Radhia Nasraoui : La torture est quotidienne en Tunisie
Droits de l’homme . La lutte antiterroriste est utilisée par le régime pour accroître la censure et la répression. Rencontre avec Me Radhia Nasraoui.
Tunis, envoyée spéciale.
Depuis plusieurs années, l’avocate Radhia Nasraoui, l’une des figures de proue de la défense des droits de l’homme en Tunisie, est la cible de multiples pressions et intimidations de la part du régime. Elle a subi tour à tour des agressions physiques, des vols de documents, des écoutes et des coupures de ses lignes téléphoniques, l’interception de ses courriers ou encore la mise à sac de son cabinet. En 2003, lors d’une visite d’État du président français Jacques Chirac, elle avait attiré l’attention de la presse internationale par une grève de la faim de cinquante-huit jours. À l’occasion de la visite de Nicolas Sarkozy à Tunis, nous avons rencontré Me Nasraoui, toujours sous étroite surveillance policière.
La situation s’est-elle dégradée ces dernières années en Tunisie du point de vue des droits de l’homme ?
Radhia Nasraoui: Oui, c’est incontestable. Au nom de la lutte antiterroriste, une vague d’arrestations a frappé, ces derniers mois, des dizaines de personnes. En tant qu’avocate ayant eu à défendre certaines d’entre elles, je peux vous dire que la plupart de ces dossiers sont vides. Mais en torturant les gens (une pratique quotidienne dans la Tunisie de Ben Ali) on peut leur extorquer toutes sortes d’aveux…
La lutte contre le terrorisme est en fait utilisée comme un moyen de limiter les libertés, de museler la presse, d’accroître le harcèlement des défenseurs des droits de l’homme. Il s’agit, finalement, de priver tout le monde des droits les plus élémentaires : droit de se réunir, d’appartenir à une association de la société civile ou à un parti d’opposition, d’exprimer un point de vue différent.
Vous vous êtes présentée il y a quelques jours à l’élection du bâtonnier de Tunis. C’était la première fois qu’une femme postulait à cette fonction. Cela a-t-il aggravé le harcèlement dont vous faites l’objet ?
Radhia Nasraoui: En apparence, j’ai pu mener campagne. Mais dans les faits, ma situation était très différente de celle des autres candidats. Où que je me rende, je suis suivie par des agents de la police politique. Le but recherché étant de terroriser mes interlocuteurs, de les dissuader de participer aux réunions que j’organise. Peu avant le scrutin, mon cabinet a été encerclé toute une journée par des agents de la police politique. Quelques jours plus tard, les mêmes ont agressé un militant des droits de l’homme qui devait venir me voir. Je pourrais citer une longue liste de faits similaires. De telles pressions m’ont fait perdre une dizaine de clients en l’espace de trois semaines. Elles visaient à détourner mon attention de cette campagne électorale. Mais aussi à me désigner, aux yeux de mes confrères, comme une personne à problèmes, une cible du pouvoir qu’il serait irresponsable ou dangereux d’élire.
À la veille de la visite de Nicolas Sarkozy, son entourage a assuré que la question des droits de l’homme en Tunisie n’était pas « taboue ». Qu’attendez-vous du nouveau chef de l’État français, et plus généralement de la communauté internationale ?
Radhia Nasraoui: Après tout ce qui a été écrit dans la presse française sur les atteintes aux droits de l’homme en Tunisie, on ne peut plus prétendre ignorer la pratique de la torture, l’absence de presse libre, le harcèlement des opposants. On ne peut plus prétendre que la Tunisie est le paradis des femmes, que le régime actuel est ouvert parce qu’il nous protège de l’intégrisme et du terrorisme. Il n’y a plus d’excuses. Que Sarkozy ne dise pas, comme Chirac, que le premier des droits de l’homme est le droit de manger, et que ce droit est garanti en Tunisie. Il est grand temps de dire stop.
