La dictature affolée On dit que la langue polonaise manque cruellement de voyelles. Est-ce un hasard si l’ATSCCPZ a été créée par un ancien étudiant tunisien à Varsovie, interné actuellement à l’hôpital psychiatrique de Manouba ? - « C’est fou comme histoire ! » - « Tu sais, les histoires à dormir debout se sont tellement répandues en Tunisie ces derniers jours que je me demande comment les Tunisiens peuvent aller travailler chaque matin ! » Mourad, que tout le personnel médical appelle "le Polonais" à cause de ses monologues en "polskii", ancien directeur de l’Administration publique, a été interné à l’hôpital psychiatrique suite à des comportements jugés "anormaux" par le RCDiste-en-chef de son département. Mourad avait développé avec le temps une manie bizarre : Il ajoutait à tous les portraits du Président tunisien Bien-Haï, qui ornaient les bureaux de son ministère, une moustache de Staline ! Au début il le faisait en secret. Puis, à mesure que sa "maladie" se développait, devant tout le monde. Il ajoutait toujours en bas du portrait en lettres majuscules : "BIG BROTHER IS WATCHING YOU !". Certains fonctionnaires ne pouvaient cacher leurs rires. D’autres faisaient semblant de ne rien voir. En voyant les portraits de Big Boss Ben Ali "stalinisés", le petit boss RCDiste a eu les bons réflexes d’un chien de garde. Il a alerté en bonne et due forme les trois pouvoirs constitutionnels de la Tunisie : Police, Pègre, Parti. Après moult consultations et pour éviter un nouveau procès politique, les trois P ont décidé d’expédier Mourad par courrier Rapide Poste à l’hôpital psychiatrique de Manouba. Au début de son séjour prolongé chez "les médecins des fous", Mourad ne parlait que de son pays fétiche, la Pologne. D’ailleurs, il monologuait souvent en polonais. Pourtant, un article du journal français Libération l’a finalement libéré de sa manie polonaise. L’article en question, daté du 13 juin 2003, porte le titre "La maladie de Ben Ali obsède la Tunisie" et le sous-titre "Un probable cancer rallume la guerre des clans". Il s’agissait en fait d’une vieille photocopie de l’article qu’un médecin avait laissé tomber dans un des couloirs obscurs de la "maison des fous". Sans consulter qui que ce soit, Mourad a rédigé, en arabe et en français, un communiqué annonçant la création de l’ATSCCPZ (Association Tunisienne de Soutien aux Cellules Cancéreuses de la Prostate de Zine) et l’a distribué aux patients, aux infirmiers et aux médecins. Plusieurs patients ont accepté d’adhérer sans la moindre hésitation à cette association, mais les médecins se sont contentés, par crainte de représailles, d’exprimer leur sympathie. Peut-être Mourad avait-il raison lorsqu’il ajoutait systématiquement aux portraits de ZABA la célèbre formule d’Orwell "BIG BROTHER IS WATCHING YOU". Incroyable mais vrai, un des patients de l’hôpital psychiatrique travaillait pour les Renseignements Généraux ! Dès que la nouvelle de la naissance de l’ATSCCPZ était parvenue au Ministère de l’Intérieur, le directeur de la Sûreté de l’État a tout de suite donné l’ordre d’encercler l’hôpital psychiatrique de Manouba par des centaines de policiers politiques en civil. Le droit de visite a été provisoirement suspendu et tout le personnel de l’hôpital a été soumis à un interrogatoire serré. Les ordres émanant du Palais de Carthage était formels : le coupable, Mourad, doit payer pour son crime de lèse-Saleté. Le président-fondateur de l’ATSCCPZ a été condamné à l’isolement total jusqu’au dernier jour de sa vie. Les policiers politiques n’ont pas, bien sûr, oublié de saisir toutes les copies du communiqué annonçant la création de l’ATsCCPZ. Mais, on ne sait comment, Mourad a réussi à envoyer à partir de sa cellule hermétiquement fermée et étroitement surveillée par des flics en civil un télégramme destiné au Palais de Carthage : « Chères camarades cellules cancéreuses de la prostate de Zine, je soutiens sans réserve votre valeureux combat. Que votre lutte continue ! ».
