FictionJune 24, 2008 6:54 pm

Média Matin Nabeul, jeudi 19 juin 2008

 


Rue « débaptisée »

 

(Nabeul) - Dimanche, une dizaine de membres d’un groupuscule inconnu ont remplacé une des plaques de la rue 7 novembre à Dar Chaâbane en apposant un autocollant portant le nom de la rue (fictive) Commandant Mohamed Mansouri. «Mohamed Mansouri était un officier de l’armée tunisienne, torturé à mort au Ministère de l’Intérieur, quelques semaines après le coup d’État médical du 7 novembre 1987», explique un membre de ce groupuscule, activement recherché les forces de l’ordre. Le groupuscule a diffusé sur Internet une vidéo de cette action inédite.

« En décembre 1987, il fut torturé à mort par des agents de la Sûreté de l’État. » Selon un communiqué saisi par la police, le but est de «rappeler cet épisode tragique qui inaugure la dictature du général Ben Ali, tout en dénonçant le rôle sanglant joué par les agents et les officiers de la Sûreté de l’État dans la répression de toute opposition au régime en place. Cet acte s’inscrit dans la lignée d’autres mobilisations anti-Ben Ali qui s’opposeront à la candidature du président Ben Ali pour l’élection présidentielle d’octobre 2009. Le remplacement de nom d’une rue pourrait être considéré comme du vandalisme, signale une source judiciaire à Tunis.

FictionJune 13, 2008 11:30 pm

« Bien joué mais on répète »
 
Farid et Kader croyaient que leur amitié était éternelle. Ils ont partagé pendant quatre ans la même chambre au foyer universitaire. Ils sont restés des amis inséparables jusqu’au moment où Farid décide de quitter l’Afrique pour l’Europe, puis l’Amérique. Kader décide de rester surtout qu’il vient de commencer une brillante carrière d’administrateur public. Avec un logement et une voiture de fonction, que cherche-t-il de plus? Leur amitié n’a pas résisté aux effets dévastateurs du temps. Un jour, le hasard réunit les deux vieux amis dans la salle d’attente d’un aéroport européen. Kader, promu au grade de directeur général, était en mission. Farid le nomade était en Europe pour participer au marathon de Bruxelles. Farid a mis du temps avant de reconnaître cet homme cravaté qui agitait la main et criait: " Farid, Farid !". En effet, Kader, ancien coureur, est devenu une énorme boule de graisse. Kader fut le premier à poser la question classique:
-          Alors que deviens-tu ?
-          Rien.
-          Ah !
-          Ah !
-          Tu arrives à t’en sortir, quand même ?
-          Non, pas vraiment.
-          Tu as l’intention de changer de vie ?
-          Non. J’en ai assez de changer de vie. C’est toujours la même vie qui revient avec un masque différent.
-          Alors tu dois changer toi-même !
-          Si je change moi-même, alors qui deviendrais-je?
-          Tu deviendras, peut-être, quelqu’un.
-          Quelqu’un qui?
-          Quelqu’un qui réussit sa vie, quoi !
-          C’est quoi "réussir sa vie" ?
-          C’est ne pas la rater, bon sang !
-          Mais j’ai réussi à rater ma vie. C’est déjà une réussite, non?
-          T’es fou ou quoi? Regarde-moi, imbécile !
-          Ok, je ne vois rien.
-          Tu ne vois pas que j’ai réussi ma vie. Ce costume que je porte vaut 2000 euros. Et toi, tu te balades encore avec un sac à dos plein de bouquins jaunis.
-          Et combien vaut ce ventre protubérant?
-          Cette discussion est absurde. Au revoir et bonne chance!
-          Mais je ne cours pas derrière la chance. C’est plutôt elle qui me court derrière. Dieu merci, elle n’a jamais réussi à m’attraper !
-           
Malgré l’abysse spatio-temporel qui les sépare, les deux fantômes du passé s’embrassent de nouveau.
Soudain, quelqu’un surgit de nulle part et crie: " Coupez ! Coupez!" . Puis il s’adresse aux deux acteurs encore enlacés : " Bien joué mais on répète."