre à ses subalternes de lâcher le jeune homme. J’étais curieux de connaître l’histoire de cet allemand qui parle notre langue et ose crier à la gueule des flics «ماتمسنيش مانيش تونسي» (ne me touche pas, je ne suis pas tunisien). Je le saluai en allemand et il me répondit en arabe!

En réalité il n’y avait aucun mystère. S. était tout simplement né en Allemagne de mère et de père allemands, mais, après son divorce, sa mère avait décidé de quitter l’Allemagne pour s’installer en Tunisie, précisément à Hammam Sousse, avec ses enfants. S. avait, à l’époque de l’émigration vers la Tunisie, cinq ans. Rien de surprenant s’il parle couramment notre langue.

Depuis cette scène du Passage je n’avais plus qu’un seul rêve : pouvoir crier un jour, comme S., au premier flic qui ose se frotter à moi: "Ne me toche pas ! Je ne suis pas tunisien !". Je rêve de devenir citoyen américain, canadien ou australien (ce sont les seuls pays d’immigration au monde) et de devenir un citoyen du monde de première classe.

Mon rêve a été brisé par un ami juriste. Il dit que la loi tunisienne reconnaît la double nationalité mais interdit aux Tunisiens de quitter leur nationalité. En d’autres termes, la nationalité tunisienne te colle à la peau pour l’éternité. C’est comme un tatouage, on ne peut jamais l’enlever. Mais, de nos jours même le tatouage peut être enlevé par la chirurgie esthétique. Aucune chirurgie esthétique au monde ne peut de te débarrasser de ta «tunisianité». Je connais d’ailleurs les cas, d’un Français, d’un Britannique et d’un Suédois, tous d’origine tunisienne, qui ont subi la torture et l’emprisonnement à cause de cette nationalité qui leur collait à la peau.

AH SI J’ETAIS TOURISTE !

Pourquoi Dieu ne m’a-t-il pas créé touriste? Mon plus grand malheur c’est d’être né dans une ville touristique. Je côtoyais cette race de seigneurs depuis mon jeune age. Tout le monde les accueille à bras ouverts, on les chouchoute, on les dorlote, on leur fait la cour( «وين نحطك ياطبق الورد»). Et privilège des privilèges, même les policiers sont aimables et serviables avec eux. Les touristes ont droit aux croissants chauds et au beurre et parfois même aux faveurs des serveurs ! Ils ont droit à des chambres propres avec salle de bain et à des bus climatisés. Leur plat du jour c’est du poisson frais grillé, du poulet rôti et du vin issu des meilleures caves. Vous avez bien dit bain? Caves? Poulet rôti?(1)Ne prononcez surtout pas ces mots devant certains Tunisiens qui «étaient dans le bain».

C’est à l’âge de 18 ans que je fus confronté pour la première fois au racisme tunisien envers les… Tunisiens. C’était un jour de juillet du siècle passé. Il était minuit à Mahdia et je faisais la file devant la boîte de nuit de l’hôtel El Mahdi. Quand vint mon tour je saluai le gorille qui gardait les lieux et je sortis un billet de 5 dinars pour payer l’entrée. Le gorille se contenta de dire : «تفضل خويا» (traduction mot à mot ‘bienvenue mon frère’ ; traduction exacte : que cherches-tu ici, tête de Turc? Dégage !) Avant que je ne profère le moindre mot il me repoussa en disant «ماهيش بواطة متاع عرب» (Ce n’est pas une boîte pour Arabes)

Omarino Khayamotto

Ce jour là je pris la ferme décision d’apprendre les langues des seigneurs. Je choisis l’italien et l’allemand. J’avais un plan secret. Et je l’exécuterais le jour où j’aurais maîtrisé l’une de ces langues. Je voulais apprendre ces deux langues non pas pour réciter les vers de Dante :

«Nel mezzo del cammin del nostra vita
mi ritrovai per una selva oscura
ché la diritta via era smarrita
…»

ni pour chanter avec Goethe :

«Ich ging im Walde so für mich hin
und nichts zu suchen das war mein Sinn
…».

Non, je voulais seulement me défouler, danser et surtout être comme eux. Eux, nos précieux et irremplaçables touristes, ceux pour qui la terre tourne le soleil brille.