Lorsque le docteur Slim B., un ami de longue date, m’a parlé de l’étrange histoire de l’ATSCCPZ je lui ai tout simplement dit :
« C’est le patient le plus sympathique qu’il m’ait été jamais donné de rencontrer » me confie la doctoresse Salma M. « Mourad est un livre d’histoire qui se déplace à deux pieds » ajoute-t-elle. Il lui racontait souvent, dans un style inimitable, la triste histoire de ce pays qui n’existait pas - légalement- avant 1918 : la Pologne. « Je ne savais rien du pacte Ribbentrop - Molotov, ni du massacre de Katyn (20 000 officiers polonais exécutés par les Soviétiques), ni encore du soulèvement du ghetto de Varsovie en 1944. » dit Salma.
Humour& humeursJuly 19, 2007 1:35 pm
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La maladie de Ben Ali obsède la Tunisie
Un probable cancer rallume la guerre des clans.
Jeune Tunisienne de Paris, Leïla ne se reconnaît plus. Pas un jour désormais où elle ne guette les apparitions du président Zine ben Ali - «amaigri, les traits tirés», assure-t-elle - à la télévision nationale. Il y a quelques mois, elle les fuyait, excédée de voir le raïs tunisien y camper en permanence. Aujourd’hui, le présentateur égrène toujours la litanie des ministres «reçus par le Président». Mais sans l’image. Même chose en une des quotidiens : les traditionnelles photos de Ben Ali s’y font rares. Et cette absence, rompue seulement tous les trois ou quatre jours, alimente la rumeur qui a envahi le pays : celle de la maladie du chef de l’Etat, âgé de 67 ans et au pouvoir depuis 1987. Rien n’y fait. Pas même les dénégations de certaine chancellerie européenne «amie» qui, plus royaliste que le roi, attribuait récemment ce secret de polichinelle à une… subtile manoeuvre du palais de Carthage pour «détourner l’attention des Tunisiens» de la tension créée par la guerre contre l’Irak !
Indices. «Le problème, c’est que les faits parlent d’eux-mêmes», constate un expert de la situation. A l’instar des Tunisiens ou des diplomates étrangers, il additionne les «indices». D’abord, l’embarras des responsables du RCD, le parti au pouvoir. Interpellés dans nombre de réunions sur la «santé du Président», ils se gardent de répondre. L’un d’eux a eu l’imprudence de lâcher : «J’en suis réduit au même point que vous», au lieu de s’en tenir au sempiternel : «Il va bien, merci !» Il s’en mord encore les doigts.
Il y a aussi le changement d’habitudes du chef de l’Etat. Celui-ci passe désormais beaucoup de temps dans le palais de Sidi Bou Saïd. Cette désaffection pour la résidence officielle ne saurait passer pour un choix mobilier. Seul, en effet, Carthage répond à l’obsession sécuritaire d’un Président dont la charge de travail a par ailleurs été considérablement allégée. Au point qu’une entrevue avec un ambassadeur étranger fait aujourd’hui figure d’événement. Zine ben Ali n’en aurait d’ailleurs quasiment pas rencontré depuis mars et son pèlerinage à La Mecque. Le voyage, refait cette année, quinze ans après un premier hadj, n’en finit pas de gonfler la vox populi qui y voit une volonté de se rapprocher du Tout-Puissant dans un moment difficile. Voire crucial ? «La seule certitude, poursuit la même source, porte sur un cancer avec métastases de la prostate ou des glandes séminales , traité notamment par des médecins allemands, tandis que son médecin personnel, qui s’était vu reprocher de n’avoir pas diagnostiqué assez tôt la maladie présidentielle, est désormais à plein temps au palais.»
