Lettre à tous les médecins du monde
Chères médecines, chers médecins,
Cette déclaration d’amour aurait dû être écrite il y a
longtemps. Mais j’étais timide à l’époque où j’ai
commencé à vous fréquenter. Je n’osais même pas vous
regarder dans les yeux. Plus je vous voyais et plus
j’étais attiré par vous. Pour être toujours proche de
vous, je suis devenu avec le temps un grand
collectionneur de maladies. Le moindre mal de tête,
l’égratignure la plus superficielle, le plus infime
changement de température m’offraient un joli prétexte
pour vous voir. Avec le temps mon corps a appris à
inventer les maladies les plus bizarres; parfois elles
n’avaient même de nom!
Une fois, une doctoresse m’a dit dans un langage
sibyllin: "Vous souffrez de douleurs essentielles!".
En deux mots elle a résumé l’essentiel. J’ai même
acheté une encyclopédie médicale pour savoir s’il y a
encore des maladies qui me restent à découvrir.
Heureusement, il y en a assez pour mille vies humaines
au bas mot.
Si entre une consultation et la suivante ma santé ne
décline pas, je deviens tendu, anxieux,
irritable et je me précipite vers le cabinet du psy le
plus proche. Grâce à mon psy j’ai enrichi mon
vocabulaire: névrose, hypocondrie, syndrome
maniaco-dépressif, schizophrénie, neurasthénie etc.
Mais le mot que j’adore le plus est schizoïdie! C’est
joli, poétique, lyrique, un grain romantique.
Grâce à vous, chères médecines, chers médecins, ma vie
a trouvé le sens qu’elle cherchait. En plus, avec vous
on ne s’ennuie jamais. On passe sans transition du
cardio au gastro, du pneumo-phtisio au dermato et du
neuro-psycho à l’uro !
Chères médecines, chers médecins, mon coeur bat pour
vous. Vous êtes, sans exagération aucune, ma raison de
vivre. Je préfère mourir que de vivre dans un monde sans
vous.
Je voudrais que l’on écrive en lettres géantes sur
ma tombe l’épitaphe suivante: JE REMERCIE TOUTES LES
MEDECINES ET TOUS LES MEDECINS QUI ON RENDU MA VIE
VIVABLE.
Je voudrais vous dédier à la fin la chanson
"Et si vous n’existiez pas, dites-moi pourquoi
j’existerais?"
Je vous aime tou(te)s!
O.K.
(Edmonton, Canada, février 2004)