Mais malheureusement, je crains fort que cette visite du président français ne soit utilisée, dans les semaines qui viennent, pour réprimer davantage. Les choses se sont toujours passées ainsi. Ces visites sont utilisées à des fins de propagande pour dire que le régime est soutenu par les autorités françaises.
Le président Ben Ali a annoncé son intention de « renouveler sa candidature » aux élections prévues en 2009…
Radhia Nasraoui: Il n’a pas besoin de se représenter, il est président à vie ! De toute façon, s’il devait y avoir des élections, je peux vous donner leurs résultats par avance : Ben Ali sera « réélu », comme à chaque fois, avec 99 %.
Une transition démocratique est-elle possible à moyen terme ?
Radhia Nasraoui: Tant que Ben Ali sera aux commandes, on ne peut pas l’espérer. Il n’y aura pas d’ouverture. Au contraire. Le seul espoir que je nourris tient à la création, dans la foulée du sommet mondial de la société de l’information, en 2005, du Collectif du 18 octobre. Cette structure regroupe des gens de tendances politiques très diverses, des marxistes jusqu’aux libéraux. Nous nous sommes fixé l’objectif de lutter, ensemble, pour un minimum démocratique et pour le respect des libertés fondamentales.
Entretien réalisé par Rosa Moussaoui
Source: « L’Humanité » (Quotidien – France), le 12 juillet 2007.
Repris par TUNISNEWS (www.tunisnews.net) du 14 juillet 2007.

Rama Yade “s’étonne” des critiques sur son voyage à Tunis
La secrétaire d’Etat française aux affaires étrangères et aux droits de l’homme, Rama Yade, se dit “étonnée” des vives critiques de la Ligue française des droits de l’homme (LDH) formulées contre elle, au lendemain de son voyage en Tunisie, les 10 et 11 juillet, où elle accompagnait Nicolas Sarkozy.
Dans un communiqué publié vendredi 13 juillet, Mme Yade souligne qu’elle s’est “entretenue pendant plus d’une heure avec son homologue tunisien, Hatem Ben Salem, sur la question fondamentale des droits de l’homme”, dont M. Sarkozy a fait “l’une de ses priorités de sa politique étrangère”. Elle ajoute qu’à son retour en France, elle a reçu Souhayr Belhassen, présidente de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) et “constate, pour le regretter, qu’être femme et jeune dans un gouvernement suscite a priori le soupçon d’être un “paravent” médiatique”.
Jeudi, la LDH avait dénoncé la poursuite par Nicolas Sarkozy de “la politique de complicité” avec “la dictature tunisienne”. Elle avait fustigé Mme Yade pour son “silence” à Tunis et son absence de contact avec les associations tunisiennes de défense des droits de l’homme. Interrogée par les journalistes qui accompagnaient le président Sarkozy, Rama Yade avait fait valoir que son déplacement à Tunis, incertain jusqu’à la dernière minute, ne lui avait pas laissé le temps de prendre rendez-vous avec qui que ce soit.
Pour sa part, l’avocate Radhia Nasraoui, présidente de l’Association de lutte contre la torture en Tunisie (non reconnue), avait dénoncé cette attitude et parlé de “mépris”. “Quand le président du Parlement européen est venu à Tunis, il y a quelques mois, il nous avait rencontrés. Or lui aussi n’était venu que quelques heures”, avait-elle rétorqué. Mme Nasraoui avait cité des cas précis “de tortures abominables” pratiquées sur des détenus tunisiens, dont elle avait pu constater elle-même les traces.
Le régime tunisien est tenu par toutes les associations internationales de défense des droits de l’homme pour l’un des plus répressifs du monde arabe.
Florence Beaugé
Source : « Le Monde »
http://www.lemonde. fr/web/article/ 0,1-0@2-3212, 36-935511, 0.html?xtor= RSS-3210
Comment by Administrator — July 15, 2007 @ 12:47 pm
http://tunisie-harakati.mylivepage.com
A voir ce site pour mieux comprendre le système tunisien de la dictature et de la répression.
Comment by Jacques Jourdin — August 10, 2008 @ 10:11 pm