TranslationsJuly 16, 2007 11:04 pm

Autre société, autres soucis
Par Eugene Kwibuka

Je suis ici depuis plus de cinq mois mais mes observations me semblent infinies. Chaque matin j’ai l’impression d’avoir quelque chose à partager avec mes lecteurs. Je ne pensais pas avant d’arriver ici que les Canadiens pourraient avoir de sérieux problèmes, inconnus pour beaucoup de gens des pays en voie de développement.

Lorsque je suis arrivé ici je n’ai pas realisé que plusieurs grandes et jolies maisons abritent des gens qui se sentent extrêmement solitaires parce qu’ils ne vivent ni avec des membres de leur famille ni avec des amis.

Je ne savais pas que beaucoup de voitures parcourent plus de 800 kms ne transportant q’une seule personne, comme si cette personne ne s’ennuyait pas d’avoir pour seul compagnon de route le bruit du moteur.

Je ne savais pas que beaucoup de gens qui ont l’air d’être riches ne peuvent se permettre d’avoir une aide ménagère à plein temps pour préparer leurs repas et s’occuper de leur maison. Au Rwanda c’est normal d’avoir une aide ménagère. Ici beaucoup de gens parlent des babysitters car il est toujours difficile de trouver quelqu’un pour s’occuper des enfants après leur retour de l’école.

Montréal, qui abrite deux millions d’habitants, cache plusieurs secrets. J’ai visité quelques maisons et j’ai eu pitié des personnes que j’y ai rencontrées. Pourriez-vous imaginer une personne vivant toute seule dans une gigantesque maison où il y a plus de deux téléviseurs, plus de deux voitures, plus de deux salons et plusieurs autres choses?

Mais il semble que cette abondance n’apporte pas toujours le bonheur. J’ai appris que le Québec a les taux de suicide et de divorce les plus élevés au Canada.

Un jour j’ai demandé à des amis canadiens de me dire ce qu’il n’aiment pas au Canada. Pour eux, il était très difficile de trouver une réponse. Mais ils ont finalement donné une réponse bizarre. Au début je n’ai pas compris ce que mon amie voulait dire mais j’ai compris lorsqu’elle m’a donné des explications. Elle m’a dit qu’on achète chaque jour de nouvelles choses qui ne répondent à aucun besoin réel.

Elle m’a dit: “Peux-tu imaginer trois personnes vivant ensemble en famille, chacune d’elles ayant sa propre voiture?. C’est comme lorsqu’une femme conduit sa voiture derrière celle de son mari alors que tous les deux s’en vont en ville!”

Mes quatre amis sont tous d’accord: ce qu’elle a évoqué est la chose la plus embarrassante pour leur société. Mais je n’ai compris que ceci pouvait être un problème que le jour où j’ai appris que plus les gens accumulent des choses, plus ils sont tenus de les entretenir et de se dépenser pour elles. C’est ce qui conduit à la dépression et au stress.

A moins de rencontrer beaucoup de gens pour me dire plus sur la vie ici, je garderai toujours l’image d’une société où la technologie et l’argent  sont en train d’isoler les gens et les éloigner les uns des autres, les obligeant à mener une vie solitaire et éprouvante.

(Traduit de l’anglais par O.K.)

* Eugene Kwibuka, 22 ans, est en 3ème année journalisme à l’Université Nationale du Rwanda. Né en Ouganda, où ses parents avait trouvé refuge dans les années soixante-dix, sa famille est retournée au Rwanda après le génocide de 1994. Il est en train de se former au métier de journaliste en travaillant comme reporter de la radio universitaire, Radio Salus, et en contribuant comme pigiste au seul quotidien rwandais anglophone, The New Times. La Gazette de Montréal et sa maison-mère, CanWest, ainsi qu’Intiative Rwanda l’ont invité à passer six semaines au Canada pour couvrir, pour le compte des médias rwandais, le procès pour crimes guerre de Désiré Munyaneza. Il continuera de consigner ses impressions du Canada et du procès sur son blog.

TEXTE ORIGINAL:

Another society, another range of problems

I have been here for more than five weeks but my observations seem to be endless. Every morning I feel that I have something to share with my readers. I never thought before arriving here that Canadians could have serious problems that many people in developing countries don’t have.

When I arrived here, I didn’t realize that a number of big and good houses I see shelter people who feel extreme loneliness because they don’t live with neither their relatives nor their friends.

I didn’t know that many cars go more than 800 kms carrying only one person as if that person is not bored by his car’s roar.

I didn’t know that many people here who may look rich can’t even afford to pay a full time maid to cook for them or look after the house. In Rwanda, it’s normal to have a maid. Many people here discuss babysitters as it is always difficult to get someone to look after their children when they come back from school.

Montreal that is home to two million people has different secrets. I have been visiting some homes and I felt pity for people I met there. Can you imagine a person living alone in a huge house in which you find more than two television sets, more than two cars, more than two sitting rooms and many other things?

But it seems that this abundance doesn’t always bring happiness. I have learnt that Quebec has the highest suicide and divorce rate in Canada.