Quelques années plus tard mon plan était fin prêt. J’ai fait mon premier essai à l’hôtel Al Mansour. Dès que le portier me dit : « تفضل خويا », je répondis tout de suite : «Buona sera!». Mon plan a marché à merveille. Maintenant je parle comme eux, je suis comme eux Comme par miracle, Dieu m’a métamorphosé en touriste. Je peux, même, donner du change au plus malin des portiers. A l’intérieur de la discothèque je ne disais jamais «وحده سلتيا» [une Celtia], mais «Ein Pils, bitte !» ou «Una birra, per favore!»

Faut-il dissoudre le peuple et en élire un autre?

Si dans certains pays on dissout parfois les parlements, les assemblées représentatives, qu’est-ce qui empêche de dissoudre un peuple?

D’ après moi, tous les problèmes de la Tunisie proviennent de son peuple. Ce peuple a failli à sa mission et s’est dérobé, depuis des décennies, à ses responsabilités. C’est pourquoi j’opte pour cette solution radicale : dissoudre le peuple tunisien et en élire un autre.

Je vais démontrer que le premier responsable de la déchéance du pays n’est ni Ben Ali, ni son parti ni les familles mafieuses qu’il dirige. J’accuse le peuple tunisien d’être l’initiateur, le nourrisseur et le conservateur de la dictature.

L’armada de Ben Ali

De quoi est composée l’armada de Ben Ali? De 150 000 policiers, de dizaines de milliers d’indicateurs, et d’au moins un million d’applaudisseurs, détenteurs de la carte magique de couleur rouge sang.

Commençons par nos «anges protecteurs», les policiers. Où Ben Ali a-t-il recruté ses flics, ses barbouzes, ses SS, ses tortionnaires, ses grands chefs spécialistes du poulet rôti? Les a-t-il importé du Rwanda ou du Sierra Leone ? Non le sang qui coule dans leurs veines est la même catégorie que celui qui entache les murs des caves de l’horreur, des commissariats de l’intérieur et des abattoirs de Naassen et de Bouchoucha. Qui sont ces metteurs en scène, ces scénaristes, ces techniciens de films X produits et distribués par les laboratoires de l’innommable ministère? Ben Ali les a-t-il fait venir de la San Fernando Valley, la Mecque du porno US, en Californie? Non leur génie artistique est tunisien à cent pour cent. L‘empereur des caves Bokassa vient-il de Bangui ? Les assassins du commandant Mansouri ont-ils été recrutés à Bogota ou à San Salvador?

Passons en revue nos fervents militants qui se comptent par centaines de milliers, pour ne pas dire par millions. Ont-ils été exportés vers la Tunisie par le camarade Kim Il Sung ou par le génie des Carpates, le regretté Nicolae Ceausescu? Leur attachement indéfectible à l’Artisan et à son oeuvre, qui n’a rien cédé aux modes du temps, ne crève t-il pas les yeux par sa «tunisianité».

Et que dire de nos goujats de la plume? Sont ils des coopérants formées à l’école de Udaï Saddam Hussein? Des Tripolitains animés par l’esprit du Frère Guide de La Révolution? Ou encore des rescapés de l’académie journalistique de notre ami Enver Xoja? Non, ils sont tunisiens et fiers de l’être!

Si la médiocrité avait une nationalité, elle ne serait que tunisienne.

Voici la solution que je propose : Il faut dissoudre le peuple tunisien et en élire un autre!

 

1- Allusions aux sinistres caves du ministère de l’intérieur. "Le bain" (el-bano) et "le poulet rôti" sont deux méthodes de tortures tunisiennes.

Omar Khayyâm

 
Samedi 27 avril 2002

Uncategorized 2:30 pm

LE BRAS DU DESHONNEUR OU
LES SEPT PILIERS DE LA BASSESSE

« Il a ainsi vidé tous les concepts de leur contenu et de leur sens, aussi bien la démocratie, que la société civile ou les droits de l’homme. Pour preuve il n’y a qu’à contempler le « monument » érigé (c’est le cas de le dire) au centre de Tunis pour les droits de l’homme (un bras d’honneur)… »
Docteur Hachemi Dhaoui : Deuil différé, Perspectives tunisiennes, juillet 2001.

