Tintin refoulé à l’aéroport de Tunis-Carthage !

 

TUNIS- (TNA) - "TINTIN PERSONA NON GRATA". C’est le gros titre du quotidien Le Phare de Tunis d’aujourd’hui. Tintin ne connaîtra de la Tunisie que son luxueux aéroport. C’est le commissaire de Tunis-Carthage en personne qui a notifié à Tintin cette mesure de refoulement. Ben Ali en a decidé ainsi. Sa rancune est légendaire. Il ne pardonnera jamais à Tintin une phrase en néerlandais prononcée à… Londres.

 

L’affaire remonte au 12 juillet 2007. La Commission pour l’Egalité Raciale [Commission for Racial Equality, CRE] a, en effet, intenté un procès contre Tintin, accusé de racisme. Il s’agit de l’album Titin Au Congo, publié en 1931. D’après la CRE, cet album contient "d’abominables préujgés raciaux" et les Congolais y "apparaissent comme des singes et parlent comme des imbéciles". Selon les juristes, ces faits sont indiscutables mais Tintin ne peut être jugé sur des faits vieux de 77 ans. La prescription du "crime" saute aux yeux. Titin a été, donc, blanchi le jour-même par un juge de Sa Majesté. A sa sortie du tribunal, Tintin a été encerclé par une meute de journalistes excités. Ce qui les a frappés le plus fut sa jeunesse éternelle: aucune ride, aucun cheveu blanc !

Un journaliste belge lui a posé cette question en néerlandais:

- Is de kleur van uw haar natuurlijk? [ La couleur de vos cheveux est-elle naturelle?]

- Natuurlijk ! Ik heet niet Zine El-Abidine Ben Ali ! [ Naturellement ! Je ne m’appelle pas Zine El-Abidine Ben Ali !]

La réaction de l’ambassadeur tunisien à Londres fut immédiate. Il a vigoureusement condamné "le néocolonialisme et le racisme de Tintin". Mais le diplomate, encore sous le choc des propos de Tintin, a commis une gaffe qui aurait pu lui coûter son poste. Il a, en effet, déclaré devant les médias: " Le président Housni Moubarak aussi se teint les cheveux. Alors pourquoi seul notre présdient est-il devenu un abcès de fixation pour les Occidentaux?".

Les relations entre le Caire et Tunis étaient à un cheveu de la rupture. Mais, fort heureusement, la Ligue Arabe a réussi à calmer le jeu. La presse britannique, amusée par l’affaire et jouant sur les mots, parle de querelle entre "Dying regimes" (1)[ Des régimes qui s’éteignent/se teignent].

Mais pourquoi Tintin a-t-il décidé de se rendre à Tunis quelques jours seulement après la tempête diplomatique causée par ses propos "néocolonialistes"? C’est un journaliste tunisien qui lui aurait mis le puce à l’oreille le jour de sa comparution devant le juge londonien. Il lui aurait chuchoté à l’oreille: " Vous pourriez mener à Tunis une enquête digne de votre réputation de fouineur dans les affaires louches. Le yacht d’un banquier français volé en Corse a refait surface en Tunisie. Il vient de disparaître de nouveau…"

Pendant sa longue attente à la salle d’embarquement de Tunis-Carthage, le portable de Titin n’a sonné que deux fois. Le premier appel venait de l’ambassade belge à Tunis qui voulait s’assurer qu’il n’avait subi aucune torture pendant sa "garde à vue". Le second appel venait d’un anonyme. Une voix rauque lui a dit avant de raccrocher: " Occupe-toi de tes patates, sale raciste ! Notre linge sale, on le lave en famille."

1- To die: mourir. To dye: teindre.

O.K.

16/07/2007