TranslationsJuly 21, 2007 2:41 pm

Une Victime de la torture retourne au Canada

Octroi de statut de réfugié par une autorisation ministérielle

Catherine Solyom- The Gazette( Montréal )

Un étudiant de droit de nationalité tunisienne expulsé en janvier, pour être ensuite arrêté et torturé dans son pays d’origine, espère rejoindre ce mardi le Québec.

Haroun M’barek, 34, a bénéficié d’une autorisation ministérielle très exceptionnelle lui accordant le droit de retour au Canada en tant que réfugié, a déclaré un haut fonctionnaire du gouvernement canadien.

"C’est une très bonne nouvelle qu’on ait finalement arrivé à le faire sortir de l’enfer où il vivait et où il a été torturé et forcé à vivre dans des conditions ihumaines", a dit Jamel Jani de l’Association des Doits de la Personne au Maghreb dont le siège est à Ottawa et l’un des groupes de pression qui ont mené une campagne pour la libération de M’barek.

M’barek, un étudiant de deuxième cycle à l’Université Laval, s’est vu refuser le statut de réfugié par la Commission de l’Immigration et des Réfugiés en 1997.

Après que les fonctionnaires canadiens de l’immigration ont deux fois statué qu’il ne courait aucun risque d’être persécuté dans son pays d’origine, il a été expulsé 15 jours seulement avant qu’il n’achève sa maîtrise.

Mais la nouvelle de son arrestation et sa torture dès son retour en Tunisie a provoqué la réaction immédiate des organisations des droits humains et des fonctionnaire de l’immigration canadienne.

L’organisation montréalaise Droits et Démocratie a envoyé un avocat à Tunis pour assister la défense de M’barek. Des fonctionnaires du ministère canadien des affaires étrangères et de l’ambassade du Canada ont assisté au procès en mars dernier.

UNE PEINE DE TROIS ANS

M’barek a été condamné malgré tout à trois ans de prison et à cinq ans de contrôle administratif pour "constitution d’une bande criminelle " et "participation à une tentative collective visant à attaquer les personnes et les propriétés."

Aucune preuve n’a été apporté au procès sauf celle de son appartenance à une association estudiantine.

"Dans un local prévu pour 30 détenus s’entassaient 300 personnes. Lorsqu’il a été atteint de tuberculose, son état de santé a empiré à tel point que nous craignions pour sa vie", a encore dit Jani .

Jani attribue aux autorités canadiennes les pressions exercées sur le gouvernement tunisien et l’obtention de la libération de M’barek en mai dernier, alors qu’il attendait l’appel de son procès prévu pour septembre. Il sera ainsi de retour à Laval pour achever sa maîtrise, a-t-il encore ajouté.

Jani dit être au courant de trois cas de Tunisiens vivant au Canada auxquels le statut de réfugié a été refusés et qui courent le risque d’être expulsés.

La ministre fédérale de l’immigration Elinor Caplan a proposé la loi C-11 en février, qui vise améliorer l’évaluation du risque couru par un demandeur d’asile en cas d’expulsion. Adoptée par les Communes en juin, la loi sera soumise à l’approbation du Sénat.

Catherine Solyom

The Gazette of Montreal

STURDAY, SEPTEMBER 1, 2001

(Traduit de l’anglais par O.K.)

 

Papier original:


