LE BRAS DU DESHONNEUR OU
LES SEPT PILIERS DE LA BASSESSE
« Il a ainsi vidé tous les concepts de leur contenu et de leur sens, aussi bien la démocratie, que la société civile ou les droits de l’homme. Pour preuve il n’y a qu’à contempler le « monument » érigé (c’est le cas de le dire) au centre de Tunis pour les droits de l’homme (un bras d’honneur)… »
Docteur Hachemi Dhaoui : Deuil différé, Perspectives tunisiennes, juillet 2001.
Dans la République du silence et du black-out il est difficile de trouver des images de la dictature à l’œuvre. Je remercie Moncef Chelli d’avoir enfin donné une image à la hauteur (ou plutôt à la bassesse) de la voyoucratie tunisienne. Voilà une belle affiche pour la prochaine campagne électorale de Ben Ali et un symbole fort de la République de demain. Dans ce « bras de déshonneur » se concentrent tous les ingrédients et toute la symbolique de l’ère cédée. Un arrêt sur image va nous permettre de dégager les sept piliers de la bassesse benalienne. Commençons par la définition lexicographique (Le petit Robert ) :
BRAS D’HONNEUR : geste injurieux (simulacre d’érection). Faire un bras d’honneur à qqn.
Procédons à l’analyse de l’image : En premier plan c’est un bras mollement tendu adressé à un groupe de protestataires invisibles. A l’arrière plan on voit un groupe de fonctionnaires tunisiens en train d’applaudir arborant un sourire RCDiste débile et vulgaire. Cette image résume (et j’espère conclut) tout un système. Un « voyou de sous-préfecture » qui « n’a que ces mains » (Gilles Perrault) entouré d’une meute d’applaudisseurs. Cette main de Chelli est en fait la main de fer (fatiguée ?) de Ben Ali exhibée aux Tunisiens et à l’opinion publique internationale. Le roi est nu. Tout le monde le sait. Il ne répond pas aux critiques par des arguments mais par l’obscénité et la vulgarité. C’est une image qui résume à la fois le passé et le présent d’une dictature, pas très douce. S’ajoutant aux dessins montrant les différentes méthodes de torture, ce clip vidéo est digne d’accompagner la prochaine campagne électorale du « Protecteur de la patrie et de la religion ». Bref des lendemains qui déchantent.
Le bras d’honneur est un geste obscène. En matière d’obscénité nous avons nos champions : les flics. « En Tunisie c’est la police qui gouverne. » (Rapport annuel de la CNLT, 2000). Or qu’est ce qui caractérise cette police, l’enfant chéri de Ben Ali ? En premier lieu l’obscénité. Elle caractérise le langage et le comportement des flics tunisiens quel soit le corps auquel ils appartiennent. L’obscénité est congénère à la dictature tunisienne. La fabrication de cassettes et d’albums pornographiques pour les utiliser contre les opposants est une pratique qui date de la fin des années quatre vingt. Les viols et les attouchements à caractère sexuel sont une pratique courante de nos « Sévices Spéciaux ». Les témoignages ne manquent pas, malgré la honte qu’éprouvent les victimes à raconter leur calvaire. La majorité d’entre elles se réfugient dans le silence.
Le bras d’honneur est aussi un acte vulgaire. La vulgarité est, elle aussi, l’une des caractéristiques de l’Ere Nouvelle. Vulgarité du discours politique dominant, vulgarité des programmes de la télé et de la radio, vulgarité des journaux à la solde du régime. Enfin vulgarité dans le domaine de la production « artistique » et cinématographique.
Le bras d’honneur est le geste machiste par excellence. Contrairement à la propagande officielle qui parle de promotion du statut de la femme, le régime a fait un bond en arrière par rapport à l’ère bourguibienne, en utilisant un discours machiste insufflé aux torchons qu’on appelle « journaux indépendants » et aux instances du RCD. Le régime n’a pas hésité de qualifier les membres de l’ATFD (Association tunisienne des Femmes Démocrates) de p… Sihem Ben Sedrine a reçu, il y a quelques années, un album de photos obscènes intitulé « Sihem la p… »
Le bras d’honneur est un acte de défi. Moncef Chelli, ce petit bras mou de Ben Ali, a transmis un message très clair traduisant les pensées de son Big Brother : « Je m’en fiche pas mal de toutes les protestations, des rapports accablants des organisations des droits humains locales et internationales, rien ne m’arrêtera plus. »
Le geste obscène du bras d’honneur établit un rapport dominant/ dominé entre celui qui émet le message et celui qui le reçoit. La symbolique sexuelle du geste est aussi une symbolique de pouvoir. C’est, aussi, l’instinct contre la Raison. Les barbaries modernes (bolchevisme, fascisme, nazisme, sionisme etc.) ont toujours eu recours à des discours diabolisant ou déshumanisant l’autre, celui qui n’apparient pas à notre classe, race, religion etc. C’est l’absence totale de dialogue : le bras d’honneur est un acte de violence symbolique. Celui qui accomplit le geste ne cherche pas un partenaire ou un alter ego. Il impose sa loi au destinataire, celle du plus fort.
O.K.
(23 mars 2002)
Pour voir la photo:
http://www.tunezine.com/tunezine83.htm
