UncategorizedDecember 6, 2007 1:17 pm

قصتي مع تونس نيوز

بدأت قصتي مع تونس نيوز بسوء فهم ما زال يضحكني إلى اليوم ؛ فقد أرسل شخص أجهل هويته عنواني الإنترناتي إلى فريق تونس نيوز في أواسط العام ألفين، شهرا أو شهرين بعد هجرتي إلى كندا؛ و رغم تتبعي للأخبار الممنوعة بواسطة الإنترنات منذ العام تسعة و تسعين بعد اشتراكي في ناديين للإنترنات في سوسة و أريانة فإنّني لم أسمع قطّ بتلك الرسالة الإخباريّة اليومية التي تستقي معلوماتها من تونس و تجمّعها في استوكهولم ثمّ ترسلها إلى مشتركيها في مختلف أصقاع العالم.

و عندما وصلني أوّل عدد من تونس نيوز ظننته دعاية حكومية فلم أفتح الرّسالة و وضعت عنوان المرسل في خانة العناوين الغير المرغوب فيها؛ و لم يمض وقت طويل حتى اكتشفت موقع تونس نيوز و انقشعت الغشاوة عن عينيّ ؛ و قد أصبحت
منذ ذلك الحين
مدمنا على تونس نيوز إدمان جدّتي على قهوة الصّباح “الكانونية.

و بفضل تونس نيوز علمت بولادة طفلة بهيّة الطّلعة سمّاها أبوها تونيزين؛ “أبوها” التّونسي كان قائد اُوركسترا يبحث عن عازفين، و كنت عازفا ـ مكبوتا ـ يبحث عن مايسترو موهوب؛ و من عجائب الأقدار أنّ القائد و العازف لم يلتقيا قطّ، و منذ أن غاب القائد عن الرّكح بقيت أردّد ألحان ماض لن يعود.

قد يتساءل البعض لماذا خبت جذوة النّقد و المعارضة و المقاومة؟ لأنّ كلّ ما يجب أن يقال قد قيل ـ تعذيب، تنكيل، نفي، تعنيف، محاصرة، عبادة الدّكتاتور، لغة خشبيّة، رشوة، مافيوقراطية، إلخ ـ و المطلوب لم يعد تشخيص المرض بل العلاج و عند هذه النّقطة يطلع الصّباح و تكفّ شهرزاد عن الكلام المباح، فلا دكاترتنا و لا صيادلتنا المعارضون قادرون على تصوّر برنامج علاج لطرد الزّين و ليلى من قرطاج.

و لكنّ الدّاء التّونسي لا يتلخّص في الزّين و ليلى بل كذلك في السّرطان التّجمّعي؛ فحزب الدّستور قد احتلّ الفضاء الجغرافي و السٌياسي منذ نصف قرن لذلك فلن أستغرب استمرار الهيمنة المطلقة لهذا الحزب بعد رحيل بن علي.

هل تعني نظرتي المتشائمة أن وجود تونس نيوز يتساوى مع عدمها؟ كلا، أبدا؛ إذ أستطيع أن أقول دون مبالغة إنّ تونس نيوز قد أنقذت عشرات الأرواح البريئة بمجرّد الإعلام بإيقاف الأشخاص أو بتدهور أوضاع الموقوفين و المساجين؛ باختصار لقد انتصرت الدّكتاتورية انتصارا ساحقا على المجتمع التّونسي و لكن لا تتروكها أبدا تلعب في الظّلام.

عمر الخيّام التّونيزيني

مونتريال، ٥ ديسمبر ٢٠٠٧

Humour& humeurs 10:53 am

G.P. a commis un roman , “La disparition”, où un trou s’ouvrit, privant mon “d” d’un prochain voisin . Un jour, j’ai pondu un bloc de mots imitant son roman:

Amour courant

Au mois d’août 2007, j’ai fait un jogging aux Pays-Bas. Pas loin roulait un tramway où j’ai vu la nana qui habitait mon imagination, surtout la nuit. Tout mon corps fut saisi par l’apparition. J’ai dit: “hourra !” quand son tramway s’immobilisa. Il s’ouvrit, vida sa cargaison. Sauf la nana au pantalon gris. La nana donnait son dos aux passants. Soudain la nana tourna, ouvrit un battant, puis scruta l’horizon. Pour moi, un instant important pour la voir à bout portant.

La nana m’a vu. Surpris, j’ai souri. La nana sourit à son tour. Puis ma main la salua. Sa main aussi mima un salut amical. Puis la nana prononça trois ou cinq mots. J’ai dit: “Ni ouï ni compris !”. Soudain un bruit. L’assourdissant bruit du tram, qui partait, mit fin à l’amour naissant. J’ai couru pour saisir l’amour fuyant. Son tram vira, puis disparut dans un bois. Ruminant la disparition, j’ai poursuivi mon jogging sans but ni raison.

Serendipity 4:26 am

Génération Ben Ali: le gâchis

Sihem Bensedrine

5 décembre 2007

Je dédie ce texte à la mémoire de Omar Chelendi, une victime de Ben Ali, décédé en Somalie à l’âge de 25 ans

[cette caricature a été gracieusement offerte à Kalima
par le grand caricaturiste algérien Ali Dilem.] ( voir:
http://www.kalimatunisie.com/article.php?id=640)

Kais a vingt aujourd’hui. Le bel âge? Pas vraiment. Il est né le 7 novembre 1987, le jour où le Général Ben Ali prenait le pouvoir en Tunisie par un coup d’Etat “médical ” sans effusion de sang, il est vrai. La”révolution du jasmins” commenteront certaines chancelleries occidentales qui s’étaient empressées de cautionner ce régime et n’ont jamais pris leur distance depuis. Seulement, ce n’est pas dans les jasmins qu’a grandi la “génération Ben Ali”, mais dans les cactus.

