LIBERTE D’EXPRESSION ASSOURDISSANTE

J’étais en octobre 1999 à Sousse alors que la bataille électorale était à son comble, le suspens total et le résultat des élections une inconnue même pour les meilleurs astrologues.

J’étais au marché central de Sousse lorsque j’ai entendu un jeune marchand de légumes crier à haute voix : " يحيا الزين يحيا الزين و اللي ما يحبش الزين الله لا ترحملو والدين" ( Vive Ezzine ! Vive Ezzine et maudits soient les parents de celui qui ne l’aime pas). J’étais stupéfait, ahuri, abasourdi par tant d’audace. Crier des slogans politiques "chauds" en public dans un marché très fréquenté, plein de flics et d’indicateurs, c’était pour moi presque du suicide. Pour vous dire la vérité, j’avais peur pour le jeune homme et je m’attendais au pire. Je me suis dit dans quelques secondes va surgir un flic en civil et mettre les menottes à ce marchand trop politisé. Bien que j’aie fini mes courses, je restais là à attendre. Je voulais assister pour la première fois dans ma vie à une descente de la Police Politique.

Les minutes passaient et rien ne se passait. Pas un seul flic en vue et le jeune vendeur continuait à chanter ses slogans électoraux et à exprimer haut et fort ses convictions politiques. J’avais les larmes aux yeux. Bien sûr c’était des larmes de bonheur et d’émotion. J’ai assisté en direct à un exemple criant et assourdissant de la liberté d’expression dont jouissent les Tunisiens. Et la scène se passait en 1999 ! Le pays n’était pas aussi évolué démocratiquement comme aujourd’hui.

Messieurs les opposants, révisez vos préjugés. Vous dites que le peuple tunisien ne s’intéresse pas de politique. Voilà un simple marchand de légumes qui non seulement s’intéresse à la chose politique mais il y participe et anime, avec une admirable ferveur, la campagne électorale. Messieurs les râleurs taisez-vous et laissez le peuple exprimer en toute liberté ses choix politiques.

O.K.

( 2001)