UNE PAGE SUR L’AUTODIDACTE DE CARTHAGE

Madame Leïla Trabelsi a un CV remarquable. Elle commence sa carrière académique comme apprentie-coiffeuse au salon de coiffure de Mme Wafa, rue de Madrid à Tunis. Le CAPC ( Certificat d’Aptitude à la Profession de Coiffeuse) en poche, elle se lance à la conquête du cœur du général Zine Ben Ali, à l’époque Super-Flic de Bourguiba. Elle réussit après le coup d’Etat du 7 novembre 1987 à evincer sa rivale, Mme Naïma Kefi, la première épouse du nouveau maître de Carthage.

" Quelle volonté ne lui faut-il pas pour réaliser lentement, obstinément un plan de si vaste envergure ?" (1)

Confortablement installée au Palais de Carthage, elle " a parcouru du regard les innombrables livres qui tapissent les murs et [elle] a dû dire, à peu près comme Rastignac : ’ A nous deux, Science humaine’ " (2). Totalemet désintéressée du pouvoir et des richesses matérielles, elle prépare assidûment son bac, aidée par des professeurs tunisiens bénévoles. Elle passe son bac au Lycée Carthage Présidence et le décroche brillamment. Le président "bac moins trois" digère mal la réussite scolaire de sa douce moitié mais il laisse faire.

Malgrè la jalousie à peine voilée de son mari, elle s’inscrit à un cours privé de droit public auprès du plus grand jursite du Maghreb, le docteur Abdelaziz Ben Dhia, éminence grisâtre du Palais. Mme Leïla, autodidacte de la meilleure espèce, ne trouve aucune difficulté à réussir ses examens et obtenir sa licence de droit.

L’appétit ( de savoir) de Mme Leïla est insatiable. Après deux mois de repos mérité au nouveau palais de Sidi Bou Saïd, elle se lance dans un travail de rechereche académique qui prendra 99, 62% de son temps. Elle rédige en deux ans un mémoire de DEA ( Diplôme d’Etudes Approfondies) qui fera date. Elle a eu le courage d’aborder dans son travail un sujet brûlant dans la Tunisie de Ben Ali : " Les lacunes de la législation et de la jurisprudence tunisiennes en matière de népotisme".

D’après des sources proches des Palais de Carthage, Hammamet et Sidi Bou Saïd, Mme Leïla serait actuellement en train de préparer un doctorat d’Etat en sciences politiques. Comme elle en a l’habitude, la "présidente" doctorante n’hésite pas à aborder les thèmes tabous de la société tunisienne. En effet, ces mêmes sources confirment que la thèse de doctorat porterait le titre "La kleptocratie en tant que système de gouvernement".

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1- J-P. Sartre ; La Nausée, page 49 ( Gallimard, 1951)

2- idem.

 

O.K.

(La Haye, le 11 juillet 2007)