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Le jeudi 17 janvier 2008
Ces questions qui tuent !
TAÏEB MOALLA
Atlanta (Géorgie) - «Comment ces gentils citoyens
américains que j’ai longtemps fréquentés peuvent-ils
élire, sans états d’âme, des politiciens qui
déclenchent des guerres injustes au cours desquelles
des milliers de personnes sont tuées? Pourquoi ceux
qui ont défendu à travers l’histoire les principes de
justice et de liberté acceptent-ils la politique
étrangère agressive que mène leur pays en leur nom?»
C’est Alaa Al-Aswany, auteur égyptien à succès et fin
connaisseur de la société américaine - son dernier
roman s’intitule Chicago -, qui s’est posé ces
questions au cours d’une récente conférence à
l’Université américaine du Caire. Autant le
reconnaître d’emblée, ces mêmes interrogations me
taraudaient l’esprit avant même de visiter les
États-Unis. Je n’y ai évidemment pas trouvé de
réponses définitives, mais seulement les pistes de
réflexion que voici.
L’économie avant l’Irak
«Le principal problème est que la politique extérieure
n’a presque jamais été un enjeu électoral aux
États-Unis, signale un haut fonctionnaire américain à
la retraite. Du coup, mes concitoyens ne se rendent
pas vraiment compte de ce qui se passe dans le monde.»
Il n’est donc pas étonnant de constater que les
questions économiques ont largement supplanté la
guerre en Irak dans les sondages d’opinion destinés à
connaître les thèmes permettant aux électeurs de
trancher entre les candidats à l’occasion des
actuelles élections primaires. Avec les attentats du
11 septembre 2001, les choses ont naturellement
empiré. «Les gens ont le sentiment que le pays ne fait
que se défendre dans une guerre globale contre le
terrorisme. Difficile dans ce contexte passionné de
faire les nuances qui s’imposent», assure la même
source.
Les médias montrés du doigt
Le rôle des médias américains dominants revient
régulièrement dans les discussions lorsqu’il s’agit
d’expliquer l’apathie du public. «En matière
d’information, c’est presque le désert. Encore plus à
la télévision que dans la presse écrite, soutient un
journaliste indépendant résidant au pays depuis une
dizaine d’années. Les vrais enjeux internationaux ne
sont presque pas traités. Et quand ils le sont, c’est
souvent avec le prisme déformant d’une guerre opposant
les forces du bien à al-Qaïda et à ses suppôts.»
Selon lui, les dizaines d’analyses et de reportages
consacrés aux larmes réprimées par Hillary Clinton et
leur rôle présumé dans son come back politique
constituent la parfaite illustration d’un choix
médiatique douteux: celui de raconter une «jolie
histoire» plutôt que de s’intéresser aux programmes
électoraux des uns et des autres.
—
Les coûts de ce voyage ont été défrayés par le
département d’État américain. Notre journaliste
participe à l’International Visitor Leadership
Program.
