Humour& humeursJanuary 17, 2008 9:27 am

Psychose? Question de dose…

« La folie nous fait peur, parce que nous savons bien qu’elle est en nous. »
Rosa Montero
«C’est leur rapport à l’excès, à la folie, qui m’intéresse. Le neutre m’ennuie.»
Sylvain Tesson

Le 31 decembre 2007 j’étais dans le métro. J’avais un journal entre les mains. Un article du docteur Zacchia, psychiatre à l’hôpital Douglas, m’a séduit du premier regard. Le papier portait un titre curieux: “Psychologie de l’écureil”. En fait l’article traitait plus de psychologie humaine qu’animale. Le docteur Zacchia dit que les écureils du Mont-Royal n’ont pas peur des visiteurs, car ils savent que ce derniers sont non seulement inoffensifs mais aussi généreux parfois. L’être humain aussi cherche les situations sécurisantes et fuit tout ce qui le met mal à l’aise. Mais fuir les dangers et les situations imprévues tout le temps est un handicap pour l’évolution personnelle. A travers cet article, le psy chevronné invite ses lecteurs à maîtriser leurs peurs et à foncer parfois vers l’inconnu.

L’article m’a laissé rêveur pendant quelques secondes. J’ai fermé les yeux pendant que mon cerveau digérait le papier délicieux. En ouvrant lentement les yeux, j’ai été accueilli par un sourire malicieux, celui du voyageur barbu assis en face de moi. C’était le sourire de quelqu’un qui vous attrape en flagrant délit. Mais un délit tout à fait pardonnable. C’était le docteur Zacchia en personne ! Je l’ai reconnu grâce à la photo qui accompagnait son article. Jusqu’à aujourd’hui je suis incapable de trouver la moindre explication à cette apparition miraculeuse. Mais je n’étais pas au bout de mes surprises. Le médecin m’a interpellé avec un ton on ne peut plus familier:

- Bonjour, Omar. Tu as besoin d’aide?
- On se connaît déjà?
- On se connaît depuis toujours.
- Ton article m’a bouleversé !
- Merci pour le compliment.
- Etait-il spécialement adressé à moi?
- Oui et non. Mais je crois, en tout cas, que tu as besoin d’aide.
- Mais je ne suis pas malade, docteur !
- Tous mes patients disent la même chose: ” Je ne suis pas malade, docteur !”.
- Comment sais-tu que je suis malade?
- Mon oeil de psy ne me trompe jamais. Je vois une lueur étrange dans tes yeux…
- Tu parles comme Hamlet !
- Pauvre Hamlet ! Sa tragédie c’est qu’il n’a jamais suivi une thérapie.
- Heureusement pour les Shakespearophiles comme moi.
- Oublie Shakepeare pour le moment. Tu vas me suivre à l’hôpital.
- Mais je dois préparer ma valise.
- On dirait que tu es obsédé par les petits details de la vie, cher Omar !
- Mais ce sont ces petits détails qui remplissent le vide de notre vie, non?
- On en reparlera plus tard.

Nous sommes descendus à la station Verdun. La neige qui enveloppait l’imposant Centre Hospitalo-Universitaire lui conférait un charme irrésistible. En arrivant à la porte d’entrée, le docteur Zacchia a rompu le silence:

- N’oublie pas d’enlever tes bottes à l’entrée, s’il te plaît.
- On dirait que tu es obsédé par les petits détails de la vie, docteur !

A l’intérieur de l’hôptial règne une paix divine. J’ai l’impression de revenir au ventre maternel. Maintenant je n’ai plus besoin d’ouvrir un dictionnaire pour comprendre le sens du mot “sérénité”. Le monde extérieur n’existe pas. Seul le monde intérieur compte. Et ce monde intérieur est tellement riche que j’aimerais y passer le restant de mes jours.

Ici tout le monde, patients et personnel, est extrêmement gentil. On ne parle ni d’argent ni d’affaires. Le sourire artificiel des vendeuses et des banquiers brille par son absence. On ne vend rien et on n’achète rien. C’est un univers où les mots “performance”, “carrière”, “productivité” etc. n’ont aucun sens. Chose intéressante: toutes les relations humaines sont désintéressées. Tout le monde y trouve son compte.

Mes co-pensionnaires sont des gens intéressants et hyper-sympathiques. Je ne m’ennuie jamais en leur compagnie. Le “Professeur” Boltzmann - son pseudo - croit avoir découvert la dimension manquante de l’univers. Selon lui, c’est dans les interstices de cette dimension cachée, invisible et indétectable que trouvent leurs origines les rêves nocturnes et diurnes, les songes des nuits d’été, les délires de Hamlet, Oncle Vania et la Dame au petit chien, Madame Bovary et Anna Karénine, Alice et Sophie, Aladin et sa lampe magique et… les Contes de folie ordinaire.

Il y a aussi le “réalisateur de théâtre” Hellseher*, son pseudo d’artiste, qui a 1001 idées pour réaliser la pièce de théâtre la plus brève de l’Histoire. Elle porte le titre “Untitled” [Sans titre] et dure à peine une minute ! Cette pièce sans nom, sans acteurs et sans décor, a été écrite par Beckett. Mais personne n’a jamais eu le courage de la monter sur scène:

Acte I: Pas la moindre lumière. Noir absolu.