Catherine Solyom


The Gazette of Montreal

STURDAY, SEPTEMBER 1, 2001

Torture victim returns
Ministerial permit gives refugee status
A Tunisian law student deported in January, only to be arrested and tortured in his native land, hopes to be back in Quebec on Tuesday.
Haroun M’barek, 34, has been issued a rare ministrerial permit to return to Canada as a refugee, a high-ranking government official said.
"It’s excellent news to finally get him out of the hell he has been in, where he has been tortured and forced to live in inhuman conditions", said Jamel Jani of Ottawa’s Association des Doits de la Personne au Maghreb, one of a coalition groups that campaigned for M’barek’s release.
M’barek, a graduate student at Université Laval, was denied refugee status by the Immigration and Refugee Board in 1997.
After Canadian immigration agents twice determined that he ran no risk of being persecuted in his home country, he was deported just 15 days before he was to finish his master’s degree.
But news of his immediate arrest and subsequent torture as he set foot on Tunisian soil prompted human-rights groups and Canadian immigration officials to react.
Montreal human-rights group Rights and Democracy sent a Montreal lawyer to help represent M’barek and officials from Foreign Affairs and the Canadian embassy also attended his trial in March.
3-YEAR JAIL-SENTENCE
M’barek was nevertheless sentenced to three years in jail and five years in administrative detention for "forming a criminal gang" and "participation in a collective project aiming to attack persons and properties."
No evidence was presented other than that he had participated in student association.
"In a room meant for 30 people there were 300 people. When he got tuberculosis he became so sick, we were afraid for his life", Jani said.
Jani credits Canadian officials for maintaining pressure on the Tunisian government and securing M’barek’s release in May, pending an appeal for his conviction in September. By then he will be back at Laval, completing his master’s degree, he said.
Jani said he knows of thee other cases of Tunisians in Canada who have been refused refugee status and may be soon facing deportation.
Federal Immigration Minister Elinor Caplan tabled Bill C-11 in February, which intended to improve evaluation of a refugee claimant’s risk of return. Adopted by the House of Commons in June, the bill is now awaiting approval by the Senate.

Fiction 2:26 pm


 Cette nouvelle de politique-fiction a été écrite lorsque Sihem Bensedrine était derrière les barreaux (19 juillet 2001). Bien que Papillon soit un personnage fictif, je réclame toujours sa libération.

 

Libérez Papillon !


 Papillon. C’est ainsi que ses copains l’ont toujours appelé, car il est plein d’énergie et bouge beaucoup. C’est un jeune de la banlieue ouest, précisément de Manouba, qui jusqu’ici a mené une vie presque normale. Aucun journal de Tunis n’a relaté son histoire rocambolesque, car elle est considérée comme un secret d’Etat. Une histoire à dormir debout. Pourtant ce qu’il a fait est digne d’être considéré non seulement comme un acte de bravoure, mais aussi comme un défi inouï au régime.

J’ai sonné à la porte de sa maison. C’est sa mère qui m’a ouvert la porte en me demandant ce que je cherchais. Dès que j’ai prononcé le mot journaliste, elle a brusquement refermé la porte.

Je me suis alors adressé à un groupe de jeunes assis à quelques mètres de la maison de Papillon. Je leur ai tout de suite demandés": Y a-t-il quelqu’un qui connaît Papillon?" Alors tout le monde voulait parler de lui. Imed, son meilleur ami, dit qu’il était le premier surpris quand il a entendu parler de cette incroyable aventure de Papillon. Il a dit que le quartier a perdu un bon footballeur et un conteur de blagues inimitable. Papillon est, selon ses amis, un type très intelligent plein d’imagination, il a toujours mille projets fous en tête. Tous ses copains sont au courant de l’issue de son aventure ou plutôt de sa mésaventure. Il n’a parlé de son projet à aucun de ses amis. Un projet fou, insensé et extrêmement dangereux.

Papillon a vu Sihem Ben Sedrine pour la première fois sur Al-Mustaquilla. Une femme qui ne l’a pas laissé indifférent. Il a toujours admiré les hommes et les femmes qui ne mâchent pas leurs mots et qui défient les puissants de la terre. Le jour où il a appris que Sihem est emprisonnée pas loin de chez lui à la prison des femmes de Manouba, il a pris une décision secrète et inébranlable: Il doit libérer Sihem quel qu’en soit le prix.

Papillon a commencé à creuser le 27 juin 2001. Alors que ses parents dormaient, Papillon creusait un tunnel qui devrait le mener jusqu’a la prison des femmes. Il voulait libérer Sihem et par son acte héroïque entrer dans l’histoire. Il creusait chaque nuit jusqu’à l’aube. Ses parents ne se doutaient de rien car il a caché l’entrée du tunnel par du zinc couvert de terre et d’herbe.

Le 14 juillet 2001 Papillon a réalisé son incroyable exploit. Enfin il a atteint la prison des femmes. D’après ses calculs il devait se trouver juste au-dessous de la cellule de Sihem. Il n’aurait qu’à soulever les carreaux, faire irruption dans la cellule et inviter Sihem à s’engouffrer dans le tunnel.

Malheureusement pour lui ses calculs n’étaient pas aussi exacts qu’il le pensait. Au lieu d’émerger dans la cellule de Sihem, il se trouvait juste au-dessous de la salle de torture de la prison!