Kais est né et a grandi sans avoir jamais vu un seul journal indépendant. Pour lui, il est normal que les journaux publics et privés chantent la gloire de “l’artisan du changement “. Et il est normal qu’aucune critique ne soit tolérée à l’endroit du chef de l’Etat, de son entourage ou de sa politique, dans les médias. C’est comme ça. Les critiques, on a juste le droit de les chuchoter en privé, en s’assurant que les enfants n’écoutent pas; On ne sait jamais, les murs ont des oreilles et les enfants répètent imprudemment.

Kais ne sait pas ce qu’est l’art de la caricature, tel qu’il l’a découvert sur un journal comme le Canard enchaîné, que les amis étrangers de ses parents leur rapportent de voyage de temps en temps et qu’ils lisent en cachette, car le journal est interdit en Tunisie. Kais ignore que le lendemain de sa naissance a marqué la mort de cet art en Tunisie. Un journaliste a osé une caricature montrant un homme sur un baudet qui sort du 6 novembre et entre au 7 nov sur la même monture et les mêmes habits (par allusion à la classe politique qui a servi avec la même fidélité les deux régimes du jour au lendemain); Il lui en coûta un passage de quelques jours aux sous sols de la Dakhilya, les locaux de la sûreté de l’Etat à l’avenue Bourguiba, où l’on vous somme de mettre votre dignité aux vestiaires. La leçon valut pour tous; depuis ce jour là, plus aucun caricaturiste ne s’essaya à cet art impertinent; certains se sont convertis en cireurs de pompes, l’un des plus virulents crayon a signé un hymne à la gloire de Ben Ali en bande dessinée; les plus dignes se sont exilés.

Pour Kais, c’est aussi normal d’avoir le même président pour toujours; Il a grandi avec le même président qui n’a jamais changé et il va peut être mourir avant lui; Les présidents chez nous, ça ne change pas !Périodiquement, on fait un festival et on dit qu’on est content de l’avoir et que sans lui, on ne peut rien faire. On appelle cela “élections”; mais c’est réservé aux adultes qui ont un boulot et beaucoup de dettes avec les banques; Les jeunes, ils n’ont pas de carte d’électeur, c’est normal, ils ne payent pas le 2626 !

Kais aimait bien passer ses week-ends dans des cafés de Karaoké avec des copains du quartier huppé d’El Manar; Le goût lui est passé, depuis que l’un de ses amis a été embarqué par les flics qui l’ont attrapé fumant un joint et il a écopé de 2 ans de prison, le tarif de base; Pour Kais, c’est normal que les flics fassent des rafles dans les cafés, embarquent les jeunes au poste un samedi soir et prennent 24 heures pour vérifier leur identité à coup de matraques; Il en a toujours été ainsi. Kais n’a pas connu cette période où les policiers du régime autoritaire de Bourguiba présentaient des mandats d’amener avant d’embarquer un
citoyen.

La fréquentation des cybercafés n’est pas moins à haut risque; Kais le sait maintenant à ses dépends; Il a rencontré un jeune avec lequel il a sympathisé; il lui a fait découvrir certains sites islamistes Salafistes, ceux-là pas censurés par la cyberpolice! Il a découvert un autre discours et un exutoire à sa quête d’idéal et de défis à relever. Un jour la police est arrivée dans le cybercafé et a embarqué son copain dans une mise en scène digne d’un Western Spaghetti.

Les autres ont compris; Et de crainte de voir son tour arriver, tétanisé, il s’est cloîtré chez lui. Ils ne sont pas venus le chercher, ni le 1er, ni le 2e jour, ni les jours suivants; pourtant, le gérant du cybercafé le connaît pour avoir relevé son identité et son adresse; et tout le monde sait que les propriétaires de cybercafés travaillent avec la police.

Kais ne sait plus quoi faire de ses vingt ans. Il a envie d’éclater, de se faire exploser pour LA Bonne cause; et il y en a tellement! Ce vide d’activité, il ne le supporte plus; il a le “dégouttage” comme on dit dans le jargon des jeunes Tunisiens. Cela fait déjà un moment qu’il ne va plus suivre les cours à l’Université; A quoi bon; Il n’a même pas pu choisir sa branche d’études; Il voulait faire les Beaux arts et on lui a imposé “techniques commerciales” dans un Institut, comme il en a été créé partout, comme des champignons et qui n’ouvrent sur aucun avenir; diplômes pas assez qualifiés pour les métiers de cadres et trop qualifiés pour les filières
professionnelles; Kais comprend que ces champignons ont l’avantage de retenir les jeunes et de fournir des
statistiques aux “réalisations de Ben Ali”

Kais ne rêve que d’une chose maintenant, partir, fuir, n’importe où; Il a fait une demande de passeport et on
le lui a refusé; “il n’a aucune raison valable pour voyager”! Kais ne le sait que trop, quand on est jeune, on est considéré comme un suspect ; suspect de “délit de jeunesse”, cette race qui n’a rien à perdre et qui fait tant peur à Ben Ali. Aujourd’hui, Kais pense à brûler à faire le “Harq”, franchir les frontières de n’importe quelle manière; quitte à mourir en mer; et mourir pour mourir, autant que cela soit pour “La bonne cause”!

Source: KALIMA

http://www.kalimatunisie.com/article.php?id=640