Le petit doigt coupable
Cette affaire de justice n’est pas une fiction. Elle est actuellement examinée par le Tribunal de Première Instance de Sousse, Tunisie, sous la présidence du juge Kamel Berkache. Les parents d’une fille de vingt ans ont porté plainte contre le copain “virtuel” de leur fille pour viol via… cellulaire !
En effet le présumé coupable, âgé de 30 ans, n’a jamais touché cette oie blanche. Cependant, elle a été tellement touchée par ses mots, prononcés sur son portable, puisés surtout dans le Dictionnaire Eros non-abrégé, et son désir était tellement incontrôlable qu’elle a commis un acte inimaginable. Un doigt - peut-être même deux, la justice tranchera - irresponsable a commis l’irréparable.
Bref, pour emprunter le langage des canards tunisiens, ce Don Juan virtuel “lui a fait perdre la chose la plus précieuse qu’elle possédait et l’a transformée de jeune fille en femme “. Mais il difficile de qualifier cet acte de viol vu que la fille aurait pu à tout moment mettre fin à leurs conversations sans queue ni tête.
En ce qui concerne les “rapports virtuels”, le silence de la loi tunisienne est assourdissant. Aussi aucune jurispridence ne pourra aider le juge à trouver le bout du noeud de ce cas libidineux. Mais selon de sources bien introduites, Tunisie Télécoms serait en train d’étudier la possibilté d’installer des logiciels filtreurs intelligents capables de couper toute conversation téléphonique de nature sexuelle explicite. Ce que les experts de l’Office des Télécoms ignorent c’est que souvent c’est l’implicite et non l’explicite qui excite…

Une première historique : un Tunisien jugé pour avoir “violé” une femme par téléphone
jeudi 24 avril 2008 - 08h51, par Randa Al Fayçal
Il s’agit d’une première qui suscite la pitié, l’ironie mais aussi des interrogations sur la sclérose qui frappe certaines sociétés. Le tribunal de Sousse, en Tunisie, doit juger une affaire inédite : un homme d’une trentaine d’année est poursuivi pour avoir violé une jeune femme de 20 ans, sans jamais la rencontrer.
Il s’agit d’une « relation amoureuse fictive » qui s’est déroulée par téléphone. Sur leur portable, les deux amoureux se sont retrouvés, pendant plusieurs heures, à converser d’une façon très intime, souligne le quotidien « Al-Quds Al Arabi » dans son édition du 24 avril. Citant le journal tunisien « Assarih » (le Franc), le quotidien ajoute que « cette relation s’est développée au point que la jeune femme, prise par une excitation suprême, s’est livrée à des actes qui lui ont fait perdre sa virginité ». Sa famille a porté plainte contre son interlocuteur qui se retrouve devant le tribunal. Le médecin légiste a confirmé que la jeune femme a perdu sa virginité, mais son rapport insiste sur « l’absence de toute trace d’une relation sexuelle ».
Pour l’avocate de la victime de ce « viol virtuel », sa cliente a été victime de ses propres sentiments. Mais l’affaire prend de l’ampleur, puisque le code pénal tunisien, et sans doute toutes les législations du monde, se retrouvent démunis face à une telle problématique. Le quotidien tunisien « Assarih », qui a révélé l’affaire, reconnait les lacunes du système judiciaire et les difficultés que rencontrent les juges pour trancher dans cette affaire inédite. Car, « paradoxalement, bien que tous les ingrédients d’un viol soient réunis, la jeune femme semble consentante, et son violeur était physiquement absent ». Un véritable casse-tête pour les juges tunisiens qui constatent « les résultats du viol (perte de virginité) mais ne peuvent pas conclure à un viol par manque de preuves », souligne de son côté le site « Elaph.com ».
Les lecteurs qui ont commenté cette affaire sur « Elaph.com » sont partagés. Certains ironisent en se demandant « comment se prénommera l’enfant qui naîtra de cette relation à distance ? », alors que d’autres estiment que « la fille n’avait que raccrocher son téléphone, si elle n’était pas consentante ». Une troisième catégorie de lecteurs se lamente sur le sort du jeune homme, accusé à tort d’un viol qu’il n’a pas commis. Plusieurs autres commentaires mettent en exergue les traditions sclérosées de la société arabe en général, et estiment que « la fille est avant tout victime des privations que lui imposent les traditions et la famille »… D’autres n’hésitent pas à attribuer cette « décadence morale de la fille » à la mauvaise utilisation des moyens modernes de communication. Enfin, certains engagent « la responsabilité de l’Occident » et de la volonté de certains à imiter les traditions occidentales importées par internet et par les télévisions satellitaires…
Traduction et synthèse de Randa Al Fayçal
Source:
http://mediarabe.info/spip.php?article1387
Comment by Administrator — April 25, 2008 @ 1:17 am