Lorsque Papillon a sorti sa tête des entrailles de la terre, les gardiennes ont jeté un cri si fort qu’on aurait dit que c’étaient elles qu’on était en tain de torturer.

La gardienne en chef a donné l’ordre de soulever Papillon et de lui mettre les menottes.
Ce que Papillon a enduré dans cette salle n’a rien à voir avec tout ce que vous avez vu dans les films de série B où l’histoire se déroule dans une prison pour femmes.

Libérez Papillon !!!

Translations 1:39 pm

Aucune odeur d’enfer sur la plage ensoleillée

Le déluge de feu de Djerba est considéré maintenant comme un attentat –c’est officiel Mais les touristes veulent qu’on leur épargne les détails

par Axel Veiel (Er-Riadh, Djerba)

Une demi douzaine de policiers, quelques barrières, c’est tout ce qu’il y a à voir. Rien de plus n’indique ici à la sortie d’Er-Riadh que l’enfer est passé par là. Même la présence de policiers et de barrière rappelle plus à un petit coin de villégiature qu’à une garnison qui monte la garde d’un lieu touché par les flammes de l’enfer. Des hommes, qui ont trouvé refuge dans l’ombre d’un olivier, sont accroupis devant l’entrée de la synagogue. Deux parmi eux ont l’air de somnoler, un autre homme est en train de lire, les autres causent et rigolent. En face d’eux, au bout de la rue menant au lieu de culte juif, les grillages ont la forme, plus ou moins, d’un carré qu’on peut contourner facilement. Le vent apporte des bruits d’enfants. C’est la fin des cours à l’école. Garçons et filles quittent la cour de l’école en courant vers la rue. Un des policiers dit que la synagogue va être réouverte aux visiteurs dans deux, trois jours et tout sera comme avant.

La majorité des victimes meure quelque part plus loin, très loin d’ici. Elles succombent à leurs brûlures dans un pays lointain, l’Allemagne. Ici sur l’île de Djerba, une île qui vit, presque exclusivement, du tourisme. Les gens veulent tirer un trait sur le passé, refouler, oublier. Certes, le fait que, dix jours auparavant, un chauffeur kamikaze se fasse sauter en l’air avec son camion plein de bonbonnes à gaz provoquant la mort de 17 personnes ne peut plus être expliqué par un accident, comme le laissaient entendre les autorités au début. Mais, pour les habitants du lieu, comme lors d’un accident, la tragédie ne concerne que ceux qui ont eu le malheur d’être impliqués dans l’attentat. Et exactement comme dans le cas d’un accident de voiture, les riverains pensent que le prochain accident de la route n’aura certainement pas lieu devant chez eux.

La Tunisie est une terre de tolérance, c’est ce qu’a déclaré le président Ben Ali après l’attentat. La tolérance de ses concitoyens envers les gens d’autres confessions n’était-elle pas jusqu’ici exemplaire? Juste en face de la synagogue d’El-Ghriba brillent les coupoles blanches d’une mosquée baignée par le soleil de midi. "Maison de prière musulmane", c’est ce qu’on peut lire sur une pancarte placée à côté du portail. Ces pancartes n’ont de sens que dans les lieux où existent des maisons de prière appartenant à d’autres confessions. Jusqu’ici, des milliers de Juifs d’Afrique du Nord se sont déplacés chaque année à Djerba pour célébrer la Pâques juive, et ont longé les murs de cette mosquée.

Les pèlerins vont-ils revenir? L’imam de la mosquée en est convaincu. L’homme de religion, ferme bruyamment la porte en fer encastré, regard en direction de l’énorme silhouette du temple juif, à la forme carrée et dont l’architecture diffère de celle de la mosquée. Il pointe du doigt l’amas de gravats et de sable devant la synagogue et : "Les travaux de rénovation sont presque achevés." Rénovation? Les ouvriers ne sont-ils pas en train d’éliminer les traces de l’incendie? Non, dit l’imam, ce sont des travaux de rénovation prévus depuis longtemps.