One day I asked my Canadian friends to tell me something that they don’t love about Canada. It was very difficult for them to get the answer but they finally came up with a strange one. At first I didn’t understand what she meant by this but I really understood when she gave explanations. She told me that they buy new things every day without any genuine need for them.

“Can you imagine three people living in a family and every one has a car?” she said. “Like a wife drives after her husband when they are going out!”

Every single person among  the four friends agreed that what she had said is the most embarrassing thing for them about their society.  But still I didn’t understand if that was really a problem until I learnt that the more things people have, the more care and hard work they require of them and they end up depressed and stressed.

Unless I meet many people to tell me more about life here, I remain with an image of a society where technology and money are isolating people from each other, compelling them to live a more lonely and demanding life.

Eugene Kwibuka, 22, is a third-year journalism student at the National University of Rwanda. Born in Uganda, where his parents fled in the 1970s, the family returned to Rwanda after the 1994 genocide. He is building his career as a journalist by working as a reporter for his university’s radio station, Radio Salus, and reporting on a freelance basis for Rwanda’s only English-language daily newspaper, The New Times. The Gazette, its owner, CanWest, and the Rwanda Initiative brought him to Canada to spend six weeks covering the war crimes trial of Désiré Munyaneza for media back home. He’ll be keeping a blog about his impressions of Canada and the trial.

http://communities.canada.com/montrealgazette/blogs/journeytocanada/default.aspx
 

Humour& humeurs 3:15 pm

Tintin refoulé à l’aéroport de Tunis-Carthage !

 

TUNIS- (TNA) - "TINTIN PERSONA NON GRATA". C’est le gros titre du quotidien Le Phare de Tunis d’aujourd’hui. Tintin ne connaîtra de la Tunisie que son luxueux aéroport. C’est le commissaire de Tunis-Carthage en personne qui a notifié à Tintin cette mesure de refoulement. Ben Ali en a decidé ainsi. Sa rancune est légendaire. Il ne pardonnera jamais à Tintin une phrase en néerlandais prononcée à… Londres.

 

L’affaire remonte au 12 juillet 2007. La Commission pour l’Egalité Raciale [Commission for Racial Equality, CRE] a, en effet, intenté un procès contre Tintin, accusé de racisme. Il s’agit de l’album Titin Au Congo, publié en 1931. D’après la CRE, cet album contient "d’abominables préujgés raciaux" et les Congolais y "apparaissent comme des singes et parlent comme des imbéciles". Selon les juristes, ces faits sont indiscutables mais Tintin ne peut être jugé sur des faits vieux de 77 ans. La prescription du "crime" saute aux yeux. Titin a été, donc, blanchi le jour-même par un juge de Sa Majesté. A sa sortie du tribunal, Tintin a été encerclé par une meute de journalistes excités. Ce qui les a frappés le plus fut sa jeunesse éternelle: aucune ride, aucun cheveu blanc !

Un journaliste belge lui a posé cette question en néerlandais:

- Is de kleur van uw haar natuurlijk? [ La couleur de vos cheveux est-elle naturelle?]

- Natuurlijk ! Ik heet niet Zine El-Abidine Ben Ali ! [ Naturellement ! Je ne m’appelle pas Zine El-Abidine Ben Ali !]

La réaction de l’ambassadeur tunisien à Londres fut immédiate. Il a vigoureusement condamné "le néocolonialisme et le racisme de Tintin". Mais le diplomate, encore sous le choc des propos de Tintin, a commis une gaffe qui aurait pu lui coûter son poste. Il a, en effet, déclaré devant les médias: " Le président Housni Moubarak aussi se teint les cheveux. Alors pourquoi seul notre présdient est-il devenu un abcès de fixation pour les Occidentaux?".

Les relations entre le Caire et Tunis étaient à un cheveu de la rupture. Mais, fort heureusement, la Ligue Arabe a réussi à calmer le jeu. La presse britannique, amusée par l’affaire et jouant sur les mots, parle de querelle entre "Dying regimes" (1)[ Des régimes qui s’éteignent/se teignent].

Mais pourquoi Tintin a-t-il décidé de se rendre à Tunis quelques jours seulement après la tempête diplomatique causée par ses propos "néocolonialistes"? C’est un journaliste tunisien qui lui aurait mis le puce à l’oreille le jour de sa comparution devant le juge londonien. Il lui aurait chuchoté à l’oreille: " Vous pourriez mener à Tunis une enquête digne de votre réputation de fouineur dans les affaires louches. Le yacht d’un banquier français volé en Corse a refait surface en Tunisie. Il vient de disparaître de nouveau…"

Pendant sa longue attente à la salle d’embarquement de Tunis-Carthage, le portable de Titin n’a sonné que deux fois. Le premier appel venait de l’ambassade belge à Tunis qui voulait s’assurer qu’il n’avait subi aucune torture pendant sa "garde à vue". Le second appel venait d’un anonyme. Une voix rauque lui a dit avant de raccrocher: " Occupe-toi de tes patates, sale raciste ! Notre linge sale, on le lave en famille."

1- To die: mourir. To dye: teindre.

O.K.

16/07/2007