http://www.mediamat inquebec. com/?Section= Accueil&id= 6153

Le jeudi 24 janvier 2008

Rencontre avec un «Américain moyen»

Kansas City (Missouri) - J’ai rencontré Dutch sur un
vol entre Atlanta et Dallas. Il a 50 ans, une femme,
deux enfants, un bon travail dans une compagnie
d’assurances et une grosse maison. Bref, mon nouvel
ami incarne à merveille le fantasme de tout
journaliste s’intéressant à la politique américaine.

J’ai unilatéralement décidé que Dutch était
«l’Américain moyen» par excellence.

Ces derniers temps, Dutch est fort courtisé. Il fait
partie des 40 % d’électeurs dits indépendants. «Je
vote toujours pour le candidat et jamais pour le
parti», signale-t-il. Dans les années 1980, il a ainsi
opté pour les républicains Reagan et Bush père. Cela
ne l’empêchera pas de donner sa voix, cette fois, au
«vent de fraîcheur» que représente, à ses yeux, Barack
Obama. Bref, s’il avait été Québécois, Dutch aurait
sûrement opté pour l’option, évidemment inexistante,
du «ouais, peut-être» à une question référendaire sur
la souveraineté.

Pour choisir son camp, le critère principal de Dutch
est «l’intégrité du candidat ou l’idée que je me fais
de cette qualité». C’est ce qui explique sa profonde
déception devant les agissements lubriques de Bill
Clinton. «Mais en quoi la vie sexuelle d’un président,
fusse-t-elle trépidante, regarde-t-elle les
électeurs?», demande le journaliste. «Le problème
n’est pas le fait qu’il ait trompé sa femme. C’est le
fait qu’il l’a fait à la Maison-Blanche et, surtout,
qu’il a menti sous serment», s’indigne encore Dutch.

Les États-Unis, une monarchie?

S’il concède que «l’expérimentée Hillary serait plus
prête qu’Obama à diriger le pays dès le premier jour
d’un mandat présidentiel», Dutch reproche à l’ancienne
première dame son côté «calculateur et manipulateur» .

«En plus, ce pays est gouverné, depuis 20 ans, soit
par un Bush ou par un Clinton. Ce n’est pas très sain.
On dirait une monarchie», fait-il remarquer.

Dans son coin de pays, Dutch ne parle pas trop de
politique. La plupart de ses voisins sont des «Die
Hard républicains, dit-il en riant. Si on discute
d’élections, ça devient vite trop chaud, alors on
évite le sujet». Mieux vaut alors se concentrer sur
des questions plus consensuelles tels le jardinage ou
encore les défaites à répétition de l’équipe locale de
baseball.

Ductch sait bien que le système électoral américain
(dans chaque État, le candidat récolte la totalité des
voix des grands électeurs dès qu’il obtient 50 % + 1
des voix) fait que son vote du 4 novembre, au Texas,
pèsera autant que celui d’un péquiste dans
Westmount-Saint- Louis. Il ira quand même voter. «Ne
serait-ce que pour ne pas faire baisser le taux de
participation, explique-t-il. Je suis d’ailleurs
content de constater que ce taux risque d’être assez
élevé cette année.»

Au Texas, les primaires n’auront lieu que le 4 mars. À
moins d’une surprise, le nom des candidats des deux
principaux partis sera déjà connu ce jour-là. «Et
alors? J’exercerai quand même mon droit», dit Dutch.

—-

Les coûts de ce voyage ont été défrayés par le
département d’État américain. Notre journaliste
participe à l’International Visitor Leadership Program.