Mais quelqu’un a perturbé la marche collective vers la normalité. Otto Schily est arrivé lundi pour rendre hommage aux victimes et poser des questions incongrues. Deux actes qui ont indisposé ses hôtes. Le ministre l’a, d’ailleurs, remarqué. Il avait dû déposer le bouquet de fleurs, préparé en l’honneur des victimes, contre un grillage rouillé placé à l’entrée de la synagogue, loin du lieu de l’explosion. A l’intérieur du lieu de culte, il a vu de braves artisans perchés sur des échelles ou des échafaudages. Le chef de la communauté juive, Perez Trabelsi, lui expliquait les insignes, lui traduisait les inscriptions murales et lui donnait des explications sur le calendrier juif. Malgré l’empressement de Trabelsi, l’hôte de Berlin a réussi quelques fois, à évoquer "le terrible événement ". "Le véhicule se trouvait où?" a-t-il demandé, ou encore: "Le feu est parvenu jusqu’où?"

C’est seulement pendant son entrevue avec le président Ben Ali à Tunis que les choses étaient tirées au clair, derrière les portes fermés du palais. Après cette entrevue, le responsable allemand était en mesure de déclarer, en son nom et même au nom du chef de l’Etat tunisien: "La certitude fait maintenant place aux doutes quant à la thèse de l’attentat." Schily a dit aussi, clairement, que l’enquête resterait entre les mains des enquêteurs tunisiens. L’enquête se fera dans le calme, sans trop de détails pour ses concitoyens et pour les touristes, dans le but de ne pas nuire à l’image du pays où règne une paix céleste au milieu d’un Maghreb agité par les troubles.

Plusieurs touristes à Djerba ne veulent pas que la joie des vacances soit troublée par des souvenirs insupportables. Dans l’hôtel Royal Garden Palace les touristes se précipitent, comme toujours, vers la plage, la piscine ou le buffet. De vendeurs ambulants déambulent entre les corps luisants oints de crème de bronzage et offrent aux touristes des plants de palmier ou des roses du désert. L’attentat contre la synagogue n’est pas à l’orde du jour. "Si nous nous laissons influencer par de tels actes, nous ne pourrions plus aller nulle part", dit une touriste qui joue à la pétanque. Tous les présents acquiescent. Selon elle, la Tunisie est un pays pacifique, accueillant. Elle assimilerait l’attentat plutôt à un crash d’avion, qui pourrait se passer n’importe où dans le monde même à Djerba.

Brigitta Göring, aussi, trouve cet attentat "absolument atypique pour ce pays, où le mode de vie occidental a pu s’intégrer mieux qu’ailleurs au Maghreb". Ce qui irrite cette touriste de Francfort "c’est la politique de camouflage adoptée après l’attentat". Mais cette Allemande essaye d’être compréhensive. Si le tourisme disparaît à Djerba, ce serait comme si l’île était engloutie par la mer, pense cette femme de 68 ans. S’il y a un autre attentat . . ., a-t -elle ajouté, absorbée par ses pensées, laissant ouverte la question de ce qui se passerait alors.

Mais il n’y aura pas d’autre attentat. Le coiffeur d’Er- Riadh en est sûr à 100%. "Car, il y a un peu de police partout en Tunisie", C’est ce qui explique la certitude de ce jeune homme de 26 ans aux cheveux bouclés. Alors comment expliquer que le premier a pu avoir lieu? L’homme au tablier blanc dit qu’il n’a jamais entendu parler d’un attentat et qu’il n’est pas prêt à en parler. Puis il ajoute, en souriant, qu’en Tunisie il vaudrait mieux ne rien entendre, ne rien dire, car il y a un peu de police partout en Tunisie.

Pourtant, il dit quelque chose. La faute est au journal Le Quotidien, lu et relu par ses clients et laissé sur l’un des deux fauteuils. Presque la moitié du journal est consacrée des souffrances des Palestiniens. Les photos du journal montrent des corps déchiquetés, des yeux d’enfants qui reflètent toutes les horreurs de la guerre, des femmes qui essayent d’évacuer des blessés ou des corps en lambeaux.

Ce que font les Israéliens révolte même quelqu’un comme lui, dit le coiffeur, qui tient à la tolérance religieuse. Même un Chrétien doit être révolté par ça. Chacun réagit à sa manière à cette situation pleine de souffrances et d’injustice. Il dit qu’il a donné son sang aux Palestiniens à l’hôpital de Houmt Souk. Sa sœur a fait un don en espèces. "Et peut être", ajoute-t-il, "en voyant ces images, un islamiste perd-t-il la raison et sème -t-il la pagaille."

(Traduit de l’allemand par O.K.)

Source: Frankfurter Rundschau, avril 2002.