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Le vendredi 25 janvier 2008

Un dîner chez des républicains

TAÏEB MOALLA

Kansas City, Missouri - Passer une soirée avec un
couple de sexagénaires républicains du Missouri, au
cœur de l’Amérique, est une expérience tellement
intense que je m’en voudrais de ne pas vous en parler.

Les organisateurs m’avaient prévenu. Les règles
élémentaires de la bienséance commandent de ne jamais
évoquer, devant nos hôtes, les deux sujets tabous par
excellence que sont la religion et la politique.

N’écoutant que mon courage, doublé bien entendu d’une
dose d’impolitesse, je lance les hostilités avant même
que l’on serve l’entrée. Je glisse, l’air de rien,
qu’un récent sondage réalisé auprès d’un échantillon
de la population canadienne donnait une victoire
éclatante à n’importe lequel des candidats démocrates
aux élections présidentielles américaines de novembre.
«En plus, l’image guerrière des États-Unis dans le
reste du monde ne ferait que se renforcer si c’est un
républicain qui devait prendre les commandes de
l’État», ajoutais-je, non sans une certaine malice.

Visiblement furieux devant tant d’impertinence, le
mari réplique. «Ce que vous dites est faux,
corrige-t-il. S’il est choisi, John McCain sait trop
bien ce qu’est la guerre (c’est un vétéran du Vietnam)
pour prendre les choses à la légère. C’est pour cela
que les attaques armées seront toujours la dernière
option. Mais il ne faut cependant jamais les exclure.»

Et l’Irak?

Fort bien. Mais que pensez-vous alors de la «terrible
erreur» qu’a été la guerre en Irak, pays où on n’a
jamais pu mettre la main sur les fameuses armes de
destruction massive dont la soi-disant existence a
permis à l’administration Bush de vendre ses attaques
armées à la population américaine?

Ma question, tendancieuse à souhait, touche sa cible.
Les visages de ceux qui nous invitent virent
rapidement au rouge. Mon accompagnateur québécois me
jette un regard furibond en se disant que je viens
tout juste de gâcher le souper.

«Tout le monde, y compris l’ONU, croyait à l’époque
que ces armes existaient. Puis, n’oubliez pas que le
monde a changé depuis le 11 septembre», rétorque la
maîtresse de maison. D’après elle, il serait désormais
«inapproprié» de se retirer de l’Irak puisque «nous
nous sommes engagés à aider ce pays».

Devant tant d’incohérences et de demi-vérités, je
renonce à mon droit de réponse. Nous dégustons, dans
un silence gêné, l’excellent dessert préparé par la
femme. Nous parlons du mauvais temps, du 400e de
Québec et du fait insignifiant que Pamela Anderson est
une citoyenne canadienne. Nous prenons finalement
congé de nos hôtes en nous promettant hypocritement
que nous allons nous revoir.

—-

Les coûts de ce voyage ont été défrayés par le
département d’État américain. Notre journaliste
participe à l’International Visitor Leadership Program.