Une évolution politique majeure semble conforter ces indices : le peu d’empressement de la presse à évoquer 2004, c’est-à-dire la future élection présidentielle. Cette échéance avait pourtant mobilisé, l’an dernier, toutes les énergies de Zine ben Ali. Et scandalisé l’opposition. Soucieux de se garantir une présidence - et une impunité - à vie, le chef de l’Etat avait procédé à une révision constitutionnelle par référendum en mai 2002. «Il s’est cru obligé de changer 38 articles de la Constitution pour n’en faire passer en réalité qu’un seul : celui qui lui assurait la présidence à vie», résume un homme d’affaires. Or, curieusement, 2004 semble avoir disparu de l’horizon, tandis que Tunis bruisse de rumeurs évoquant la volonté de Ben Ali de créer un poste de vice-président. Cette formule aurait, dit-on, la préférence d’une partie de son entourage. Ce dernier n’aurait nulle envie de voir le président de l’Assemblée assurer l’intérim pendant six mois et organiser une présidentielle, comme le prévoit la Constitution en cas de vacance du pouvoir.
Alcôve et coups tordus. Pour les connaisseurs de Carthage, le signe le plus tangible de la maladie de Ben Ali réside dans l’exacerbation des conflits au sein de «la famille», euphémisme pudique désignant les clans qui s’affrontent dans l’entourage présidentiel proche. «Les Ben-Ali-Baba s’affolent», s’amusait, en mai, l’Audace, un journal d’opposition. Affichant écoutes téléphoniques, secrets d’alcôve, enrichissement fulgurant, accaparement des marchés d’Etat, gardes du corps rapprochés et autres coups tordus, les petites guerres picrocholines de ces clans rivaux - celui de Slim Chiboub, le gendre du Président, et de sa seconde épouse Leïla Trabelsi - font ainsi les délices des salons de Carthage. Mais elles inquiètent l’opposition. «Et si ça se passait mal… L’exemple syrien a montré qu’un chef puissant et avisé peut léguer tout un pays en héritage au fils et au clan», remarque l’ex-président de la Ligue des droits de l’homme, Moncef Marzouki, qui ne perd pas une occasion d’évoquer une nécessaire «immunité» pour les détournements financiers, nécessité oblige de rassurer le fameux «entourage présidentiel».
Tourisme. En réalité, la question de la maladie - et donc de la succession - est largement prise en compte par les milieux diplomatiques, même si le sujet reste tabou. Elle se pose avec d’autant plus d’acuité que l’opposition apparaît trop faible pour peser sur le cours des événements qui surviennent au moment où le «miracle économique tunisien» marque le pas. La mise en coupe réglée de l’économie par «la famille» fait hésiter les investisseurs étrangers. Et le tourisme, à peine remis du 11 septembre, a replongé après les attentats de Djerba et de Casablanca. Or, ce secteur représente 8 % du produit intérieur brut et fait vivre des centaines de milliers de personnes, alors que le taux de chômage officiel est de 16 %, sans parler du sous-emploi.
Ce ralentissement économique, s’il se perpétue, risque de poser un réel problème à un régime qui a toujours argué d’un «bilan économique et social positif» pour rejeter les critiques de ses opposants. Que Ben Ali soit ou non en bonne santé. Publié mardi, le dernier rapport d’Amnesty International sur la Tunisie rappelle qu’«un fossé sépare toujours les principes proclamés par les pouvoirs publics et la réalité telle qu’elle est vécue par les Tunisiens». Un projet de loi présenté au Parlement lui donne raison. Ce texte prévoit six mois de prison et 5 000 dinars d’amende (3 800 euros) pour tout citoyen tunisien qui critiquerait son pays - comprendre le régime - sur des télévisions ou des médias étrangers….
Par Jose GARÇON
Libération du vendredi 13 juin 2003
Comment by Administrator — July 19, 2007 @ 4:11 pm