Acte II: Le cri d’un bébé, invisible, qui vient de naître. La scène, vide, commence à s’éclairer lentement. Scène éclairée.

Acte III: La scène s’obscurcit lentement. Avant que la scène ne re-plonge dans le noir total: un bruit à peine audible, le dernier souffle d’un homme qui vient de s’éteindre. FIN.

* Hellseher en allemand= voyant.

Translations 6:53 am

Les deux visages de la Tunisie

Les Tunisiens célèbrent aujourd’hui 50 ans d’indépendance, de progrès social et de réussite économique. Seule la démocratie n’avance pas.

Par Oliver Meiler, Rome

Tunis a reçu aujourd’hui le 20 mars des tonnes de télégrammes de voeux à l’occasion du 50ème anniversaire de l’indépendance de la Tunisie, qui marqua la fin du protectorat français(1881-1956).

Les plus importants télégrammes arrivaient de Paris, Washington et Bruxelles. Entre les lignes, l’on décèle un ton de reproche amical, comme celui adopté par les rédacteurs de George W. Bush dans le message adressé par le gouvernement américain. En premier lieu le message dit ce qui suit: «Nous, les États-Unies d’Amérique, sommes fiers, d’être un paretenaire de la Tunisie dans ses éfforts pour la consolidation des institutions démocratiques et l’élargissement de l’espace des libertés.»

L’Occident voit, si l’on peut s’exprimer ainsi, une Tunisie à deux visages. D’un côté le pays apparaît comme un pole économiquement sain, socialement avancé et politiquement stable dans la région perturbée du Maghreb. De l’autre côté, les dix millions de Tunisiens payent pour cette stabilité relative un prix politique très élevé. Et ce prix se calcule en fonction des libertés démocratiques sacrifiées. Les Tunisiens appellent ça: «Vivre dans une cage en or».

«Cinquante ans de Répression»

Pour l’opposition, réduite à sa portion congrue et étranglée, il s’agit de plus que ça. Dans le centre de Tunis, quelques douzaines de militants, avocats, islamistes et intellectuels ont tenté, il y a quelques jours, d’organiser une marche pour commémorer «Cinquante ans de répression et de dictature». Mais il ont été séparés les uns des autres, tabassés, pourchassés. Zine el-Abidine Ben Ali, depuis 1987 président de la Tunisie, un pays qu’il gouverne en monarque absolu, ne tolère aucune critique.

À travers son parti omniprésent, il conrôle tous les canaux par lesquels des critiques pourraient être exprimées. Le monde entier a été confronté de près à la manie sécuritaire de Ben Ali pendant le mois de novembre dernier à l’occasion du Sommet Mondial sur la Société de l’Information organisé par l’ONU à Tunis.

Le régime y a vu une chance pour se débarrasser de cette double image sur la scène internationale. Ben Ali, l’ancien policier, a échoué par ses propres efforts.

Il croyait pouvoir dicter aux représentants des médias étrangers sur place le contenu de leurs reportages et la manière de les faire. Cette offensive de charme s’est soldée par un échec cuisant.

Pourtant, les Tunisiens peuvent être fiers. Pendant les cinquante dernières années, ils ont constitué l’avant-garde sociale du monde arabe. Habib Bourguiba, le «Père de l’indépendance» , président à vie jusqu’à sa «destitution pour sénilité» en 1987, a donné au pays, trois ans seulement après une idépendance obtenue sans grands sacrifices en vies humaines, une constitution républicaine, une première dans la région. L’introduction d’un code du statut personnel, qui devrait changer radicalement la vie des Tunisiennes, était carrément révolutionnaire: il inerdit la polygamie et la répudiation et fixe un âge minimum pour le mariage des filles. Les femmes ont obtenu le droit de vote et les voies de l’instrcution et du travail ont été largement ouvertes pour elles.

Forte représentation féminine au parlement

Le gouvernement tunisien compte aujourd’hui sept femmes ministres et 25% des députés au parlement sont des femmes. Encore mieux: elles représentent un tiers des juges et 44% des enseignants universitaires. Ce sont des taux que certains pays européens n’ont pas encore atteints.

L’économie, aussi, a réalisé pendant ces dernières années des taux de croissance appréciables: 5% pendant les cinq dernières années. Pourtant, la Tunisie, au contraire des riches voisins algériens et libyens, n’a ni gaz ni pétrole. Certes, le secteur textile, qui emploie 250 000 ouvriers et contribue à hauteur de 50% du volume des exportations, souffre de la concurrence chinoise. Mais le tourisme, qui est en plein essor, est devenu le secteur-clef de l’économie tunisienne: en 2005 le pays a accueilli plus de six millions de touristes. Les plages de Monastir, Jerba et Hammamet sont très appréciés par les touristes. C’est la face brillante de la médaille à deux faces qu’est la Tunisie.

(Source : le journal « Tages Anzeiger » (Suisse), le 20 mars 2006)

[traduit de l’allemand par O.K.]