Dans la République du silence et du black-out il est difficile de trouver des images de la dictature à l’œuvre. Je remercie Moncef Chelli d’avoir enfin donné une image à la hauteur (ou plutôt à la bassesse) de la voyoucratie tunisienne. Voilà une belle affiche pour la prochaine campagne électorale de Ben Ali et un symbole fort de la République de demain. Dans ce « bras de déshonneur » se concentrent tous les ingrédients et toute la symbolique de l’ère cédée. Un arrêt sur image va nous permettre de dégager les sept piliers de la bassesse benalienne. Commençons par la définition lexicographique (Le petit Robert ) :
BRAS D’HONNEUR : geste injurieux (simulacre d’érection). Faire un bras d’honneur à qqn.

Procédons à l’analyse de l’image : En premier plan c’est un bras mollement tendu adressé à un groupe de protestataires invisibles. A l’arrière plan on voit un groupe de fonctionnaires tunisiens en train d’applaudir arborant un sourire RCDiste débile et vulgaire. Cette image résume (et j’espère conclut) tout un système. Un « voyou de sous-préfecture » qui « n’a que ces mains » (Gilles Perrault) entouré d’une meute d’applaudisseurs. Cette main de Chelli est en fait la main de fer (fatiguée ?) de Ben Ali exhibée aux Tunisiens et à l’opinion publique internationale. Le roi est nu. Tout le monde le sait. Il ne répond pas aux critiques par des arguments mais par l’obscénité et la vulgarité. C’est une image qui résume à la fois le passé et le présent d’une dictature, pas très douce. S’ajoutant aux dessins montrant les différentes méthodes de torture, ce clip vidéo est digne d’accompagner la prochaine campagne électorale du « Protecteur de la patrie et de la religion ». Bref des lendemains qui déchantent.

Le bras d’honneur est un geste obscène. En matière d’obscénité nous avons nos champions : les flics. « En Tunisie c’est la police qui gouverne. » (Rapport annuel de la CNLT, 2000). Or qu’est ce qui caractérise cette police, l’enfant chéri de Ben Ali ? En premier lieu l’obscénité. Elle caractérise le langage et le comportement des flics tunisiens quel soit le corps auquel ils appartiennent. L’obscénité est congénère à la dictature tunisienne. La fabrication de cassettes et d’albums pornographiques pour les utiliser contre les opposants est une pratique qui date de la fin des années quatre vingt. Les viols et les attouchements à caractère sexuel sont une pratique courante de nos « Sévices Spéciaux ». Les témoignages ne manquent pas, malgré la honte qu’éprouvent les victimes à raconter leur calvaire. La majorité d’entre elles se réfugient dans le silence.

Le bras d’honneur est aussi un acte vulgaire. La vulgarité est, elle aussi, l’une des caractéristiques de l’Ere Nouvelle. Vulgarité du discours politique dominant, vulgarité des programmes de la télé et de la radio, vulgarité des journaux à la solde du régime. Enfin vulgarité dans le domaine de la production « artistique » et cinématographique.

Le bras d’honneur est le geste machiste par excellence. Contrairement à la propagande officielle qui parle de promotion du statut de la femme, le régime a fait un bond en arrière par rapport à l’ère bourguibienne, en utilisant un discours machiste insufflé aux torchons qu’on appelle « journaux indépendants » et aux instances du RCD. Le régime n’a pas hésité de qualifier les membres de l’ATFD (Association tunisienne des Femmes Démocrates) de p… Sihem Ben Sedrine a reçu, il y a quelques années, un album de photos obscènes intitulé « Sihem la p… »

Le bras d’honneur est un acte de défi. Moncef Chelli, ce petit bras mou de Ben Ali, a transmis un message très clair traduisant les pensées de son Big Brother : « Je m’en fiche pas mal de toutes les protestations, des rapports accablants des organisations des droits humains locales et internationales, rien ne m’arrêtera plus. »

Le geste obscène du bras d’honneur établit un rapport dominant/ dominé entre celui qui émet le message et celui qui le reçoit. La symbolique sexuelle du geste est aussi une symbolique de pouvoir. C’est, aussi, l’instinct contre la Raison. Les barbaries modernes (bolchevisme, fascisme, nazisme, sionisme etc.) ont toujours eu recours à des discours diabolisant ou déshumanisant l’autre, celui qui n’apparient pas à notre classe, race, religion etc. C’est l’absence totale de dialogue : le bras d’honneur est un acte de violence symbolique. Celui qui accomplit le geste ne cherche pas un partenaire ou un alter ego. Il impose sa loi au destinataire, celle du plus fort.

O.K.

(23 mars 2002)

Pour voir la photo:

http://www.tunezine.com/tunezine83.htm