This is not the end, my only friend
Silence, je tourne en rond
«Je dois écrire avec mon coeur. Si l’écriture n’est pas vivante, j’arrête.»
Alaa El Aswany (1)
Une lectrice me demande si c’est la fin. Fin ? Cachez-moi ce mot que je saurais lire ni ouïr ! Lorsque la sauveteure de la piscine que je frequente crie à la fin de la séance de natation: ” C’est fini !”, ce cri apocalyptique me donne à chaque fois la chair de poule. Pendant un centième de seconde, je sens ma chair traversée par une onde prémonitoire qui annonce ma propre fin et celle du monde. ” Toute chose a une conclusion, ne soyez pas bernés par le bonheur et ses illusions.”, a dit le poète Abu Al-Baqaa al-Randi. Pourtant, malgré ce sentiment aigu, angoissant, paralysant de la fin de toute chose, je tente de m’accrocher à quleque chose plus ou moins vague qu’on appelle “instinct de survie”.
“La vie est l’ensemble des fonctions qui resiste à la mort”, a écrit Claude Bernard. Entre la vie et la mort, je dois choisir. Je ne suis pas un chat de Schrödinger. Certes je suis fait, comme vous tous, de particules élémenataires mais je ne m’attends pas à ce qu’un physicien ouvre subitement la porte de ma cabane pour me dire si je suis vivant ou mort. En outre, il est plus facile de prévoir les sauts quantiques que nos sautes d’humeur ! A un instant précis, Mister Jones (2) ne peut qu’être euphorique ou déprimé. Pas dans deux états d’âme superposés !
Le silence n’est pas un signe évident de mort. Les moines trappistes en savent quelque chose. D’ailleurs, un de mes livres de chevet s’intitule “Eloge du silence” (3). Toutefois, je comprends les interrogations de certain(e)s lectrices et lecteurs, intrigué(e)s par un si long silence. Un blog qui ne bouge pas n’est-il pas voué à dispraître ? J’ai pensé, pendant un moment d’abattement, à saborder ce blog. J’avais honte de ne pouvoir écrire un seul mot qui vaille la peine d’être écrit.
J’essaie de comprendre ce qui vient de m’arriver. Je viens de passer par l’expérience la plus terrible de ma vie. Celle où l’intensité de la douleur a failli briser le cordon ombilical qui me lie au monde des vivants, ce fameux instinct de survie. Si cette douleur n’était pas guérissable, j’aurais certainement choisi la mort. Maintenant je comprends mieux ceux et celles qui demandent de l’aide pour mourir dans la dignité.
L’oubli est, peut-être, le meilleur don de Dieu ou de la nature. Mais il y a oubli et oubli. ” On oublie une nuit de tristesse mais jamais un matin de tendresse”, a dit feu Jean Gabin. Sans avoir etudié les neuro-sciences, Gabin a découvert un des plus beaux mécanismes du cerveau humain. L’oubli des mauvais souvenirs est un pas vers la guérison. Mais le plus sublime des oublis est celui d’oublier le besoin d’oublier. Une blague pourrait illustrer mon propos.
Un marin rencontre par hasard un homme seul sur une île déserte.
- Que faites-vous sur cette île ?
- Je suis venu ici pour oublier.
- Oublier quoi?
- J’ai oublié !
Cet homme a déjà oublié ce qu’il voulait oublier mais il n’a pas encore oublié qu’il était là pour oublier ! Il n’atteindra le stade suprême de l’oubli que le jour où il répondra à la question: ” Que faites-vous sur cette île?” par ” j’ai oublié !”…
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1- http://www.lire.fr/portrait.asp/idC=53272/idR=201/idG=4
2- Mister Jones, film réalisé par Mike Figgis (1993).
” Généreux, attachant, plein de charme, Mr. Jones est un homme exceptionnel. Cependant il souffre d’une maladie psychique que les médecins appellent une psychose maniaco-dépressive qui l’entraine parfois à des actes inconsidérés, mettant en danger sa propre sécurité et celle des autres. Après un excès d’enthousiasme pour Beethoven, il se retrouve à l’hôpital psychiatrique où le docteur Elizabeth Bowen le prend en charge. C’est le début de la guérison et d’une belle histoire d’amour!” Source: http://www.cinemovies.fr/fiche_film.php?IDfilm=8475
3- Eloge du silence, Marc de Smedt, Editions Albin Michel (2000).
